Site de l’Association Adéquations
Développement humain durable - diversité culturelle - solidarité internationale - égalité femmes/hommes

Mercredi 16 octobre 2019

Accueil > Membres et partenaires > Anna Griève > Etude sur Goethe > Poèmes de Goethe

Enregistrer au format PDF

Poèmes de Goethe

Une sélection de poèmes cités dans l’ouvrage d’Anna Griève

2008


Dans son ouvrage "Le Processus d’individuation chez Goethe", Anna Griève analyse plusieurs poèmes de Goethe. Ces poèmes sont donnés ici en allemand et en français. Le texte allemand est repris de la Hamburger Ausgabe. La traduction en français est d’Anna Griève.
A noter qu’Anna Griève revient sur la pensée et l’oeuvre de Goethe dans la conclusion de son récent ouvrage Les Trois corbeaux, ou la science du mal dans les contes merveilleux, éditions Imago, février 2010.

 Maifest


Wie herrlich leuchtet
Mir die Natur !
Wie glänzt die Sonne !
Wie lacht die Flur !

Es dringen Blüten
Aus jedem Zweig
Und tausend Stimmen
Aus dem Gesträuch

Und Freud und Wonne
Aus jeder Brust.
O Erd’, o Sonne !
O Glück, o Lust,

O Lieb’, o Liebe,
So golden schön
Wie Morgenwolken
Auf jenen Höhn,

Du segnest herrlich
Das frische Feld -
Im Blütendampfe
Die volle Welt !

O Mädchen, Mädchen,
Wie lieb’ ich dich !
Wie blinkt dein Auge,
Wie liebst du mich !

So liebt die Lerche
Gesang und Luft,
Und Morgenblumen
Den Himmelsduft,

Wie ich dich liebe
Mit warmem Blut,
Die du mir Jugend
Und Freud’ und Mut

Zu neuen Liedern
Und Tänzen gibst.
Sei ewig glücklich,
Wie du mich liebst !

(1771)

Fête de mai

Comme resplendit
A mes yeux la nature !
Comme le soleil brille !
Comme rit la campagne !

Les fleurs jaillissent
De chaque rameau
Et mille voix
Hors des buissons

Et joie et délices
De tous les cœurs.
O terre, ô soleil,
O bonheur, ô plaisir

O amour, amour,
Splendeur dorée
Comme là-haut, sur ces collines
Les nuages au matin,

Tu bénis magnifique
Le champ verdissant -
Dans la brume de fleurs
Le monde gonflé de sève !

O jeune fille, jeune fille
Combien je t’aime !
Comme ton regard luit
Comme tu m’aimes !

Comme l’alouette aime
L’air et les champs,
Et les fleurs du matin
La rosée du ciel,

Ainsi je t’aime
D’un sang plein de vie,
Toi qui me donnes
Jeunesse et joie, et le désir

De chants nouveaux
Et de danses nouvelles
Eternellement sois heureuse
Comme tu m’aimes.


 Ganymed


Wie im Morgenrot
Du rings mich anglühst,
Frühling, Geliebter !
Mit tausendfacher Liebeswonne
Sich an mein Herz drängt
Deiner ewigen Wärme
Heilig Gefühl,
Unendliche Schöne !

Daß ich dich fassen möcht’
In diesen Arm !

Ach, an deinem Busen
Lieg’ ich, schmachte,
Und deine Blumen, dein Gras
Drängen sich an mein Herz.
Du kühlst den brennenden
Durst meines Busens,
Lieblicher Morgenwind,
Ruft drein die Nachtigall
Liebend nach mir aus dem Nebeltal.

Ich komme ! ich komme !
Wohin ? Ach, wohin ?

Hinauf, Hinauf strebt’s,
Es schweben die Wolken
Abwärts, die Wolken
Neigen sich der sehnenden Liebe,
Mir, mir !

In eurem Schoße
Aufwärts,
Umfangend umfangen !
Aufwärts
An deinem Busen,
Alliebender Vater !

