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Prévention des violences à l’encontre des enfants : où en sommes-nous ?Dimanche 23 novembre 2025, par Si un certain nombre de mesures et de dispositions légales semblent aller dans le bon sens pour protéger les enfants des violences, l’action publique est encore très loin d’être à la hauteur des besoins. Pour autant, la « cause des enfants » semble rallier de plus en plus de militant·es tout aussi pointu·es sur la question que déterminé·es à briser les tabous. Ainsi de nombreuses ressources en matière de prévention voient le jour, qui peuvent être mises à profit par qui souhaite s’en saisir, qu’on soit professionnel·les de l’éducation, parent ou tout-e citoyen·nes se sentant concerné-e. Car la protection des enfants implique la responsabilité de toutes et tous. |
C’est en 2009 qu’Adéquations a lancé son vaste chantier de promotion de l’éducation non sexiste, convaincue que la lutte contre les inégalités de genre et contre les violences sexistes et sexuelles passe par un autre modèle éducatif et ce, dès le plus jeune âge. Dans ce cadre, l’association a développé un champ d’intervention comprenant des séances de formation ou de sensibilisation auprès des professionnel-les accompagnant les enfants (professionnel∙les de la petite enfance, personnels de l’éducation nationale, animatrices et animateurs des centres de loisir, bibliothécaires…) et la réalisation d’outils pédagogiques.
Adéquations s’est notamment particulièrement intéressée aux entraves faites à l’exercice des droits de l’enfant en raison des discriminations et des violences de genre. Ses travaux ont donné lieu à la création d’un guide pour adultes et à l’organisation d’un colloque sur le sujet en partenariat avec l’Unesco, ainsi qu’à une exposition pour enfants, accompagnée d’un guide d’utilisation. Le droit à la protection contre les violences fait l’objet d’un panneau à part entière de cette exposition dont les enjeux restent toujours d’actualité. [1]
Depuis 2009, avec #MeToo (2017), #MeTooInceste (2021), et tout récemment le procès Pélicot ou encore le scandale de Bétharram, la prise de conscience des ressorts du patriarcat et de l’ampleur des violences qu’il génère a incontestablement évolué. De quasi confidentielle, elle est devenue un fait de société à part entière, contraignant les pouvoirs publics et les législateurices à s’en emparer. Ainsi, on lui doit :
La mise en place, en janvier 2021, de La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants dite Ciivise, une commission d’enquête missionnée pour recueillir des témoignages et produire des recommandations.
La loi du 21 avril 2021 visant à protéger les mineur·es des crimes et délits sexuels et de l’inceste. Cette loi pose qu’aucun·e adulte ne peut se prévaloir du consentement sexuel d’un·e enfant s’il ou elle a moins de 15 ans, ou moins de 18 ans en cas d’inceste [2].
En février 2025, un arrêté inscrivant l’EVAR (éducation à la vie affective et relationnelle) dans les programmes scolaires de l’école maternelle et élémentaire et l’EVARS (éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité) dans ceux du collège et du lycée, comme disciplines à part entière.
Et tout récemment, la Loi du 6 novembre 2025 modifiant la définition pénale du viol et des agressions sexuelles en y introduisant la notion de non-consentement de la victime [3].
A noter également, mais infiniment moins médiatisée et qui continue d’être perçue par certain·es comme une ingérence dans l’autorité parentale, la Loi du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires (VEO). Cette loi spécifie que « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. ». Autrement dit fessées, gifles et autres violences prétendument éducatives sont désormais interdites [4].
Or, bien que louables,toutes ces dispositions et leur mise en œuvre effective sont clairement insuffisantes. L’éradication des violences à l’encontre des enfants demande incontestablement de passer à la vitesse supérieure.
Selon un rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) de 2019, un·e enfant meurt tous les 5 jours, tué·e par ses parents ou un·e proche [5].
