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Appel à l’action Assemblée mondiale des femmes 2025 : vers la COP30 et au-delà

Mardi 24 juin 2025, par Yveline Nicolas

Le 23 juin 2025, plus de 160 organisations du monde entier ont publié un appel à Action de l’Assemblée mondiale des femmes pour la justice climatique organisé par le réseau Women’s Earth and Climate Action. Adéquations est signataire.
Ci-dessous l’extrait de l’appel à l’action et les liens pour télécharger le texte complet avec les propositions plus détaillées.


 Appel à l’action Assemblée mondiale des femmes pour la justice climatique 2025

Aux dirigeants gouvernementaux et aux institutions financières :

La science est claire : nous devons maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C afin de préserver une planète vivable pour nous-mêmes et les générations futures.1 L’année dernière, le monde a franchi ce seuil, les températures moyennes mondiales dépassant de 1,5 °C les niveaux préindustriels. Ce cap alarmant ne constitue pas encore une violation définitive de la règle de l’Accord de Paris, qui fait référence au réchauffement à long terme, même si les scientifiques prédisent que 2024 sera la première d’une période de 20 ans où le réchauffement atteindra 1,5 °C.2 Bien que la trajectoire se rétrécit considérablement, l’Agence internationale de l’énergie affirme que l’objectif à long terme de l’Accord de Paris est encore atteignable.3 Les scientifiques affirment que limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C nécessitera une action importante et urgente de la part des gouvernements et des institutions financières.4

Atteindre ces objectifs nécessite une transformation des relations humaines avec la nature et entre eux. Nos structures de gouvernance mondiale actuelles perpétuent des systèmes d’inégalité et de marginalisation qui nuisent aux communautés, à la biodiversité et à l’environnement. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) reconnaît qu’en raison de systèmes comme le colonialisme et l’extractivisme, le changement climatique affecte de manière disproportionnée les communautés vulnérables.5 Par exemple, les pays africains ne sont responsables que de 3 % des émissions mondiales, alors que le continent se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale.6 Des études estiment que jusqu’à 118 millions d’Africains vivant dans une extrême pauvreté économique seront exposés à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes d’ici 2030.7 Partout dans le monde, les systèmes économiques et politiques actuels placent les communautés marginalisées en première ligne face aux phénomènes météorologiques extrêmes, aux problèmes de santé et aux déplacements.8 La mortalité humaine due aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes est 15 fois plus élevée dans les communautés vulnérables.9 Une approche de l’action climatique fondée sur les droits est essentielle non seulement pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, mais aussi pour s’attaquer aux causes profondes de la crise climatique. Cela nécessitera une transition de la communauté mondiale dans tous les secteurs, du paradigme colonial d’exploitation, d’extraction et de décimation vers un paradigme durable de respect, de restauration et de reconstitution.

Par ailleurs, la montée de l’autoritarisme menace les efforts d’action et d’élaboration des politiques climatiques mondiales.10 Des rapports montrent que les démocraties émettent moins de CO₂ que les autocraties, comme on pouvait s’y attendre grâce à la coopération démocratique avec les initiatives intergouvernementales, à l’application des lois environnementales et à des systèmes judiciaires solides.11 Cependant, pour la première fois en 20 ans, le monde compte moins de démocraties que d’autocraties, ce qui entraîne un recul des élections équitables, de la liberté d’association et de la liberté d’expression.12 Les gouvernements autoritaires sapent l’action climatique en affaiblissant les protections juridiques de l’environnement et en criminalisant l’activisme socio-environnemental.13 Si nous n’agissons pas maintenant, les tensions géopolitiques continueront de s’intensifier à mesure que la crise climatique s’aggravera. De plus, la nature n’attend pas un changement géopolitique.

Un appel à l’action

Nous nous exprimons en reconnaissance de l’interdépendance sacrée de toute vie sur Terre, et conscients que les modèles économiques traditionnels fondés sur l’extraction des énergies fossiles ont inauguré une ère de détresse planétaire sans précédent, où la vie telle que nous la connaissons est dangereusement menacée.

