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Lundi 24 septembre 2018

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Présentation succincte de onze notions-clés de la pensée de Jung

2008, par Anna Griève


Plusieurs notions clés de la pensée de Jung apparaissent tout au long des ouvrages d’Anna Griève. Il a semblé utile d’en préciser ici le sens.
Ces notions clés se retrouvent notamment dans le récent ouvrage publié par Anna Griève : Les Trois corbeaux, ou la science du mal dans les contes merveilleux, Editions Imago, février 2010.

 4) Symbole

Jung rappelle en plusieurs passages la distinction entre le signe, "désignation abrégée d’un fait connu" (Les Types psychologiques, définition N° 55, pages 468 et 469), l’allégorie, "métaphore d’un fait connu" (Ibid.) ou "paraphrase d’un contenu conscient" (Les Racines de la conscience, page 16, note 5) et le symbole, "meilleure expression possible d’un contenu seulement pressenti, non encore reconnu" (Ibid.). Pour illustrer la différence entre signification symbolique et sens "séméiotique" d’une même image, Jung prend l’exemple de la croix. "L’interprétation de la croix comme symbole d’amour divin est séméiotique, car l’expression "amour divin" exprime le fait en question plus exactement qu’une croix qui peut avoir diverses autres significations. Symbolique, au contraire, est la conception qui, dépassant toute interprétation concevable, considère la croix comme l’expression de certain fait encore inconnu et incompréhensible, mystique ou transcendant, donc psychologique en premier lieu, qu’il est absolument impossible de représenter autrement que par la croix" (Les Types psychologiques, page 469). Cet exemple mène à la différenciation capitale que Jung établit entre symbole vivant et symbole mort. Le symbole vivant est la meilleure expression possible de "l’indicible", il est "gros de signification" (Ibid.). Mais lorsqu’une expression conceptuelle vient formuler ce qui jusque là était indicible, "alors le symbole est mort : il n’a plus qu’une valeur historique" (Ibid.). Il se trouve alors en effet réduit "au rôle de signe conventionnel de rapports par ailleurs plus parfaitement connus" (ou supposés tels, Ibid.).

Jung souligne la difficulté liée à la reconnaissance du caractère symbolique d’un contenu psychique. Il n’est pas rare, écrit-il (Ibid. définition 55, pages 472 et 473) que des névrosés, par absence de "discernement critique", prennent pour des symboles profonds des contenus "qui sont principalement et en premier lieu des symptômes morbides". Inversement, d’autres névrosés considèrent comme des symptômes morbides "des phénomènes bien autrement significatifs", … "qui ont non seulement une origine profonde, mais tendent à la réalisation de l’inconnu : ceux-là sont de véritables symboles". La reconnaissance du caractère symbolique d’un tel contenu psychique dépend de "l’attitude symbolique du conscient qui observe". Si le conscient n’a pas la capacité d’accueillir le symbole, celui-ci, perdant la possibilité de "réalisation de l’inconnu", se trouve réduit à une vaine fantasmagorie intérieure. Peut-être pourrait-on aller jusqu’à dire qu’il ne s’agit plus vraiment d’un symbole : Jung écrit en effet que le symbole n’est jamais le produit "du seul conscient ni du seul inconscient", mais résulte "d’un égal concours des deux".

D’une façon générale, le symbole peut être défini comme une conjonction d’opposés psychiques (par exemple du différencié et du primitif, du spirituel et du sensuel, du bien et du mal etc…), qui se produit lorsque le moi, en "violente désunion" avec lui-même, "forcé de reconnaître sa participation inconditionnée" à chacun des opposés (Les Types psychologiques, page 474), se trouve suspendu entre eux, dans un état de tension extrême et de paralysie vitale. L’inactivité de la conscience entraîne alors un "reflux" de l’énergie qui réveille "l’activité de l’inconscient où toutes les fonctions différenciées ont leur source archaïque commune", et cette activité de l’inconscient "met à jour un contenu constellé" autant par l’un des opposés que par l’autre, l’unilatéralité de chacun se trouvant compensée par la présence de l’autre dans ce nouveau contenu (Ibid.). Celui-ci, dans lequel les puissances opposées s’unissent "dans une pente d’énergie", est le symbole, "tierce réalité qui participe à la nature de l’une et de l’autre" et qui est donc « une forme "libre d’opposition" » (Les Racines de la conscience, page 315). Tel est le symbole vivant, "ni rationnel ni irrationnel", qui "fait vibrer la pensée autant que le sentiment", qui excite "la sensation autant que l’intuition" et assure donc "le droit à l’existence de toutes les parties de la psyché" (Les Types psychologiques, page 473).

L’émergence du symbole constitue ce que Jung appelle "l’expérience du Soi" (ou du sens). Le symbole libère le moi de la dissociation et de la prison des contradictions insolubles en lui révélant dans la psyché un dynamisme créateur qui agit par l’union des contraires, ce qui pourrait être une définition de l’archétype du Soi. C’est par le symbole que s’établit la relation entre la conscience et l’archétype du Soi et il est même juste de dire que si cette relation ne constitue pas le Soi, elle seule permet au Soi de "s’actualiser", de se réaliser. L’expérience du symbole, ou du Soi, est fondatrice, unifiante et transformante : le moi ne se perçoit plus comme autonome et isolé ; il ne se perçoit pas non plus comme opposé ni soumis au Soi, mais comme "adjoint" au Soi et tournant "en quelque sorte autour du Soi comme la Terre autour du soleil" (Dialectique du moi et de l’inconscient, page 298). C’est la naissance et le renforcement de cette perception que Jung considère être "le but de l’individuation" (Ibid.).

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