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Interview de Carole Thibaut auteure et metteuse en scène

Samedi 9 avril 2011

Carole Thibaut présente sa nouvelle pièce "Les Petites empêchées", écrite pour un public d’enfants et d’adultes, sur le thème de la construction du genre, des stéréotypes, de l’oppression, et son travail avec des enfants en parallèle de l’écriture de la pièce.
Ci-dessous également les informations pour aller voir la pièce, entre le 26 avril et 28 mai. A noter : la pièce est donnée au Théâtre de l’Est Parisien le 30 avril et le 3 mai à 19 h 30.


  Sommaire de cet article  

 Interview

C’est la première fois que vous écrivez pour un public d’enfants. Quelle était votre motivation ?

Dans ma pièce « Fantaisies », j’ai travaillé sur les représentations du féminin chez les adultes et je me suis rendue compte que si je voulais aller au bout de cette question de la construction des genres, il fallait que je travaille aussi sur l’enfance parce que c’est là que ça commence. J’ai réalisé, en ayant des enfants, à quel point les stéréotypes sont prégnants, à quel point ils matraquent les filles et les garçons dès leur plus jeune âge.

Sous quel angle avez-vous décidé d’interroger cette question ?

Je souhaitais travailler la question de la nature sauvage qui est contrainte, empêchée. On retrouve beaucoup ça dans les contes : les contraintes faites aux filles, les règles de savoir vivre, le protocole, le corsetage, le rapport au plaisir présenté comme quelque chose de sale… Qu’est-ce qu’on cadenasse chez les filles pour que rien ne s’exprime en dehors des règles ? Bref, j’avais envie de travailler sur les petites empêchées et pour moi les princesses étaient exemplaires en la matière.

Je voulais aussi me pencher sur la transmission de l’oppression. Dans les contes, ce sont les reines, les mères, les marâtres qui oppressent les princesses. D’où l’envie de créer un personnage de méchante reine.

Pour l’écriture de cette pièce, vous avez mené un travail en parallèle avec des classes de CP, de CE1, des élèves en 4ème et un groupe d’enfant de 6 ans à 13 ans en soutien scolaire. Qu’est-ce que ces échanges ont apporté à votre pièce ?

D’abord une vraie liberté. Je craignais de leur parler de choses trop dures, trop difficiles qui ne s’adressent pas à leur imaginaire. Ce fut un grand étonnement de constater que je n’aurais pas besoin d’ « adapter » le niveau de langage de la pièce, que ce soit pour les enfants des milieux très favorisés de la Butte Montmartre ou ceux de milieux très populaires du nord du 18ème arrondissement et de la ville de Persan. Les enfants sont beaucoup libres que les adultes, beaucoup moins verrouillés par des références, par ce qui se fait, ce qui ne se fait pas… En outre, ils acceptent de ne pas tout comprendre, ce dont sont incapables la plupart des adultes . Un jour un enfant m’a dit : « Je ne comprends pas, mais c’est beau quand même ». Je m’attendais à ce que le chant lyrique les fasse ricaner par exemple, or ils étaient subjugués.

Les enfants, y compris ceux en grande difficultés scolaires ont pris leur rôle de « public test » très aux sérieux. Ils m’ont aussi beaucoup inspirée pour écrire la pièce. Je voulais certes travailler cette question du reniement des origines, sur la manière dont une femme cadenasse sa nature sauvage et celle de ses filles mais je tournais en rond et ne savais comment tricoter les choses. Jusqu’à ce que les enfants de la classe de 4ème me racontent un conte qui est devenu le conte fondateur de la pièce. Celui de cette femme loup, qui accepte de renoncer à sa peau de loup par amour pour un homme. Dans des contes similaires, c’est souvent le mari qui vole la peau, celle de la femme phoque, celle de la sirène Mélusine … Démunie, la femme nue, ne peut faire autrement que d’accepter l’amour de l’homme comme protection. Or le conte de la femme loup m’intéressait aussi parce qu’il me permettait de traiter ce à quoi on renonce pour aller vers l’autre.

Parfois, je réalisais après coup que j’avais été inspirée par les enfants. Ainsi, cette nécessité qui s’est imposée à moi de construire un passé à la reine pour expliquer sa méchanceté, je le dois sans doute à un atelier que j’avais animé sur Blanche Neige et où les enfants devaient imaginer pourquoi la reine était méchante. Pas un n’a supposé une méchanceté gratuite. Toutes les hypothèses tournaient autour d’une souffrance antérieure : « Parce qu’elle faisait pipi au lit et que son papa la grondait », « Parce qu’elle était laide, que son Papa lui disait et qu’elle est devenue méchante à force de vouloir devenir belle » etc.

Finalement cette rencontre avec l’imaginaire des enfants et le fait d’avoir traversé tant de lectures et points de vue - que ce soit celui de B.Bettelheim ou celui de Pierre Féju avec « la petite fille dans la forêt des contes » - m’ont aussi obligé de sortir des stéréotypes que j’avais sur les contes. La vision initiale que j’avais de ces pauvres princesses empêchées a complètement éclaté. Avec le recul, je la trouve d’une pauvreté affligeante.

Quels autres types de stéréotypes, ces échanges ont-ils bousculés ?

