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"Nanotoxiques", un ouvrage de Roger Lenglet

Jeudi 17 avril 2014

Dans cet ouvrage d’enquête paru en mars 2014 aux éditions Actes Sud, Roger Lenglet alerte sur la toxicité des nanoparticules, dont résultera selon lui un nouveau scandale sanitaire d’une ampleur inimaginable...
Adéquations reproduit ici l’introduction de "Nanotoxiques", un extrait donnant les principales définitions concernant les "nanos", et le sommaire de l’ouvrage.



- Présentation de l’ouvrage sur le site d’Actes Sud : www.actes-sud.fr/catalogue/societe/nanotoxiques

- Interview vidéo de Roger Lenglet à l’occasion de la sortie de Nanotoxiques :

Extrait de Nanotoxiques. Une enquête

INTRODUCTION

Nanorêves

Les nanotechnologies fascinent. Dans un premier temps, j’ai moi-même été stupéfié par leurs prouesses : elles sont à l’origine de matériaux aux propriétés extraordinaires, des produits cent fois plus résistants que l’acier et six fois plus légers, plus conducteurs ou plus isolants que tous ceux connus à ce jour, plus résistants à la traction, au feu, au froid ou à l’abrasion… Bref, elles paraissent miraculeuses. Les nanotechnologies ont la particularité d’estomper les frontières de la physique, de la chimie et de la biologie. À travers elles, les sciences vont se fondre en une seule, prédisent les ingénieurs. Ils nous promettent un “big-bang” technico-scientifique. Mais devant les choses fascinantes, il faut garder son sang-froid.

J’ai entrepris cette enquête pour savoir si oui ou non les nanos représentent un danger pour le vivant. Il m’a semblé nécessaire d’examiner d’abord l’histoire de cette course folle des industriels pour laquelle les gouvernements ne voulaient pas être en reste et de pénétrer dans les coulisses des décisions. L’enjeu est financier, bien sûr, et nous verrons combien il pèse, mais pas seulement. Chacun cherche à devenir le leader de cette technologie de pointe, et nous allons voir que le volet militaire y joue un rôle considérable, à l’instar de ce qui a fait la fortune du nucléaire.

Les nanotechnologies sont entrées dans nos vies en catimini. Nous voilà devant le fait accompli. Les nanomatériaux sont ajoutés dans de nombreux aliments pour leur donner des saveurs et des textures inédites, dans des cosmétiques pénétrant plus en profondeur sous la peau, dans des textiles “intelligents”, des produits de construction se moquant des intempéries, des fours anéantissant les graisses, des articles sportifs plus souples et plus résistants… Les firmes pharmaceutiques les intègrent aussi de plus en plus dans les pansements et promettent des médicaments censés traverser toutes les barrières organiques comme des vaisseaux intergalactiques pour apporter leur précieux chargement dans les “cellules cibles”.

Peu d’entre nous savent qu’environ 2 000 applications différentes sont déjà commercialisées. Séduits par le marketing vantant les performances des produits, nous ignorons qu’elles sont dues à la présence de nanomatériaux. Encore rares en effet sont ceux qui ont pris conscience de l’invasion de notre quotidien par les nanotechnologies. L’étiquetage ne les signalait pas encore en 2013, les lobbies industriels arguant qu’ils n’étaient pas encore prêts et les instances européennes accumulant les retards.

Dans cette situation, il est devenu urgent de connaître les risques pour notre santé. Pour y parvenir de façon sérieuse, il a fallu enquêter, creuser, trouver des documents, remonter aux sources vers des études peu divulguées, des rapports d’assureurs, des avertissements restés discrets. Il est vrai, les enjeux économiques sont non seulement gigantesques mais cachent souvent aussi de vastes opérations de détournements et de mensonges.