Un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes estimait à 213 000 le nombre de femmes victimes chaque année de violences conjugales sur la période 2011-2018. 80 % d’entre elles étant mères, ce sont des centaines de milliers d’enfants co-victimes de ces violences. Outre les traumatismes infligés à la totalité d’entre elles et d’entre eux, 40 à 60 % de ces enfants seraient aussi directement victimes de violences physiques exercées par leur père ou beau-père [6].
Dans son rapport de 2023, la Ciivise estime à 160 000 le nombre d’enfants victimes de violences sexuelles chaque année et sur les 30 000 témoignages recueillis dans le cadre de sa mission, 81 % des agressions avaient été commises par une personne de la famille ou proche de la famille. Les auteurs de ces violences sexuelles sont en très grande majorité des hommes, mais des enfants sont aussi les victimes de femmes ou de mineur·es [7].
Ces chiffres, qui ne sont que des ordres de grandeur sous-estimés, appellent au sursaut… Il y a urgence à démultiplier les moyens financiers et humains, à former et conscientiser les professionnel·les et le public en général. Car les dysfonctionnements et les défaillances de la protection de l’enfance sont criants dans tous les domaines : prévention, repérage, traitement judiciaire de ces violences, prise en charge des enfants victimes... Le rapport remis en avril 2025 par la commission d’enquête sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance, et qui n’éclaire qu’une partie du problème, est aussi édifiant que révoltant [8].
Pour autant, on a du mal à imaginer que la « cause des enfants » puisse faire machine arrière. Car pour qui souhaite faire de la prévention, il existe aujourd’hui de plus en plus d’ouvrages expliquant les stratégies d’agression, le psychotraumatisme, les précautions et la marche à suivre en cas de révélation de violences subies par un·e enfant. Mais surtout et c’est un fait nouveau, des outils de qualité adaptés aux enfants dès le plus jeune âge ont fait leur apparition au cours des dernières années. Adéquations est en cours de repérage, notamment en matière de littérature de jeunesse, mais nous pouvons d’ores et déjà vous partager quelques références.
L’artiste Mai Lan Chapiron a à son actif trois albums de jeunesse. « Interdit de me faire mal » est un petit format cartonné aux message clairs et dynamiques qui s’adressent aux tout·es petit·es. Dans le même esprit « C’est mon corps » sensibilise aux violences sexuelles les enfants un peu plus grand·es : à partir de 4, 5 ans. Enfin, inspirée de l’histoire personnelle de l’autrice, « Le Loup » raconte l’histoire de Miette, une petite fille dans la famille de laquelle « il y a le loup… C’est un homme mais Miette trouve aussi que c’est un loup ». Ce drame de l’inceste mais aussi la manière d’en sortir sont traités avec beaucoup de douceur et de justesse. L’album que l’on peut lire aux enfants à partir de 5, 6 ans comprend un livret d’accompagnement pour les adultes. Une vidéo de prévention et une chanson le complètent et sont accessibles gratuitement sur le portail de l’Unicef France [9].
C’est avec des spectacles de marionnettes que l’association « Dans le Genre Egales » s’emploie à affranchir les enfants des stéréotypes sexistes dès la maternelle et les sensibilise au droit de dire NON. L’association anime, dans de nombreuses écoles et centres de loisir depuis 4 ans, des spectacles différents chaque année, ce qui permet de sensibiliser les mêmes enfants sur la durée. Le temps de discussion qui suit le spectacle montre que les enfants sont particulièrement sensibles à la saynète relative au respect du corps, y compris les tout·es petit·es [10].
Pour un décryptage des causes et conséquences des violences faites aux enfants et pour être outillé·e sur la manière d’accompagner leur « sortie » du silence et de l’enfer, le livre d’Emma Etienne « Enfants sous silence. En finir avec le tabou des violences intrafamiliales » (nov 2025, Editions Payot) est un essai très documenté et très accessible. Elle-même victime d’inceste puis placée en foyer à 17 ans, cette jeune militante a adopté une lecture féministe de ces violences systémiques. En 2020, elle a fondée l’association Speak, destinée à accompagner les enfants victimes de violence et à former les professionnel·les à ces enjeux [11]. La préface de « Enfants sous silence » est signé d’Edouard Durand, co-président de la Ciivise de 2021 à 2022.
