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Alerte sur les nanoparticules dans les pesticidesDimanche 29 juin 2025 Des nanoparticules non déclarées, aux effets sanitaires et environnementaux incontrôlables, sont disséminés dans les principaux pesticides utilisés en France. L’Anses demande leur retrait. Interview de l’association Ragster, qui lance une alerte et une pétition à signer en ligne. |
En avril 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) publiait un rapport : elle a fait analyser les pesticides les plus utilisés en France, en se basant sur les tonnages. [1]
Ces analyses confirment le scandale sanitaire que des maires dénonçaient en 2019 en prenant des arrêtés de recul des pesticides de synthèse à 150 mètres des habitations, arrêtés basés notamment sur la présence de nanoparticules dans les pesticides. [2]
L’ANSES a prouvé que 100 % des pesticides les plus utilisés en France contiennent bien des nanoparticules (de la taille d’un virus), particules non déclarées, et donc utilisées par l’agrochimie sans aucun contrôle, dans les principes actifs et les co-formulants. Pour "protéger les personnes et les écosystèmes", l’agence a demandé le retrait des nanoparticules dans les pesticides. Elle doit revoir les autorisations de mise sur le marché (AMM). Elle a prévenu l’Europe pour renforcer et harmoniser les législations.
C’est dire si le danger est bien là !
Les publicités des pesticides dans les revues agricoles vantent l’efficacité des produits en expliquant qu’ils pénètrent “au cœur des cellules“, ou qu’ils agissent à très faible dose. Le problème, c’est que ces produits, volatilisés pendant la pulvérisation, puis véhiculés par les poussières des champs, pénètrent aussi nos corps et les écosystèmes. Le règlement européen Reach [3] de la Commission sur les produits chimiques décrit d’ailleurs l’inhalation comme la voie royale de pénétration des nanos dans le corps.
Il faut savoir que les nanoparticules ne se comportent pas comme le matériau “parent“ qui est à l’échelle macrométrique, que les nanos ont des propriétés physiques, chimiques, électriques ou de nuisance… inhérentes à leur taille et que leurs propriétés se modifient également en fonction du milieu avec lequel elles interagissent, la température du moment, leur surface d’échange… On appelle cela la "granulodépendance". Dans des pesticides, dont le but est d’esquinter ou de tuer “du vivant“, c’est une prise de risque insensée. D’ailleurs les assurances refusent d’assurer le risque “nano“. D’où la demande de l’Anses, de carrément retirer les nanos des phytos…
En France, on a une définition des nanos basée sur la physique classique, qui ne tient pas compte de cette “granulodépendance“ qui confère aux nanomatériaux des propriétés qui s’apparentent à la physique quantique.
Pour les pesticides, il y a un registre R°nano [4] où les fabricants sont censés indiquer s’ils ont utilisé des nanos entre 1 et 100 nanomètres dans leurs produits. Et la législation impose aux fabricants de ne mettre sur le marché… que des produits sûrs. Mais ils commandent (la plupart du temps en Chine), des nanopoudres à 105 nm… qui contiennent bien évidemment toutes les tailles possibles de nanos ! A cette échelle, c’est invérifiable… et le résultat de ces ajouts dans les produits est extravagant, totalement incontrôlable.
En 2018, le Règlement européen REACH a pris en compte l’extrême potentiel de dangerosité des nanoparticules et a demandé des tests “en situation“ des nanos dans les produits. Mais le Règlement européen “Phytosanitaires“ européen ne parle TOUJOURS PAS pas des nanos ! Et nous servons toujours aujourd’hui de cobayes à l’agrochimie, en nous demandant pourquoi il y a tant de cas de cancers dans les habitations sous le vent des champs.
La révision des autorisations de mise sur le marché de chaque pesticide va prendre des années… Nous avons lancé une pétition
Nous demandons à l’Etat d’assurer dès à présent notre protection par :
La récupération immédiate des nanopesticides par les firmes, dans les fermes, et leur remboursement aux agriculteurs (dont les équipements de protection ne sont pas conçus pour les prémunir de la nanoéchelle !).
La destruction de ces nanopesticides dans des conditions de sécurité adéquates (pas de dons ou de vente à d’autres pays).
Leur remplacement par des produits utilisables en bio, dont le règlement exclut les nanoparticules.
La constitution d’un "délit de vente avant liquidation" (quand un pesticide est en passe d’être interdit, afin d’écouler les stocks, les vendeurs passent dans les fermes, expliquent qu’on n’en trouvera plus avec les nouvelles normes, les vendent en solde, ce qui fait qu’on retrouve de nombreux pesticides, interdits depuis des années, dans nos analyses).
La modification des textes laxistes sur l’expérimentation de produits inconnus dans les champs : il est urgent d’interdire ces pratiques en plein air.
On peut tenter de se protéger un peu “par nous-mêmes“ de différentes façons comme :
La mise en place obligatoire d’une alerte préalable retransmise par SMS par l’agriculteur, la veille d’un épandage, d’un semis, ou d’une pulvérisation (pour l’instant, ces alertes sont refusées par les chambres d’agriculture qui proposent l’allumage du gyrophare… pendant l’épandage).
La fixation à 7 mètres minimum de largeur, de tout chemin communal carrossable, afin qu’un maire puisse le border de deux haies filtrantes qui ne seront pas ravagées par les engins agricoles.
La distribution des aides de la PAC sous forme d’aide aux salaires de main-d’oeuvre, pour éviter le “tout chimique“.
Normalement, un maire a le pouvoir et le devoir de prendre des arrêtés pour prévenir les nuisances et garantir un air sain aux habitant-es.
Mais, bien qu’il n’y ait aucun texte le précisant, les arrêtés des maires qui ont voulu prendre soin de leur population en faisant reculer les utilisations de pesticides de synthèse à 150 mètres des habitations (la bande de sécurité restant bien sûr cultivable en agriculture biologique, dont le cahier des charges exclut les nanoparticules) ont tous été retoqués (sauf un…), sous prétexte que c’est à l’Etat de légiférer sur les pesticides...
Pétition ouverte à signature
Télécharger l’avis de l’ANSES
Agence nationale de sécurité sanitaire
Site web de RAGSTER
Télécharger le dépliant d’information sur les nanos dans les pesticides
[1] Saisine n° « 2024-AUTO-0038 », avis révisé de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à « Analyse des résultats d’une étude exploratoire visant à mesurer la présence de nanoparticules dans des produits phytopharmaceutiques et des produits biocides et à proposer, le cas échéant, des mesures de gestion afin de protéger les populations et l’environnement potentiellement exposés »
[2] Suite à l’affaire de la commune de Langoët, le Conseil d’État a interdit définitivement aux maires de prendre ces arrêtés anti-pesticides : https://www.maire-info.com/environnement/le-conseil-d%27%EF%BF%BDtat-interdit-definitivement-aux-maires-de-prendre-des-arr%EF%BF%BDtes-anti-pesticides-article-24862
[3] Règlement 1907/2006 du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2006 concernant l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances (REACH) ; https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32006R1907