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Lettre ouverte auprès des Nations Unies Femmes, paix et sécurité

Mardi 30 septembre 2025

2025 est une date anniversaire de la résolution des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité. 661 organisations de la société civile de 106 pays, dont Adéquations, appellent les Etats membres à agir immédiatement pour garantir les droits des femmes et défendre l’agenda international "Femmes, paix et sécurité". Dans un contexte de recul des droits et de militarisation, nous rappelons l’ensemble des instruments légaux pour les droits des femmes que les Etats se sont engagés à protéger et mettre en oeuvre (cf. les notes et références détaillées).


Introduction

Le 31 octobre, les Nations unies ont commémoré le 25e anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité (FPS). La résolution 1325 du Conseil de sécurité, adoptée en 2000, reconnaît le rôle essentiel des femmes comme actrices du changement dans la consolidation de la paix, la prévention des conflits et les processus de sécurité.

661 organisations de la société civile de 106 pays, dont Adéquations, appellent les Etats membres à agir immédiatement pour garantir les droits des femmes et défendre l’agenda international "Femmes, paix et sécurité".

Lettre ouverte de 2025 aux représentants et représentantes permanents auprès des Nations Unies avant le débat public annuel sur l’agenda Femmes, paix et sécurité

Nous, les organisations soussignées oeuvrant à travers le monde pour la justice de genre, les droits humains, la paix et la sécurité, vous écrivons à l’approche du 25e anniversaire de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité afin de vous transmettre un message — il est temps de riposter.

Cette année, l’agenda Femmes, paix et sécurité (WPS en anglais) fête ses 25 ans. Cet agenda est né de la vision, des sacrifices et du courage des femmes artisanes de la paix dans les zones de conflit — des femmes qui risquent leur vie pour promouvoir des solutions audacieuses aux conflits en osant dire la vérité aux pouvoirs, en arbitrant les différends, en fournissant des services essentiels et en défendant les droits humains, la justice et la responsabilité.

Pourtant, alors que nous devrions rendre hommage aux acquis durement obtenus par ces mouvements féministes, nous sommes confrontés à des réactions hostiles [1] contre l’autonomie et les droits des femmes, et contre celles et ceux qui les défendent, à un moment où les conséquences des conflits armés et des crises sur la vie des femmes et des filles ne pourraient être plus dévastatrices En 2023, la proportion de femmes tuées lors de conflits armés a doublé par rapport à 2022, [2]. Le terme même de « genre » – un concept central du droit international des droits humains mobilisé depuis des décennies par les mouvements féministes pour lutter contre l’oppression systématique des femmes et des personnes LGBTQIA+2 – [3] est aujourd’hui ouvertement remis en cause par les mouvements anti-genre à l’échelle mondiale, y compris au sein des l’Organisation des Nations unies (ONU). [4]. La société civile et les personnes défenseuses des droits humains à travers le monde, en particulier celles qui défendent l’égalité de genre, les droits des femmes, les droits sexuels et reproductifs et les droits des personnes LGBTQIA+, [5] sont pris pour cible en raison de leur identité et de leur travail. Combinées à la montée du militarisme, à l’érosion du respect du droit international, à l’exploitation capitaliste et à la réduction drastique du financement des organisations oeuvrant pour l’égalité de genre et les droits des femmes [6], ONU Femmes, ces attaques ont plongé notre travail et nos mouvements dans une crise, alors même que la vision de l’agenda Femmes, paix et sécurité est plus nécessaire que jamais.

Un principe fondateur de cet agenda est qu’aucune paix n’est possible sans le leadership et la participation pleine, égale, significative et sûre [7] des femmes et des filles d’identités diverses “femmes d’identités diverses” [8], ni sans le respect de leurs droits humains. Comme le Conseil de sécurité le réitère depuis 25 ans [9], les violations des droits des femmes sont une menace pour la paix et la sécurité, et le Conseil de sécurité, principal organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, doit respecter son obligation de protéger les droits des femmes. Rester silencieux alors que l’agenda Femmes, paix et sécurité et celles et ceux qui le défendent sont attaqués, privés de financement et abandonnés, non seulement sape des décennies d’engagements en faveur de l’égalité de genre et des droits des femmes, mais compromet également la paix et la sécurité pour tout le monde.

