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Décroissance, sobriété volontaire

réactualisation août 2009

août 2009

Plusieurs courants de pensée, comme celui de la décroissance, celui de "l’après-développement" sont très critiques envers la notion de développement durable, estimant que celui-ci constitue une tentative rhétorique et consensuelle pour sauver l’idéologie occidentale du développement et de la croissance économique. Au niveau individuel et collectif, ces démarches prônent la "sobriété volontaire".


 Décroissance contre développement durable ?

Depuis quelques années, particulièrement en France, un courant de pensée et d’action se développe et est entré dans le débat public : la décroissance. Se qualifiant de soutenable, conviviale, équitable, la décroissance estime que le développement durable - faux-nez de la croissance - est un oxymore, c’est-à-dire une contradiction dans les termes. Il ne peut pas y avoir de croissance infinie dans un monde fini.

Le développement durable serait également une arme du discours diplomatique et international visant à imposer au Sud une nouvelle suprématie occidentale en codifiant ce que doit être le modèle de développement universel et en insérant tout développement humain dans une dynamique marchande (ex. : le marché du carbone, de la biodiversité, les « permis à polluer »...).

Comme la pensée du développement durable, la décroissance est issue des débats des années soixante-dix sur la pérennité du mode de développement techniciste, polluant, basé sur "l’addiction" au pétrole et la prédation des ressources non renouvelables. Le Club de Rome, les oeuvres d’Ivan Illich, André Gorz, François Partant, Jacques Ellul, l’économiste Nicolas Georgescu-Roegen, etc. montraient que la croissance se heurte à des limites écologiques et humaines. Pour Gorgescu-Roegen, toute activité humaine entraîne un prélèvement sur des ressources non reproductibles, qui finiront immanquablement par s’épuiser, l’espèce humaine étant alors condamnée à disparaître.

Quelques dates de la décroissance

La contestation du système productiviste, de "l’aliénation consumériste" et les idées de la décroissance étaient très répandues dans les années 70, même si elles n’ont touché que des cercles assez restreints.

Le terme décroissance est sans doute apparu en 1979 sous la plume de Jacques Grinevald, professeur à l’Institut universitaires d’études du développement (IUED) à Genève, dans sa traduction de l’ouvrage de Goergescu-Roegen The entropic law and economic process (La Décroissance : entropie-écologie-économie).

Les années 1980 et 90, marquées par la suprématie de l’économie néo-libérale et du capitalisme financier comme modèle désormais unique et dominant ont marqué un reflux de certaines idées radicales issues des années 1960 et de leur expérimentation concrète.

Dès 1993, la revue Silence avait publié un dossier sur la décroissance, mais sans attirer vraiment l’attention.

Ce n’est qu’à partir des années 2000 que l’idée de la décroissance refait réellement irruption et que son audience commence à s’accroître. En 2002, une conférence, organisée à l’Unesco par l’Association La Ligne d’Horizon (Les Amis de François Partant), remporte un grand succès.

Un Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance (IEESDS), créé en 2001, propose une documentation en ligne et fait paraitre Les cahiers de l’IEESDS, diffusé avec le Journal La Décroissance. Le journal La Décroissance est diffusé en kiosque depuis 2004, d’abord trimestriel et actuellement mensuel, avec une diffusion qui serait de 20 000 exemplaires.

Une revue Entropia "d’étude théorique et politique de la décroissance" visant à la recherche a été créée en 2006. Elle traite de sujets tels que : Décroissance et Politique, Décroissance & travail, Décroissance & technique, Décroissance & utopie, Crise éthique, éthique de crise ?

Décroissance et élections
Un Parti pour la décroissance (PPLD) a été créé en 2006 (par Vincent Cheynet, fondateur de l’association Casseurs de pub et rédacteur en chef de La Décroissance). Il a présenté des candidats aux législatives de 2007. Un Mouvement pour la décroissance est créé en 2007, disposant de quelques élus locaux. Aux élections européennes de juin 2009, la liste Europe Décroissance a présenté des candidat-es, issu-es d’un rapprochement entre le PPLD et le MOC, créant l’Association des objecteurs de croissance (ADOC-France).