Et pour une bibliographie étoffée d’albums de jeunesse mobilisables en prévention des violences faites aux enfants, Adéquations vous donne rendez-vous prochainement.
[1] L’exposition « L’égalité filles-garçons, c’est bon pour les droits de l’enfant. Et le respect aussi ! » s’adresse aux enfants de 6 à 12 ans. Pour la visualiser et/ou la commander, c’est ici :http://www.adequations.org/spip.php?article2321.
[2] la Loi du 21 avril 2021 visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste introduit également 4 nouvelles infractions et le principe de "prescription glissante". Si le délai de prescription du viol sur un·e enfant fixé par la loi du 3 août 2018 reste inchangé (30 ans à compter de la majorité de la victime, soit jusqu’à l’âge de 48 ans), le délai de prescription peut désormais être prolongé si la même personne viole ou agresse sexuellement par la suite un autre enfant jusqu’à la date de prescription de cette nouvelle infraction.
Pour en savoir plus sur cette loi, c’est ici : https://www.vie-publique.fr/loi/278212-loi-21-avril-2021-violences-sexuelles-sur-mineurs-et-inceste.
[3] La loi introduit ainsi la notion de non-consentement de la victime : " Constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur…" et définit le consentement et la manière de l’apprécier. Le consentement devra être : « libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable » ; il ne pourra pas « être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime » (par exemple victimes tétanisées, soumises chimiquement, inconscientes ou sous emprise). La loi est consultable ici : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000052533258/.
[4] La loi du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires est consultable ici : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000038746663/.
Dans l’exposé des motifs de la proposition de loi relative à son interdiction, la violence éducative ordinaire (VEO) est définie comme « l’ensemble des pratiques coercitives et punitives utilisées, tolérées, voire recommandées dans une société, pour ‘éduquer’ les enfants. Elle est faite de violence verbale : moqueries, propos humiliants cris, injures… ; de violence psychologique : menaces, mensonges, chantage, culpabilisation… ; et/ou de violence physique : gifles, pincements, fessées, secousses, projections, tirage de cheveux, tapes sur les oreilles… ». On peut néanmoins déplorer qu’aucune sanction spécifique aux VEO ne soit prévue par cette loi.
Le rapport prévu à l’article 3 de la loi est consultable ici : https://www.oveo.org/wp-content/uploads/2019/11/Rapport-Gouvernement-violences-educatives.pdf.
[5] Pour lire le rapport de l’IGAS, « Mission sur les morts violentes d’enfants au sein des familles – Evaluation du fonctionnement des services sociaux, médicaux, éducatifs et judiciaires concourant à la protection de l’enfance », c’est ici : https://igas.gouv.fr/Mission-sur-les-morts-violentes-d-enfants-au-sein-des-familles-Evaluation-du.
[6] Rapport du HCE : « Violences conjugales : garantir la protection des femmes victimes et de leurs enfants tout au long de leur parcours 9 octobre 2020 », à télécharger ici : https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-violences-conjugales-garantir-la-protection-des-femmes-victimes-et-de-leurs-enfants-tout-au-long-de-leur-parcours.
[7] Télécharger le rapport de la Ciivise ici : https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023.
[8] Le Rapport fait par la commission d’enquête sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance (avril 2025), à voir ici : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cease/l17b1200-ti_rapport-enquete.pdf.
[9] La vidéo et la chanson de prévention complétant l’album « Le Loup » est disponible ici sur le portail d’Unicef France : https://my.unicef.fr/article/le-loup-un-album-une-chanson-et-une-video-pour-briser-le-tabou-de-linceste/.
[10] Le teaser des marionnettes de l’égalité est ici : https://www.youtube.com/watch?v=CRh6tStTFrw et Le site de l’association Dans le Genre Egales ici : https://danslegenreegales.fr/marionnettes-egalite/.
[11] le site de l’association Speak : https://asso-speak.org/.