Lors du débat public de cette année sur l’agenda Femmes, paix et sécurité, à un moment où les principes fondamentaux de l’agenda Femmes, paix et sécurité sont mondialement bafoués et où les voix des personnes les plus touchées par les conflits et les crises sont de plus en plus exclues, nous vous exhortons à défendre les valeurs que cet agenda représente.

Les États membres devraient prioriser quatre mesures essentielles :

- Cesser d’armer la violence contre la population civile. Une revendication fondamentale des féministes artisanes de la paix est de mettre fin à la guerre, et non de la rendre plus sûre pour les femmes. Il est inacceptable de condamner vaguement les attaques contre la population civile tout en continuant à armer la violence à leur encontre. Alors que nous sommes confrontés à des niveaux records de conflits armés [10], de militarisation et de dépenses militaires [11], les États membres doivent s’engager à mettre fin aux transferts d’armes lorsqu’il existe un risque substantiel qu’elles soient utilisées pour commettre ou faciliter des actes graves de violence fondée sur le genre ou des actes graves de violence contre les femmes, ou si elles risquent d’être utilisées pour commettre un génocide, des crimes contre l’humanité, des violations graves des Conventions de Genève, des attaques dirigées contre la population civile ou des biens de caractère civil, ou d’autres crimes de guerre, conformément au Traité sur le commerce des armes (TCA) [12].

- Garantir le droit international. Le respect du droit international humanitaire et des droits humains est une obligation primordiale des États membres. Cela inclut le respect des décisions de la Cour internationale de justice (CIJ), le respect de l’obligation de prévenir et de punir le crime de génocide, et mettre fin à l’impunité pour les violations des droits humains. Ces obligations doivent être constamment garanties à travers toutes les situations de conflit inscrites à l’ordre du jour du Conseil de sécurité. L’application sélective du droit international et de ses protections spécifiques pour les femmes et les filles non seulement affaiblit un outil irremplaçable de la communauté internationale, mais elle érode également les fondements de la justice et de la responsabilité, favorise l’impunité et sape la crédibilité des États membres en matière de défense des droits humains et de résolution des conflits à travers le monde. L’agenda Femmes, paix et sécurité exige que l’ensemble des droits des femmes — y compris leur santé et leurs droits sexuels et reproductifs [13], leur droit à une participation égale à la prise de décision et à la vie publique, et leur droit de vivre à l’abri de toute forme de violence fondée sur le genre — soient respectés dans tous les conflits et toutes les crises, quels que soient le contexte ou les auteurs.

- Défendre les droits des femmes et l’égalité de genre. Même si les espaces de consensus se réduisent et que le coût de la défense des droits des femmes, de l’égalité de genre et de l’agenda Femmes, paix et sécurité est de plus en plus élevé, rien n’est plus central dans les principes fondateurs de la Charte des Nations unies que la prévention des conflits et la protection des personnes les plus touchées par ceux-ci. Défendre l’agenda Femmes, paix et sécurité aujourd’hui signifie que les États membres doivent s’exprimer ouvertement lorsque les droits humains des femmes, des filles et des personnes LGBTQIA+, les voix indépendantes de la société civile et l’intégrité du système multilatéral sont attaqués. Nous vous exhortons à redoubler d’efforts, et non à reculer, pour intégrer les droits des femmes, l’égalité de genre et le respect du droit international dans toutes les décisions du Conseil de sécurité, et à rejeter fermement tout résultat qui porte atteinte ou ne fait pas progresser les principes fondamentaux de l’agenda Femmes, paix et sécurité.