Contrairement aux idées reçues, les rôles semblent beaucoup plus délimités dans les milieux bourgeois que dans les milieux populaires. Les petites filles des milieux populaires que j’ai rencontrées ne jouent pas à la poupée. Elles sont avec leur mp3, sur facebook dès 8 ans et jouent au foot avec les garçons. Elles affirment une sorte de revendication du type « On ne voit pas pourquoi on ne ferait pas comme les garçons ». Est-ce parce que dans ces milieux les filles doivent se battre beaucoup plus, qu’elles sont moins protégées ? Effectivement à la maison, ce sont elles qui s’occupent des petits, qui font les lits des frères etc. Mais en ce qui concerne l’univers des jeux, elles sont beaucoup plus dans la démerde. En outre, ces fillettes distinguaient d’emblée les filles des princesses « Une princesse ne peut pas faire ça, mais une fille peut les faire ». Elles exprimaient une conscience de classe que je n’ai jamais notée dans les milieux bourgeois.

Par ailleurs je ne pensais pas que la détermination sociale se faisait aussi jeune. La différence de culture, de niveau de langue entre les enfants selon leur milieu social est proprement sidérante. Le pire, c’est que les enfants des classes populaires intériorisent tellement leur manque de culture qu’ils ne sont même pas conscients de ce qu’ils connaissent. C’était frappant quand je leur demandais de me citer des contes. Dans un premier temps, ils affirmaient n’en connaître aucun, mais en creusant ils finissaient par m’en raconter une foultitude. Ça pose aussi la question de la manière dont l’école prend en compte les cultures d’origine. Ainsi, des enfants m’ont fait connaître, Nazzredine, un personnage de conte oriental. Mais pour eux, ça n’était pas du conte parce qu’on n’en parle pas à l’école.

Est ce que vous êtes plutôt optimiste ou pessimiste sur l’avenir des relations femmes hommes depuis cette expérience avec les enfants ?

Ce qui relève de la détermination sociale ne me rend pas très optimiste. Avec les petites filles des milieux défavorisés, la question du mariage revenait automatiquement. Si leur enfance me semble beaucoup plus libre et aventureuse que celles des fillettes privilégiées, on sent que cette liberté aura un terme, que leur horizon est d’entrer dans le rang, d’avoir des enfants etc. En revanche, l’imaginaire des enfants est subversif. Il les protègent beaucoup et contre beaucoup plus de choses qu’on n’imagine. On pense qu’ils vont se faire polluer et pff… ils prennent la tangente. Ils sont très fortement parcourus de clivages et de stéréotypes, tout en s’en échappant continuellement. Ce qui est plutôt très positif. Je me souviens d’une scène dans un atelier à Montmartre où un petit garçon était la risée des autres garçons qui le traitait de femmelette parce qu’il aimait pleurer en lisant son conte préféré. Au bout d’une demi-heure de travail sur les contes, leur rapport à une masculinité sur-revendiquée avait complètement disparu ( même s’ils continueront sans doute de se moquer du petit garçon qui aime les trucs de filles). L’un deux a d’ailleurs déclaré qu’il aimerait être telle princesse. A l’adolescence, cette plasticité disparaît parce qu’ils ont trop besoin d’affirmer leur identité sexuelle, mais chez les plus petits, ça passe… Si tu leur donne la possibilité de s’échapper, ils s’échappent. Et le conte le permet.

Les petites empêchées est donc la deuxième pièce où vous interrogez la construction du genre. Vous revendiquez d’être féministe. Ce thème continuera-t-il de traverser vos prochaines pièces ?

Certainement. Je n’écris cependant pas des pièces à thèse. L’aventure de Fantaisies était une quête d’identité artistique et intime à travers laquelle j’ai interrogé les constructions du genre. Mais ce ne sont pas des constructions absolues. Je n’ai pas fait un travail de documentaire. J’ai travaillé sur moi, ce qui produit de l’ambiguïté, des paradoxes que je revendique. J’espère que « Les petites empêchées » a aussi ce côté touffu.

Ce qui m’intéresse, c’est la construction des identités. Et il faudrait être obtus pour ignorer que nous vivons une vraie période de bouleversement. Je suis en train de travailler à un triptyque. Sans écrire pour autant des pièces militantes, mes personnages se placent d’emblée différemment. Ce sont des hommes et des femmes, avec leur difficulté à être. Ce sont des personnages complets, pas des stéréotypes. C’est dans l’ambivalence que l’artistique trouve sa place.

Propos recueillis par Bénédicte Fiquet, journaliste, pour Adéquations


- Biographie et présentation des travaux de Carole Thibaut

 Voir la pièce de théâtre

Toutes les étapes du parcours de « les petites empêchées / histoires de princesses peuvent être suivis en direct sur le blog des petites empêchées :

http://les-petites-empechees.over-b...

Représentations :

Avant première, le 26 avril 2011

A l’Espace Germinal de Fosses
Avenue du Mesnil, 95470 Fosses
01 34 72 88 80

Du 29 avril au 4 mai 2011 au Théâtre de l’Est Parisien

Théâtre de l’Est parisien

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Les Petites empêchées

159 avenue Gambetta Paris 20ème
réservations 01 43 64 80 80
M° Gambetta, Pelleport
St-Fargeau

http://www.theatre-estparisien.net/

Séances tout public

Samedi 30 avril – 19h30
Mardi 3 mai – 19h30
Mercredi 4 mai – 15h

séances scolaires

Vendredi 29 avril – 10h et 14h30
Lundi 2 mai – 10h et 14h30
Mardi 3 mai – 14h30
Mercredi 4 mai – 15h

Du 25 au 28 mai 2011 à L’Etoile du Nord

16, rue Georgette Agutte, 75018 Paris
Tél 01 42 26 47 47
Fax 01 42 26 63 98
contact etoiledunord-theatre.com

séances tout public
Mercredi 25 à 14h30 et à 20h30
samedi 28 à 16h
séances scolaires
jeudi 26 et vendredi 27 à 10h puis à 14h30

Production Compagnie Sambre

Renseignements : 06 42 78 48 40 / http://www.compagniesambre.org/

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