(Printemps 1774)

Ganymède

Comme dans l’aurore
Ton feu me caresse,
Printemps, bien-aimé !
Par mille félicités d’amour
Se presse contre mon cœur
De ta flamme éternelle
La sensation sainte,
Beauté infinie !

Comme je désire te saisir dans ces bras,
Dans mes bras !

Ah ! contre ton sein
Etendu, je meurs,
Et tes fleurs, ton herbe
Se pressent contre mon cœur.
Tu rafraîchis la soif
Brûlante de mon sein,
Douce brise du matin,
Le rossignol appelle
Dans la vallée de brume le chant d’amour m’appelle.

Ah ! je viens ! Ah ! je viens, mais
Où,
Où aller ?

Là-haut, plus haut encore,
Les nuages
S’abaissent, les nuages
S’inclinent vers le désir d’amour,
Vers moi, jusqu’à moi !

Dans votre sein toujours plus haut
Emportez-moi !
Embrassant embrassé !
Plus haut, plus haut,
Contre ton sein
Père tout-aimant !


 Im Herbst 1775


Fetter grüne, du Laub’,
Am Rebengeländer,
Hier mein Fenster herauf.
Gedrängter quillet,
Zwillingsbeeren, und reifet
Schneller und glänzend voller.
Euch brütet der Mutter Sonne
Scheideblick, euch umsäuselt
Des holden Himmels
Fruchtende Fülle.
Euch kühlet des Monds
Freundlicher Zauberhauch,
Und euch betauen, ach,
Aus diesen Augen
Der ewig belebenden Liebe
Volle schwellende Tränen.

Autmone 1775


Verdis plus dense, feuillage
De la vigne montante
Ici le long de ma fenêtre.
Jaillissez plus serrées
Baies jumelles, et mûrissez
Plus vite, de plénitude plus luisantes.
De chaleur maternelle vous entoure
Le regard d’adieu du soleil, le souffle fécondant
Du ciel inépuisable
De bienveillance vous environne,
Vous rafraîchit l’effluve
Magique de la lune amie,
Et de ces yeux, hélas,
Tombent en rosée sur vous
De l’amour éternellement vivifiant
Les larmes, les très lourdes larmes.


 Sehnsucht

Dies wird die letzte Trän’ nicht sein,
Die glühend Herz-auf quillet,
Das mit unsäglich-neuer Pein
Sich schmerzvermhrend stillet.

O laß doch immer hier und dort
Mich ewig Liebe fühlen,
Und möcht’ der Schmerz auch also fort
Durch Nerv und Adern wühlen.

Könnt’ ich doch ausgefüllt einmal
Von dir, o Ew’ger, werden !
Ach, diese lange tiefe Qual,
Wie dauert sie auf Erden !

(1775)

Désir

Ceci ne sera pas la dernière larme
Jaillissant brûlante de ce cœur
Qui dans une nouvelle indicible torture
S’apaise en accroissant sa douleur.

O fais moi donc partout éternellement
Eprouver l’amour,
Même si la douleur dans mes nerfs et mes veines
Sans fin doit faire rage.

Puissé-je un jour enfin, ô Eternel,
Etre rempli de toi !
Ah ! ce long, ce profond tourment,
Comme il dure sur cette terre !


 Auf dem See

Und frische Nahrung, neues Blut
saug’ ich aus freier Welt ;
Wie ist Natur so hold und gut,
Die mich am Busen hält !
Die Welle wieget unsern Kahn
Im Rudertakt hinauf,
Und Berge, wolkig himmelan,
Begegnen unserm Lauf.

Aug mein Aug, was sinkst du nieder ?
Goldne Träume, kommt ihr wieder ?
Weg, du Traum, so gold du bist :
Hier auch Lieb und Leben ist.

Auf der Welle blinken
Tausend schwebende Sterne,
Weiche Nebel trinken
Rings die türmende Ferne ;
Morgenwind umflügelt
Die beschattete Bucht,
Und im See bespiegelt
Sich die reifende Frucht.