Nous allons voir que, très tôt, les États ont dépensé des sommes exorbitantes. Dès les années 1980, des pays européens ont lancé des programmes de subvention pour la recherche et le développement des nanos. Outre-Atlantique, à la fin des années 1990, Bill Clinton et Al Gore mettaient sur pied la National Nanotechnology Initiative (nni), un énorme programme de subventions annuelles aux industries pour “ne pas rater le tournant historique le plus impressionnant de tous les temps”. Ils débloquaient près d’un demi-milliard de dollars pour l’année 2000, et ce n’était qu’un début. Les grands groupes économiques (Procter & Gamble, ibm, Coca-Cola, Danone, Total, Areva et cent autres) se sont lancés à corps perdu…

Cette enquête nous mènera au coeur des laboratoires de toxicologie et des instances de santé publique. Chose incroyable : en France, des organismes publics ont mis en garde les responsables politiques dès 2004, sans résultat. Et des scientifiques tiraient l’alarme même avant.

Les nanoparticules les plus utilisées (nanotubes de carbone, nano-argent, nanotitane…) se révèlent être de redoutables toxiques qui provoquent des mutations génétiques, des cancers… Les nanotubes de carbone peuvent même provoquer des perturbations neuronales et des mésothéliomes, ces cancers de la plèvre qui jusqu’ici étaient essentiellement causés par l’amiante.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Je me suis penché sur les procédés dont les lobbies ont usé pour engluer les autorités et convaincre les organismes publics de participer à la course aux nanos sans s’inquiéter. Ce sont leurs actions, leurs pressions conjuguées sur fond de complaisance qui ont rendu possible cette précipitation, ce déchaînement qui menace chaque jour d’exploser en causant d’incalculables dégâts.

Nous aborderons aussi les leçons qu’il faut tirer au plus vite de cette affaire qui apparaît comme un nouvel avatar de la vulnérabilité des institutions face au lobbying de plus en plus sophistiqué des groupes industriels. Comment devons-nous agir pour que la santé publique ne soit plus la variable d’ajustement de la logique des marchés ?

Les solutions existent, comme nous le verrons au dernier chapitre. Que les États les appliquent ne dépend que de notre mobilisation.

NANOS, NANOS...

Le monde des nanotechnologies s’est entouré d’un jargon composé d’innombrables mots nouveaux.
Les termes techniques se marient aux métaphores et aux néologismes populaires, avec des définitions plus ou moins bien fixées qui font parfois l’objet de batailles sourdes, cachant des enjeux idéologiques, des chausse-trapes et même des tours de passe-passe glissés jusqu’au coeur de la législation, comme nous allons le voir.

Certains emploient le mot nanoparticules comme un synonyme de particules ultrafines, dont les dimensions sont aussi nanométriques. Ils entretiennent de la sorte une confusion entre les nanoparticules, lesquelles sont volontairement créées, et les particules ultrafines, qui sont issues d’événements naturels (telles les fumées volcaniques) ou d’activités industrielles polluantes (combustion de carburants, fumées d’usines…). Cette confusion linguistique a un effet regrettable : elle met sur un même plan les particules intentionnelles et les non intentionnelles, ce qui tend à banaliser les nanoparticules et à gommer au passage la notion de risque évitable. On retrouve cette confusion chez ceux qui, négligeant toute culture de santé publique et faisant flèche de tout bois, déclarent que les nanos nous entourent déjà depuis toujours et que l’humanité y a survécu. Pour autant, les études toxicologiques sur les particules ultrafines, qui sont nombreuses depuis des décennies, apportent des informations qui auraient dû conduire les autorités à des mesures de prévention contre les nanos dès les années 1980.

L’expression “nanos” (issue du préfixe “nano” qui signifie étymologiquement “nain”) est devenue familière aux médias autant qu’au milieu scientifique et elle s’est chargée de multiples sens. Elle peut désigner les nanomatériaux, les nanoparticules, les nanotechnologies, les formulations chimiques comportant au moins une dimension de l’ordre du nanomètre...

Nanomatériaux : Matériaux composés en partie ou totalement de nanoparticules ou nano-objets qui leur confèrent intentionnellement des propriétés optimisées ou apportées par leur dimension nanométrique. Ils sont constitués de particules libres ou stabilisées, sous forme de cristaux, de fibres, de lamelles, de tubes… Le Règlement européen qui vise à encadrer la commercialisation des nanomatériaux a redéfini ce terme d’une façon restrictive, en le limitant à ceux qui sont “insolubles ou biopersistants”. En outre, la Commission européenne a proposé de ne pas inclure dans la définition ceux qui comportent moins de 50 % de nanoparticules.