Nous nous exprimons en coalition avec les 3,6 milliards de personnes exposées aux risques climatiques.14 En 2025, notre communauté mondiale a déjà connu des catastrophes climatiques de plus en plus graves, notamment des vagues de chaleur en Asie centrale,15 des inondations en République démocratique du Congo,16 un tremblement de terre au Maroc17 et des incendies de forêt en Californie.18

Nous nous exprimons au nom de mouvements croissants et diversifiés en faveur de la justice climatique mondiale. Des études récentes montrent que 89 % de la population mondiale souhaite des mesures immédiates et plus fortes pour lutter contre la crise climatique.19

Ensemble, nous appelons les gouvernements et les institutions financières, lors de la COP30 et au-delà, à respecter l’objectif de l’Accord de Paris visant à maintenir le réchauffement climatique à long terme en dessous de 1,5 °C grâce à des politiques qui privilégient simultanément la justice sociale, raciale et économique pour tous.

Nous appelons les gouvernements, les entreprises et les institutions financières à cesser rapidement l’extraction de pétrole, de gaz et de charbon et à mettre un terme à la déforestation, tout en bâtissant une nouvelle économie fondée sur des solutions citoyennes.

Nous appelons à la fin des fausses solutions, telles que le gaz naturel, les méga barrages, la géo-ingénierie, la bioénergie, les compensations forestières, les systèmes d’échange de droits d’émission de carbone, l’énergie nucléaire, les crédits de biodiversité et le captage et stockage du carbone, qui n’ont aucune place dans les plans d’action climatique.20 Il est impératif que les gouvernements et les institutions financières adoptent des politiques et des cadres de transition juste.21

Nous appelons les gouvernements à respecter le droit à la liberté d’expression et de manifestation pacifique, et à mettre immédiatement fin à la criminalisation des défenseurs des terres, dont les efforts sont essentiels pour un monde climatiquement juste. Cela inclut la mise en œuvre de l’Accord d’Escazu dans la région ALC (Amérique latine et Caraïbes).22

Ces appels à l’action ne sont pas radicaux. Ils sont réalisables et fondés sur les droits humains fondamentaux et la dignité que chacun mérite : l’eau potable, une alimentation saine et un avenir viable pour toute vie sur Terre.

Mesures à prendre par les gouvernements

1. Mettre fin à l’expansion et à l’extraction des combustibles fossiles et aux fausses solutions

Le sixième rapport d’évaluation 2023 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme que le changement climatique est sans équivoque causé par l’activité humaine, principalement due à la combustion de combustibles fossiles, et que les engagements gouvernementaux et financiers actuels ne permettront pas de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C.23 Il est impératif que les gouvernements adoptent des changements drastiques pour aligner leurs actions sur l’objectif de l’Accord de Paris, en mettant immédiatement un terme à l’extraction, à l’expansion et à la combustion de combustibles fossiles, tout en supprimant les subventions et les incitations financières accordées aux entreprises et aux sociétés du secteur.

2. Accélérer une transition juste

Les appels en faveur d’une transition juste, un cadre né des mouvements syndicaux dans les années 1980, se multiplient. Pour y répondre, les gouvernements doivent réorienter l’économie vers le bien-être et la protection des personnes et de la planète. Une transition juste exige une transformation de la société équitable et fondée sur les droits, garantissant des moyens de subsistance et des économies régénératrices et résilientes, pilotées par les communautés. Elle exige que le processus de décarbonation de l’économie soit mené de manière équitable et inclusive afin de garantir le soutien des travailleurs et des communautés.

3. Promouvoir le leadership des femmes et l’égalité de genre

En raison de normes de genre inégales, les femmes et les personnes de diverses identités de genre sont touchées de manière disproportionnée par la crise climatique et l’extraction de combustibles fossiles.34 Parallèlement, elles jouent un rôle crucial dans la transition vers un avenir juste et renouvelable. De nombreuses études ont montré que lorsque les femmes occupent des postes de direction à tous les niveaux, des communautés entières et la nature en bénéficient.35

4. Protéger les droits des peuples autochtones

La défense des droits des peuples autochtones est essentielle pour faire face à la crise climatique, car de nombreuses communautés autochtones sont les gardiennes des écosystèmes vitaux de la Terre depuis des temps immémoriaux.39 Même si les peuples autochtones sont touchés de manière disproportionnée par l’exploitation des combustibles fossiles, la déforestation, les industries extractives et les impacts climatiques, leurs précieuses connaissances traditionnelles, leurs systèmes de gouvernance et leur lien avec la terre les positionnent comme des gardiens efficaces de l’environnement et de ses ressources naturelles.40 À chaque étape de la transition juste, les droits des peuples autochtones doivent être respectés.