(Juin 1775)

Sur le lac

Et du libre univers nourriture nouvelle
En moi j’aspire, sang neuf dans mes veines ;
Comme Nature est bienveillante et bonne
Qui me presse contre son sein !
La vague berce notre barque
Vers l’amont au rythme des rames,
Et les montagnes, dressées dans les nuages,
Rencontrent notre course.

Mes yeux, mes yeux, pourquoi vous fermez-vous ?
Rêves dorés, revenez-vous ?
Va-t-en, rêve, si doré que tu sois ;
Ici aussi est l’amour, ici aussi la vie.

Sur la vague scintillent
Mille étoiles flottantes,
Les brumes moelleuses boivent
Les hautes masses des lointains alentour ;
La brise du matin volète
Sur les bords de la baie ombreuse,
Et dans le lac se reflète,
Mûrissante, la moisson à venir.


 Warum gabst du uns die tiefen Blicke ...

Warum gabst du uns die tiefen Blicke,
Unsre Zukunft ahnungsvoll zu schaun,
Unsrer Liebe, unserm Erdenglücke
Wähnend selig nimmer hinzutraun ?
Warum gabst uns, Schicksal, die Gefühle,
Uns einander in das Herz zu sehn,
Um durch all die seltenen Gewühle
Unser wahr Verhältnis auszuspähn ?

Ach, so viele tausend Menschen kennen,
Dumpf sich treibend, kaum ihr eigen Herz,
Schweben zwecklos hin und her und rennen
Hoffnungslos in unversehnem Schmerz ;
Jauchzen wieder, wenn der schnellen Freuden
Unerwart’te Morgenröte tagt.
Nur uns armen liebevollen beiden
Ist das wechselseit’ge Glück versagt,
Uns zu lieben, ohn uns zu verstehen,
In dem andern sehn, was er nie war,
Immer frisch auf Traumglück auszugehen
Und zu schwanken auch in Traumgefahr.

Glücklich, den ein leerer Traum beschäftigt !
Glücklich, dem die Ahnung eitel wär !
Jede Gegenwart und jeder Blick bekräftigt
Traum und Ahndung leider uns noch mehr.
Sag’, was will das Schicksal uns bereiten ?
Sag’, wie band es uns so rein genau ?
Ach, du warst in abgelebten Zeiten
Meine Schwester oder meine Frau ;

Kanntest jeden Zug in meinem Wesen,
Spähtest, wie die reinste Nerve klingt,
Konntest mich mit einem Blicke lesen,
Den so schwer ein sterblich Aug durchdringt.
Tropftest Mäßigung dem heißen Blute,
Richtetest den wilden irren Lauf,
Und in deinen Engelsarmen ruhte
Die zerstörte Brust sich wieder auf ;

Hieltest zauberleicht ihn angebunden
Und vergaukeltest ihm manchen Tag.
Welche Seligkeit glich jenen Wonnestunden,
Da er dankbar dir zu Füßen lag,
Fühlt’ sein Herz an deinem Herzen schwellen,
Fühlte sich in deinem Auge gut,
Alle seine Sinnen sich erhellen
Und beruhigen sein brausend Blut.

Und von allem dem schwebt ein Erinnern
Nur noch um das ungewisse Herz,
Fühlt die alte Wahrheit ewig gleich im Innern,
Und der neue Zustand wird ihm Schmerz.
Und wir scheinen uns nur halb beseelet,
Dämmernd ist um uns der hellste Tag.
Glücklich, daß das Schicksal, das uns quälet,
Uns doch nicht verändern mag.
(avril 1776)

Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant

Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant
Qui d’intuition profonde voyant notre avenir,
Ne nous laisse jamais, nous berçant d’illusions, nous fier un instant
En notre amour et terrestre bonheur ?
Pourquoi nous donnas-tu, destin, ce sentiment
Qui nous fait voir dans le cœur l’un de l’autre,
Et au travers de tant d’étranges turbulences,
Discerner et saisir notre lien véritable ?

