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Témoignage de Marc

Mercredi 14 septembre 2016

Homosexuel, Marc a vécu une jeunesse marquée par la fréquentation des saunas gay et une brève période de prostitution. Dans ces extraits d’un témoignage recueilli par Claudine Legardinier pour le magazine Prostitution et Société (numéro 182), il évoque l’homophobie familiale dont il fut victime, décrit les rapports de domination - fondés sur l’âge, l’origine sociale et ethnique - qu’il a expérimentés dans le milieu gay...


Mots-clé : Homophobie familiale • ex prostitué • rapports de domination dans le milieu gay • intersectionnalité

Ce que je dénonce, ce sont les rapports de pouvoir à l’intérieur de la communauté homosexuelle

«  J’ai été un homosexuel rejeté par ma famille. Mon identité sexuelle, je l’ai cachée longtemps comme quelque chose de honteux, de sale. Je me suis détesté et j’ai compartimenté ma vie (…)

Ma première relation, je l’ai eue à 15 ans avec un homme de 28 ans, dans un hôtel. Il m’a offert un CD. À 16 ans, en classe de première, j’ai eu envie d’aller Porte Dauphine, à Paris, dans le quartier où vont les jeunes prostitués. C’était une fascination. J’avais eu un père absent et en recherchant des hommes fortunés, cultivés, je pensais peut-être en trouver un qui m’aimerait, qui me redonnerait de la valeur.

En arrivant à Paris, à 23 ans, j’ai découvert l’univers des saunas. Pour moi, c’était la liberté, le moyen d’affirmer mon homosexualité (…). Ces saunas, avec leurs patrons, c’était une famille, un cocon. J’y trouvais de la chaleur, une forme de protection. J’ai connu une addiction au sexe. Pendant huit ans, j’ai rencontré deux, trois, quatre et même cinq hommes par soir. Je suis allé jusqu’à huit. Après, j’avais envie de vomir. J’allais jusqu’au bout, jusqu’au dégoût total. Il m’arrivait alors de rester enfermé, de ne plus aller à la fac. Je pense maintenant que ces rapports violents, bestiaux, où je ne ressentais rien, c’était comme un court-circuitage, une dissociation ; une manière d’oublier mes envies de suicide. Ce n’était pas de la prostitution mais c’était le terreau pour y arriver (…).

La prostitution, je l’ai connue assez brièvement. Les clients ne me plaisaient pas du tout. C’étaient des hétéros, des types divorcés, bisexuels ou homosexuels refoulés ; des vieux dégueulasses, des hommes vulgaires, des paumés. C’était horrible : leur regard méprisant quand ils donnaient l’argent, leur air satisfait. J’étais attiré par ceux qui étaient en haut de la pyramide : blancs, aisés. Comme si leur aura avait pu rejaillir sur moi, comme si j’étais validé par eux (…).

Ce que je dénonce, ce sont les rapports de pouvoir à l’intérieur de la communauté homosexuelle. Surtout dans le milieu des saunas et de la pornographie, il existe des rapports de domination, que l’on invisibilise, entre actifs et passifs. Les passifs sont féminisés. Dans les saunas, l’entrée est gratuite pour les moins de 25 ans. Du coup, les vieux, qui payent plus cher, prennent les jeunes pour des objets à disposition. Donc, je tenais le rôle qu’on attendait de moi. J’avais droit aux mains aux fesses, aux humiliations. J’étais la petite salope, le petit black, le petit asiat’. Ces hommes, j’étais leur objet sexuel, ils me traitaient comme un prostitué. Les hommes âgés, les dominants, eux, ne subissaient pas ces injures.  »

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