- Soutenir les mouvements de la société civile qui maintiennent cet agenda. Les femmes de la société civile sont au coeur de l’agenda Femmes, paix et sécurité et jouent un rôle essentiel pour tenir le Conseil de sécurité et l’ONU responsables de leurs obligations. Le Conseil de sécurité ne peut pas prendre de décisions monumentales qui affectent la vie de millions de femmes et de filles sans transparence et sans tenir compte des perspectives cruciales des communautés affectées par les conflits. Soutenir les femmes de la société civile signifie soutenir leur participation pleine, égale, significative et sûre à la prise de décision en matière de paix et de sécurité ; mettre pleinement en oeuvre une approche de tolérance zéro Les membres de l’Organisation Nations Unies et du Conseil de Sécurité qui ont signé la Déclaration d’engagements communs sur les femmes, la paix et la sécurité se sont engagés à une adopter une politique de tolérance zéro à l’égard des représailles. [14] à l’égard de toute forme d’attaque, d’intimidation, de riposte ou de représailles contre les femmes d’identités diverses pour leur participation politique, leur travail en faveur des droits humains et humanitaires, leurs activités de consolidation de la paix ou leur coopération avec les mécanismes des Nations unies, y compris le Conseil de sécurité ; garantir un financement direct, à long terme et flexible aux diverses organisations, réseaux et mouvements locaux dirigés par des femmes, défendant les droits des femmes et les droits des personnes LGBTQIA+ [15] ; et soutenir les organisations de la société civile et les personnes défenseuses des droits humains, en particulier celles qui travaillent sur des questions controversées, afin de garantir qu’elles puissent mener à bien leur travail de manière indépendante et sans répression.

Nous sommes encore loin de la pleine réalisation des principes, des normes et des engagements que nous avons collectivement établis au cours des 25 dernières années dans le cadre de l’agenda Femmes, paix et sécurité. Aujourd’hui, cependant, cet agenda lui-même est au bord du précipice. Lors du débat public sur l’agenda Femmes, paix et sécurité de cette année, nous vous exhortons à rester fermes et à maintenir le cap sur l’agenda Femmes, paix et sécurité — sous peine de le perdre complètement.

Nous ne resterons pas silencieuses et silencieux, et vous ne devriez pas l’être non plus.

La résistance féministe à la guerre, à l’oppression patriarcale, aux inégalités et à l’injustice a jeté lesn fondations l’agenda Femmes, paix et sécurité — et une résistance fondée sur des principes lorsque cet agenda est attaqué est la seule voie à suivre.

Nous sommes solidaires des femmes d’Afghanistan, de République centrafricaine, de Colombie, de République démocratique du Congo, d’Haïti, d’Irak, du Liban, de Libye, du Mali, du Myanmar, des territoires palestiniens occupés, de Somalie, du Soudan du Sud, du Soudan, de Syrie, d’Ukraine, du Sahara occidental, du Yémen et de toutes les autres crises inscrites à l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Nous vous exhortons à faire de même en garantissant l’agenda Femmes, paix et sécurité, en solidarité avec les millions de femmes et de filles d’identités diverses qui sont quotidiennement confrontées à la réalité brutale des conflits : elles méritent votre courage, vos ressources, mais surtout votre conviction morale que leurs vies ne sont pas dispensables.

- Télécharger la lettre avec la liste des signataires en français, anglais, espagnol, arabe, russe
- Résolution 1325 Femmes paix et sécurité

Notes

[2"Protection des civils en période de conflit armé". Conseil de sécurité, Rapport du Secrétaire général" S/2024/385, undocs.org/s/2024/385. De 2022 à 2023, l’ONU a documenté une augmentation de 50% du nombre de cas de violences sexuelles liées aux conflits, et 25% en plus de 2023 à 2024. Remarques de SRSG-SVC Pramila Patten au débat public du Conseil de sécurité sur les violences sexuelles en période de conflit, 19 aout 2025, undocs.org/s/pv.9981

[4LGBTQIA+ désigne les personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres, queer, intersexes, asexuelles et autres personnes de genre variant

[5"Protection contre la violence et la discrimination liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre en relation avec l’exercice des droits fondamentaux à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association. Rapport de l’Expert indépendant chargé de la question de la protection contre la violence et la discrimination liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre"

[7En vertu des dispositions de la législation internationale sur les droits humains relatives à l’égalité, les femmes ont droit à une représentation pleine et égale, et les Etats ont le devoir de garantir que les femmes exercent pleinement leurs droits fondamentaux sur un pied d’égalité avec les hommes, sans aucune discrimination. Les principes contraignants d’égalité et de non-discrimination constituent le fondement du système international de protection des droits humains et sont inscrits dans la Charte des Nations unies Art. 1(3), UDHR Art. 2, ICCPR Arts. 2, 3, 25, ICESCR Arts. 2, 3, CEDAW Arts. 7, 8, Comité des droits de l’Homme General Comment 28, et Comité CEDEF Recommandations Générales 23, 25, 28, 30 et 40, en plus des Résolutions du Conseil de Sécurité 1325 (2000), 1820 (2008), 1889 (2009), 2106 (2013), 2122 (2013), 2242 (2015), 2467 (2019) et 2493 (2019).