Une mouvance diversifiée

La mouvance de la décroissance comporte des sensibilités et opinions politiques très diversifiées. Les décroissants ou objecteurs de croissances proposent souvent une décroissance économique forte des pays et des classes les plus riches (diminution drastique de la consommation et des transports, territorialisation des activités humaines, rééquilibrage rural-urbain...) pour permettre au pays du Sud et aux pauvres d’accéder aux besoins et services essentiels dans le cadre de choix d’organisation culturels et locaux.

Cette approche ne serait peut être pas toujours très éloignée de la notion de soutenabilité forte promue par le développement durable "citoyen" (cf. article sur la durabilité forte et la durabilité faible). Mais le discours actuellement dominant du développement durable accorde une importance déterminante aux innovations technologiques, qui permettrait une croissance découplée de la pollution et de la consommation d’énergie, tandis que les courants de la décroissance accordent la priorité à des modes de vie basés sur la sobriété, sur une culture de l’être et du lien social plutôt que de l’avoir. Certaines interprétations du développement durable - notamment le développement durable vu par les grandes entreprises et par la plupart des pouvoirs publics et des institutions internationales - affirment qu’il est possible de continuer le mode de vie actuel, avec des produits propres, économes en énergies. Pour la décroissance, la société d’hyper-consommation constitue en elle-même une aliénation, et l’actuelle promotion de la croissance verte est le nouvel avatar du développement durable institutionnel et libéral pour sauver le système économique et social face à une crise écologique et financière majeure.

Les milieux de la Décroissance, comme une bonne partie de ceux de l’écologie politique et du développement durable "associatif" sont proches des réseaux investis dans les luttes pour les semences et la biodiversité paysannes, contre les OGM, pour l’économie sociale et solidaire, la relocalisation de l’économie, la recherche de nouveaux indicateurs de richesses, la lutte contre les excès de la publicité, les AMAPs et les mouvements du Slow Food, pour les énergies renouvelables décentralisées et contre le nucléaire...

Des rapprochements s’opèrent entre des courants de la décroissance et des courants de la gauche non socialiste (comme le Nouveau Parti Anticapitaliste), ainsi que le mouvement politique Utopia qui rassemble des militants associatifs et de divers partis de gauche, y compris le PS et les Verts, sur une ligne écologiste, altermondialiste et anti productiviste.

Pour le moment, la décroissance semble rester plus portée sur la dénonciation - voire la polémique sur des personnes régulièrement épinglées - que sur des propositions précises et opérationnelles en ce qui concerne le mode de transition possible entre un développement actuel non soutenable et ce que serait concrètement une société de la décroissance. C’est dans les modalités de mise en oeuvre d’une politique de décroissance que pourraient apparaitre des divergences entre valeurs universelles, démocratie représentative (journal La Décroissance, Vincent Cheynet, Paul Ariès) et relativisme culturel et primauté à la démocratie directe (Serge Latouche).

 Initiatives au niveau international

La pensée de la décroissance, de la sobriété ou de la transition se développe sous des formes diverses au niveau individuel ou collectif (journée sans achat, sans voiture, installation d’éco-villages, luttes contre l’affichage publicitaire...) dans différents pays et dans des réseaux internationaux :

- Portail suisse, Réseau Objection de croissance (ROC) et son forum de discussion : www.decroissance.ch ; http://objectiondecroissance.xooit.org.
- Association d’objecteurs de croissance, Belgique : www.objecteursdecroissance.be
- Québec : cf. ci-dessous, Réseau québécois pour la simplicité volontaire
- Etats-Unis et Canada : www.transitionus.org ; The Simplicity Forum www.simplicityforum.org ; Take back your time day : www.timeday.org
- Grande-Bretagne : villes en transition : http://transitiontowns.org/
- Irlande : http://transitionculture.org
- International Buy Nothing Day : www.objecteursdecroissance.be ; www.adbusters.org/campaigns/bnd
- Recherche et décroissance : www.degrowth.net
- Réseau international des éco-villages : http://gen.ecovillage.org
- Réseau international des villes lentes : www.cittaslow.blogspot.com
- Réseau mondial sans voitures : www.worldcarfree.net
- Mouvement des villes et communautés en transition : www.villesentransition.net

 L’après développement, l’objection de croissance

Ce sont des courants et des concepts de la décroissance. En particulier, dans la mouvance de l’économiste François Partant (1926-1987) l’association La Ligne d’horizon diffuse des documents et des outils pédagogiques.