Nanomètre : Un milliardième de mètre (voir illustration no 1).

Nanoparticules : Particules manufacturées dont le diamètre est inférieur à 100 nanomètres (nm). Elles sont produites intentionnellement pour exploiter leurs propriétés physicochimiques.

Nanotechnologies : Techniques qui permettent de manipuler la matière à une échelle fixée par convention entre 1 et 100 nm.

Particules ultrafines (Pufs) : Particules produites de façon non intentionnelle, dont le diamètre est inférieur à 100 nm. Elles sont issues soit de sources naturelles (feux de forêt, volcans…), soit de polluants (Pufs de diesel issues des transports routiers, Pufs de métaux issues de la sidérurgie et des incinérateurs, Pufs organiques provenant de la plasturgie, rejets des installations de chauffage, fumée de tabac…). L’état des connaissances toxicologiques et épidémiologiques sur les Pufs, en particulier sur leurs propriétés délétères et leur capacité d’intrusion dans le cerveau où elles causent de nombreux dommages, aurait dû justifier des mesures de prévention immédiates.

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SOMMAIRE

Introduction  : Nanorêves

I. LA COURSE AUX NANOS

- Eric Drexler, Prométhée promoteur
- Les nanotechnologies ne sont pas tombées du ciel
- Lobbying et effet d’aubaine économique
- Rêves et construction du consensus
- Un budget mondialement imité
- Foresight Institute : “Notre rôle est minime”
- L’embarrassant Eric Drexler
- Des “machines citoyennes”
- Un Nobel de chimie créationniste et affairiste
- NanoBusiness Alliance ou les industries embusquées
- Comment attirer des milliards
- “Nous devons gagner cette course”
- Des prévisions hypnotiques
- Des rapports entassés dans les placards
- Le Conseil économique et social se contorsionne
- Le syndrome des OGM
- Des parlementaires qui aiment les nanos
- Fullerènes : des dangers pointés dès 1996
- Un danger par inhalation, ingestion ou contact
- L’invasion des nanos
- La mondialisation des nanos
- Des complexes nanotechnologiques sans complexe
- “Pièces et main-d’oeuvre, avez-vous dit ?”
- Les feuilles de route sont-elles devenues l’avenir de l’homme ?
- Les nanos sous la houlette des agences de conseil
- Chercheurs douteux
- En France, les leaders de la recherche veulent aussi rassurer
- Nouveaux secrets militaires
L’armée embauche des droïdes et des acteurs privés
Les libellules de l’armée française
- La police nationale française déjà prête
- La dgse monte à l’assaut des nanos
- L’agroalimentaire invente des saveurs inédites
- Magic Nano a disparu comme par magie
- La danse du ventre des laboratoires pharmaceutiques
- La nouvelle révolution industrielle

II. DU RÊVE AU CAUCHEMAR

- Ces cosmétiques qui agissent tellement en profondeur
- La résistible ascension du nano-argent
- 2013 : vous avez des nanos à déclarer ?
- Une base de données publique sur les produits nanos
- La filière nano en France est gigantesque
- L’OMS bouge et se soucie des enfants
- Génotoxicité de 15 nanomatériaux
- Y a-t-il des industriels dans la salle ?
- Étiquetage des aliments : la hantise des industriels

III. NE PLUS SE LAISER MANIPULER

- Le public face aux étiquettes
- Les risques économiques du forcing nanotechnologique
- Comment neutraliser une mascarade
- Les assureurs pressentent le gouffre
- Transhumanité et philosophie de la confusion
- Des ennemis du principe de précaution
- Quelques réflexes pour réduire les expositions

ANNEXES

- Glossaire
- Produits industriels souvent chargés de nanoparticules
- Principales nanoparticules : leur toxicité et les produits chargés
- Ressources Internet
- Bibliographie

Sommaire des Illustrations (...)

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A consulter sur le site d’Adéquations :
- Articles concernant Roger LENGLET
- Articles relatifs à l’action des lobbies, aux conflits d’intérêts versus l’action et l’expertise citoyennes, le lancement d’alertes.... : >>>>>
- Le cycle de séminaires "Lancement d’alertes, enseignements et perspectives", jusqu’en décembre 2014

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