[8Inclus les femmes issues de minorités, de groupes ethniques et religieux, les personnes LGBTQIA+, les jeunes femmes, les femmes déplacées et migrantes, les femmes en situation d’handicap et d’autres groupes marginalisés. Recommandation générale n°30 du Comité CEDEF sur les femmes dans la prévention des conflits, les conflits et les situations d’après conflit, 36, 2013 undocs.org/CEDAW/C/GC/30.

[9Résolutions du Conseil de Sécurité 1325 (2000), 1820 (2008), 1888 (2008), 1889 (2008), 1960 (2010), 2106 (2013), 2122 (2013),v2242 (2015), 2467 (2019) et 2493 (2019).

[13Le droit international humanitaire et le droit international coutumier protègent la santé et les droits sexuels et reproductifs, y compris l’accès à un avortement sûr, par le biais du droit à tous les soins médicaux nécessaires sans distinction défavorable, y compris pour les femmes enceintes (article 3 commun aux Conventions de Genève ; Convention III de Genève, art. 14 ; Protocole additionnel I aux conventions de Genève Arts. 8, 10 ; Protocole additionnel II aux Conventions de Genève, Art. 7 ; règle 88 de la base de données du droit humanitaire international coutumier) ; l’interdiction du viol et d’autres formes de violence sexuelle (règle 93 de la base de données du droit international humanitaire coutumier) ; et l’interdiction des « traitements cruels et de la torture » et des atteintes à la dignité de la personne, en particulier les traitements humiliants et dégradants (Article 3 commun). Selon le droit international relatif aux droits humains, la santé et les droits sexuels et reproductifs sont protégés, y compris le droit à la vie (ICCPR Art. 6 ; CRC Art. 6 ; UDHR Art. 3 ; CRPD Art. 10) ; à la santé (CERD Art. 5(e)(iv) ; ICESCR Art. 12 ; CEDAW Arts. 11(1)(f), 12, 14(2)(b) ; CRPD Art. 25 ; CRC Art. 24, UDHR Art. 25) ; ‡ la vie (ICCPR Art. 17 ; CRC Art. 16 ; UDHR Art. 12 ; CRPD Art. 22) ; à la liberté et la sécurité de la personne ; à la liberté contre la violence et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants (CAT ; ICCPR Art. 7 ; UDHR Art. 5 ; CRPD Art. 15 ; CRC Art. 37) ; à la liberté de pensée, de conscience et de religion ou de croyance (ICCPR Art. 18) ; à l’égalité et la non-discrimination (UDHR Art. 2 ; ICCPR Arts. 3, 26 ; ICESCR Art. 2 ; CERD Art. 1 ; CEDAW Arts. 1 and 2) ; et le droit de rechercher, de recevoir et de répandre des informations (ICCPR Art. 19 ; UDHR Art. 19 ; CEDAW Arts. 10, 14, 16 ; CRPD Art. 21 ; CRC Arts. 13, 17). La santé et les droits sexuels et reproductifs sont également protégés par les résolutions 1889 (2009), 2106 (2013) and 2122 (2013) du Conseil de sécurité.

[14Voir par exemple Statement of Shared Commitments on Women, Peace and Security, Rapport du Secrétaire général sur la Coopération avec l’Organisation des Nations unies, ses représentants et ses mécanismes dans le domaine des droits de l’homme, 20 août 2024, https://undocs.org/A/HRC/57/60

[15En plus de soutenir directement les organisations de défense des droits des femmes, les donateurs devraient s’engager à atteindre des objectifs minimaux en matière d’égalité de genre et de participation des femmes — à savoir 1 % de l’aide publique au développement pour les organisations de défense des droits des femmes et de consolidation de la paix dirigées par des femmes, et 15 % des fonds pour les programmes dont l’objectif principal est de promouvoir l’égalité de genre, avec la ferme intention d’augmenter ces financements à l’avenir

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