Le Réseau pour l’après-développement se fixe ainsi quatre objectifs :

- 1) Concevoir et promouvoir résistance et dissidence à la société de croissance et de développement économique.
- 2) Travailler à renforcer la cohérence théorique et pratique des initiatives alternatives.
- 3) Mettre en oeuvre de véritables sociétés autonomes et conviviales.
- 4) Lutter pour la décolonisation de l’imaginaire économiste dominant.

- www.lalignedhorizon.org
- "Co-production et décroissance" : http://transversel.apinc.org/spip/rubrique.php3?id_rubrique=40

L’après-développement est aussi le nom d’une collection aux éditions Parangon, dirigée par Serge Latouche, en prolongement du colloque Défaire le développement, refaire le monde organisé par La ligne d’horizon à l’Unesco en mars 2002.

- Voir les ressources documentaires

 La simplicité volontaire

L’expression décroissance n’a pas vraiment d’équivalent en anglais (le terme de-growthn a été créé). De leur côté, des Québecois-es préfèrent parler de sobriété ou de simplicité volontaire. Cette expression est pour certains plus explicite et plus qualitative que décroissance. Elle met l’accent sur l’engagement de chacun-e dans une démarche à la fois personnelle et collective.

Le Réseau québécois pour la simplicité volontaire en donne la définition suivante :

- une façon de vivre qui cherche à être moins dépendante de l’argent et de la vitesse, et moins gourmande des ressources de la planète ;
- la découverte qu’on peut vivre mieux avec moins ;
- un processus individualisé pour alléger sa vie de tout ce qui l’encombre ;
- un recours plus grand à des moyens collectifs et communautaires pour répondre à ses besoins et donc un effort pour le développement d’une plus grande solidarité ;
- le choix de privilégier l’être plutôt que l’avoir, le assez plutôt que le plus, les relations humaines plutôt que les biens matériels, le temps libéré plutôt que le compte en banque, le partage plutôt que l’accaparement, la communauté plutôt que l’individualisme, la participation citoyenne active plutôt que la consommation marchande passive ;
- la volonté d’une plus grande équité entre les individus et les peuples dans le respect de la nature et de ses capacités pour les générations à venir ;
- un courant social important qui tente de répondre à des problèmes de société de plus en plus pressants (course folle de la vie moderne, endettement excessif, insatisfaction malgré une consommation débridée, épuisement professionnel, gaspillage et épuisement des ressources naturelles, désintégration du tissu social, etc.).

- www.simplicitevolontaire.org

 Autres réflexions et actions sur les "nouvelles richesses"

Ces projets ne se réclament pas à proprement parler de la décroissance mais promeuvent certaines de ses idées comme l’économie redistributive, la relocalisation de l’économie, les systèmes de monnaies locales. Le Collectif Richesses est un collectif associatif crée en 2001, en France, suite à la mission Nouvelles Richesses confiée à Patrick Viveret par la Délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale (DIES), qui avait été instituée en 1981. Le collectif rassemble des acteurs de l’économie solidaire et de l’éducation populaire pour travailler au changement de représentation et de comptabilisation de ce qu’est la richesse et de la fonction que joue la monnaie dans notre société.

Il est à l’initiative d’un appel Pour un autre regard sur la richesse. Il développe le projet SOL, animé par l’association SOL, qui expérimente dans cinq régions françaises des monnaies complémentaires d’utilité sociale et écologique, avec l’appui initial du Fonds social européen (programme EQUAl).

- www.sol-reseau.coop
- www.collectif-richesses.org (site en construction)

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