Ah ! Tant de milliers d’hommes connaissent à peine
Dans leur agitation obscure, leur propre cœur,
Flottent sans but de çà de là, et soudain affolés
Courent sous l’aiguillon de douleurs imprévues,
Puis retrouvent le rire quand à nouveau paraît
L’aurore inattendue des plaisirs éphémères.
A nous deux seuls, malheureux pleins d’amour,
Est refusé le bonheur partagé
De nous aimer sans nous comprendre,
De voir en l’autre ce qu’il ne fut jamais,
De poursuivre sans fin des rêves de bonheur,
Pour tituber au bord de dangers irréels.

Heureux celui qu’occupe un rêve vide !
Heureux qui de l’intuition se rirait !
Toute présence et tout regard, hélas ! donnent au rêve en nous
A l’intuition force plus grande encore.
Dis-moi, quelle est sur nous l’intention du destin ?
Dis-moi, comment nous joignit-il de si juste jointure ?
Ah ! tu fus en des temps depuis longtemps vécus,
Ma sœur, ou mon épouse.

Tu connaissais chaque trait de mon être,
Percevais le son du nerf le plus pur,
D’un seul regard tu me lisais
Moi que si mal pénètre un œil mortel.
Au sang brûlant tu versais goutte à goutte
Un baume, tu redressais mon errance sauvage,
Et le repos dans tes bras angéliques
Restaurait l’être dévasté.

A la légèreté d’un fil magique tu le tenais près de toi attaché,
Et dans l’enchantement faisais couler ses jours.
Quelle félicité s’égale aux heures de délices
Où, plein de gratitude, il gisait à tes pieds,
Sentait son cœur gonfler contre ton cœur,
S’éprouvait bon dans ton regard,
Sentait en lui s’éclairer tous ses sens,
Et son sang en tumulte lentement s’apaiser.

Et de tout cela ne flotte désormais qu’un souvenir
Autour du cœur troublé,
Il sent au fond de lui l’ancienne vérité éternellement vraie,
Et l’état nouveau lui est à douleur.
Il nous semble n’avoir qu’âme à demi vivante,
Crépuscule pour nous est le jour le plus clair.
Heureux, que le destin qui nous tourmente
De nous changer n’ait pourtant pas pouvoir.


 Der Bräutigam

Um Mitternacht, ich schlief, im Busen wachte
Das liebevolle Herz, als wär es Tag ;
Der Tag erschien, mir war, als ob es nachte
Was ist es mir, so viel er bringen mag

Sie fehlte ja mein emsig Tun und Streben
Für sie allein ertrug ichs durch die Glut
Der heißen Stunde welch erquicktes Leben
Am kühlen Abend ! lohnend wars und gut.

Die Sonne sank, und Hand in Hand verpflichtet
Begrüßten wir den letzten Segensblick,
Und Auge sprach, ins Auge klar gerichtet :
Von Osten, hoffe nur, sie kommt zurück.

Um Mitternacht ! der Sterne Glanz geleitet
Im holden Traum zur Schwelle, wo sie ruht.
O sei auch mir dort auszuruhn bereitet,
Wie es auch sei das Leben es ist gut.

(1824)

Minuit, je dormais, au fond de moi veillait
Le cœur plein d’amour, comme si c’était le jour ;
Parut le jour, c’était la nuit pour moi,
Que m’est le jour, tant qu’il puisse apporter.

Elle n’était pas là ; mon labeur incessant
Pour elle seule je le soutins parmi l’ardeur
De l’heure brûlante, quelle vie renouvelée
Dans la froideur du soir ! Ce fut fécond, et bon.

Le soleil se coucha ; main dans la main l’un à l’autre engagés,
Nous saluâmes son dernier regard, bénédiction dernière,
Et les yeux dirent, clairement dirigés dans les yeux :
De l’orient, espère, espère, il reviendra.

Minuit ! L’éclat des étoiles conduit
En un doux rêve au seuil où elle repose.
O qu’il me soit donné de reposer moi aussi en ce lieu.
Quelle que soit la vie, vivre est bon."

Haut de page
Accueil | Contact | | Mentions légales | Plan du site | Membres et partenaires