5. Protéger les forêts et la biodiversité

Le maintien de forêts saines et d’une biodiversité robuste est essentiel à la lutte contre le changement climatique.42 À l’échelle mondiale, la gestion des forêts et de la biodiversité repose en grande partie entre les mains des peuples autochtones, des femmes et des communautés locales.43 Mettre fin à toute déforestation et respecter les connaissances écologiques traditionnelles, le consentement libre, préalable et éclairé, le leadership des femmes et les droits d’utilisation locaux sont essentiels au succès de la protection des forêts et de la biodiversité.

6. Préserver les océans et l’eau douce et assurer la sécurité de l’eau

Les océans et le cycle hydrologique de la Terre sont gravement menacés par la crise climatique.48 Les gouvernements doivent agir dès maintenant pour mettre un terme aux émissions de gaz à effet de serre, à la pollution et à l’exploitation humaine qui déstabilisent les systèmes aquatiques essentiels à toute vie sur Terre.

7. Promouvoir la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire

La hausse des températures, la modification des régimes de précipitations et les phénomènes météorologiques extrêmes perturbent déjà la production et le stockage des aliments à l’échelle mondiale.53 Le changement climatique est l’une des principales causes d’insécurité alimentaire et, par conséquent, notre système alimentaire industrialisé est source de pollution et d’émissions de gaz à effet de serre.54 C’est pourquoi la gestion holistique de notre système alimentaire, tant pour atténuer le changement climatique que pour prévenir la faim et la malnutrition, doit être une priorité. Les disparités entre les sexes en matière d’accès à la terre, à l’eau, au crédit, à la technologie et aux droits fonciers entravent la sécurité alimentaire des femmes. Parallèlement, les agricultrices nourrissent le monde et jouent un rôle essentiel dans le maintien de la sécurité alimentaire. Pour apporter des changements significatifs à notre système agricole, le leadership des peuples autochtones, des femmes et des petits exploitants agricoles doit être au cœur des préoccupations. Les recherches montrent qu’une production alimentaire régionale et durable peut non seulement répondre à la demande alimentaire mondiale, mais que ces systèmes émettent également moins de gaz à effet de serre et sont plus résilients face au changement climatique.5

8. Mettre en œuvre les droits de la nature

Les Droits de la Nature constituent un cadre juridique novateur qui reconnaît les systèmes naturels, tels que les rivières, les forêts, les chaînes de montagnes et les plans d’eau, comme des entités titulaires de droits, bénéficiant d’un droit inviolable à la protection et à la préservation. Bien que les Droits de la Nature soient nouveaux dans les systèmes juridiques modernes, ils reposent sur les savoirs traditionnels des peuples autochtones, dont les lois sont tirées de leur relation inhérente avec la Terre Mère, et sont fondamentaux pour vivre en harmonie avec les lois naturelles de la Terre.

9. Fournir un financement climatique solide et de qualité

Des financements importants sont nécessaires pour faire face à la crise climatique, notamment en matière d’atténuation, d’adaptation et de pertes et dommages. Une approche du financement climatique fondée sur les droits est essentielle non seulement pour atteindre les objectifs climatiques, mais aussi pour remédier aux inégalités profondément ancrées. Seuls 20 pays sont responsables de 83 % des émissions mondiales.63 À l’inverse, les pays historiquement les moins responsables du changement climatique, souvent situés dans les pays du Sud, supportent des charges financières disproportionnées liées aux impacts climatiques. Ainsi, les pays vulnérables au changement climatique réclament au moins 1 000 milliards de dollars par an de financement climatique.64 Les experts ont déterminé que les pays riches ont les moyens de mobiliser plus de 5000 milliards de dollars par an pour atteindre leurs objectifs climatiques et contribuer aux efforts financiers mondiaux.65

10. Mesures à prendre pour les institutions financières

En retirant leur soutien aux projets néfastes et en réorientant leurs ressources vers des solutions climatiques, les institutions financières peuvent être des agents de changement positif. Pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C, elles doivent aligner leurs actions sur la trajectoire ambitieuse de réduction des émissions définie dans l’Accord de Paris et s’engager à respecter les droits humains et les droits des peuples autochtones à chaque étape.

 Télécharger le texte complet des propositions

- En français ; anglais ; espagnol ; portugais
- Informations sur l’Assemblée mondiale des femmes pour la justice climatique 23 à 28 juin 2025, programme détaillé

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