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Programme Genre et économie, les femmes actrices du développement

Redonner de la dignité aux métiers

Interviews réalisées entre 2010 et 2012 par Bénédicte Fiquet, Adéquations

Mardi 1er janvier 2013

Mamounata Kargougou est présidente d’un groupement de restauratrices et de transformatrices de produits agro-alimentaires, elle est aussi membre du CARTPL, un collectif soutenu par l’Asmade qui regroupe 60 groupements et associations de transformatrices et de restauratrices soit plus de 3000 membres, Secrétaire Générale de la mutuelle de santé créée par le CARTPL et élue Vice-Présidente de la toute récente Chambre des métiers de l’artisanat. Son cheval de bataille : la reconnaissance du métier et la valorisation des femmes qu’elle représente.


Mots clés : solidarité, revalorisation des métiers, transformatrice de produits agro-alimentaires, chambre des métiers, représentation, crédit, espace dédiés

«  Notre groupement réuni une quarantaine de femmes transformatrices, de femmes restauratrices et quelques femmes qui font du nettoyage. C’est un groupement d’entraide et de solidarité. Entre transformatrices par exemple nous nous aidons pour transformer le soumbala, faire de la pâte d’arachide ou de la farine de maïs car ce sont des préparations si longues (le soumbala doit bouillir près de 20 heures !) qu’il est très avantageux de se relayer. Autre exemple : lorsqu’une femme du groupement est contrainte d’interrompre ses activités parce qu’elle vient d’accoucher, nous nous cotisons pour lui permettre de tenir deux à trois mois avant de reprendre le travail. En tant que présidente, il est de ma responsabilité de faire comprendre aux femmes l’importance d’échanger entre nous et de nous soutenir mutuellement. Par ailleurs, je cherche des appuis, notamment auprès des ONG, pour avoir des formations, du matériel et des crédits pour consolider nos activités.

Redonner de la dignité aux métiers pour que celles qui les exercent

L’ONG Asmade nous a beaucoup apporté sur le plan de la valorisation de notre métier. Avant nous n’aimions pas particulièrement dire que nous étions transformatrices, surtout de soumbala, alors que c’est un produit que tout le monde utilise au quotidien. Les gens nous regardaient avec dédain et doutaient que cela puisse nous nourrir. Mais avec les formations d’Asmade nous avons fini par comprendre que certaines ont des revenus qui valent le salaire moyen d’un fonctionnaire. Comme elles prennent rarement un jour de repos, elles peuvent gagner autour de 130 000 fcfa par mois, ce qui n’est pas négligeable. Mais comme, elles ne travaillent pas dans un bureau, elles se sous-estimaient par rapport à une institutrice ou une infirmière par exemple. Personnellement, j’ai suivi une formation en secrétariat et en informatique. J’ai commencé par travailler à 25 000 fcfa par mois dans le privé, mais je ne m’en sortais pas et ça m’a poussé à faire du savon. Jusqu’à ce que je réalise que le savon auquel je consacrais ma pause déjeuner était plus rentable que le travail de bureau…

Les formations d’Asmade nous ont permis de nous accepter nous même et c’est ce qui nous permet aujourd’hui de nous imposer, car on s’identifie à son métier.

Lorsque j’ai eu à me faire faire un passeport pour voyager, j’ai exigé que l’on y mette la mention « transformatrice ». J’ai du batailler parce que le métier n’est officiellement pas reconnu. Ils voulaient inscrire « ménagère » (femme au foyer). Or je suis transformatrice et je vis de ça. On a rejeté mon dossier deux ou trois fois mais j’ai insisté. J’ai même apporté des échantillons de mes produits. La Fédération Nationale des Artisans a accepté de me délivrer une attestation prouvant que j’étais artisane, transformatrice de produits agro-alimentaires et j’ai fini par obtenir que ce soit inscrit sur mon passeport. Je suis très fière d’être transformatrice, parce que c’est ce qui me fait vivre et je suis très engagée pour le prouver. C’est grâce à ce métier que je suis devenue élue à la Chambre des métiers de l’artisanat, que j’ai voyagé au Maroc pour participer à un séminaire avec Aster International et aussi bénéficié des cours à distance et résidentiel avec l’OIT (Organisation Internationale du Travail dans le cadre du programme Genre et économie. Les gens n’en reviennent pas. Que ce soit la restauration, la transformation ou le nettoyage, il faut que les femmes soient fières de leur métier, sinon elles ne pourront jamais le faire évoluer et évoluer elles-mêmes.

Chambre des métiers de l’artisanat : discrimination indirecte par l’impôt

Quand nous avons été informées des élections de la Chambre des métiers et de l’artisanat, nous avons considéré que notre collectif, le CARTPL était une force pour s’imposer dans la corporation « métiers de l’alimentation et de l’hygiène ». Les présidentes des groupements ont vivement encouragé leurs membres qui se sont inscrites en masse sur les listes électorales.

Beaucoup de femmes auraient aussi aimé se porter candidate, mais pour se présenter elles devaient avoir payé leurs impôts des trois années précédentes. Or c’est très désavantageux pour les artisanes. La plupart ne sont pas allées à l’école et se déclarer les effraie. Elles se disent que l’année où elles ne pourront pas honorer leurs impôts, elles seront contraintes de cesser leur activité. Pour les hommes, c’est moins critique. Ils sont davantage à être mieux installés et en règle. Ils sont donc mieux représentés au sein de la chambre où les femmes constituent moins d’un tiers des élus. Cependant parmi celles qui voulaient à tout prix se présenter, certaines ont payé leurs trois années de retard pour être candidates. Et je salue leur courage, leur bravoure pour se mettre à jour.

En tant qu’élue moi-même, je souhaite développer au sein de la chambre des métiers, des formations pour faire comprendre aux femmes que payer des impôts n’est pas un acte « dangereux » mais qu’il leur permettra au contraire d’aller de l’avant en favorisant leur représentativité.

Revendications

Je me suis présentée à la chambre des métiers pour donner de la voix aux restauratrices et aux transformatrices. Nos priorités : que notre métier soit reconnu, des crédits et des espaces. Un fond de roulement est indispensable pour acheter les matières premières quand elles sont au meilleur prix. A certaines époques, elles sont si chères que les femmes ne peuvent pas se permettre de les acheter pour transformer. Avec du crédit, non seulement on peut acheter les matières premières en gros et au bon moment, ce qui réduit leurs coûts, mais ça permet aussi de fidéliser une clientèle car nous pouvons honorer toutes les commandes dans l’immédiat. Il nous faut aussi des espaces dédiés. La plupart des femmes vivent dans des petites maisons de cinq à dix tôles avec leurs enfants. Elles n’ont pas les moyens de stocker. A l’heure actuelle, l’ONG Asmade nous soutient énormément dans nos revendications. Son appui nous crédibilise, nous sommes mieux écoutées, mieux considérées. Notre participation au prestigieux salon de l’artisanat qu’est le SIAO (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou) en a impressionné plus d’un. Bien sûr, nos stands étaient financés par Asmade, mais l’ONG nous met dans les conditions de nous autonomiser et dans quelques années je suis certaine que nous pourrons nous offrir ces stands nous mêmes !  »

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