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Lundi 18 juin 2018

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Présentation succincte de onze notions-clés de la pensée de Jung

2008, par Anna Griève


Plusieurs notions clés de la pensée de Jung apparaissent tout au long des ouvrages d’Anna Griève. Il a semblé utile d’en préciser ici le sens.
Ces notions clés se retrouvent notamment dans le récent ouvrage publié par Anna Griève : Les Trois corbeaux, ou la science du mal dans les contes merveilleux, Editions Imago, février 2010.

 7) L’ombre

L’ombre est constituée par les contenus de l’inconscient personnel (Psychologie et alchimie, page 47), elle "coïncide avec l’inconscient personnel" (Welter-Verlag 9/1, page 302). Le mot doit être entendu au sens d’ombre "morale" (Les Racines de la conscience, page 462). C’est "la moitié obscure de la personnalité" (Psychologie et alchimie, page 45), elle "correspond à une personnalité du moi négative et inclut donc tous les éléments dont nous trouvons l’existence pénible et regrettable" (page 232, note 118). Elle est "le primitif qui vit encore dans l’homme civilisé" (Mysterium conjunctionis 14/1 page 279). Cependant, bien qu’il décrive l’ombre (Aion Walter-Verlag 9/2 page 281) comme "une personnalité … refoulée, le plus souvent inférieure et coupable", Jung souligne à plusieurs reprises que ce sont, rarement il est vrai, des aspects positifs qui sont refoulés et ressentis comme inférieurs. D’une façon générale, l’ombre, de même que tous les contenus inconscients, est dans un rapport de complémentarité et de compensation aux contenus conscients.

Alors que l’anima ou l’animus sont personnifiés dans les rêves par des figures du sexe opposé à celui du rêveur, l’ombre est personnifiée par une figure du même sexe. Cependant, « L’ombre et l’anima, étant toutes deux inconscientes, se contaminent l’une l’autre, ce que le rêve représente sous la forme d’un "mariage" ou d’une expression semblable. Mais si l’existence de … l’ombre est reconnue et comprise, il se produit une séparation de ces deux figures … Le sujet reconnaît alors que l’ombre appartient au moi et que l’anima [ou l’animus], elle [lui], ne lui appartient pas" (Psychologie et alchimie, page 232 note 118). L’explication avec l’ombre est décrite par Jung comme "l’œuvre de l’apprenti" (alors que l’explication avec l’animus ou l’anima est "l’œuvre du maître") (Les Racines de la conscience, page 44), car elle est, de tous les contenus inconscients, "le moins chargé de matière explosive et … aussi le plus proche de l’état conscient" (Le Fripon divin, Editions Georg, 1958, page 198). Le degré de difficulté de la confrontation à l’ombre dépend de l’aptitude du moi à se distancier de lui-même, à ne pas coïncider avec sa propre image, alors que la confrontation à l’animus ou à l’anima, qui, du fait de leur nature d’archétype, sont beaucoup plus loin de la conscience, est une tâche d’une tout autre dimension.

Lorsqu’il est question de l’ombre dans un texte de Jung, c’est presque toujours dans le sens qui vient d’être défini. Cependant Jung emploie aussi ce terme en relation avec la notion d’archétype, soit qu’il parle de "l’ombre du Soi" ou même qu’il mentionne l’existence d’un "archétype de l’ombre".

Dans Aion (Walter-Verlag 9/2 page 52) Jung définit l’ombre du Soi comme "la moitié sombre de la totalité humaine". En fait, la vie étant un tressage d’opposés, le Soi, comme tous les autres archétypes, a un aspect de lumière et un aspect d’ombre, l’établissement de la relation à l’archétype permettant seul d’éviter une unilatéralité toujours dévastatrice. Il est certain que la réalisation de la totalité est très loin d’être inoffensive, mais parce qu’elle prémunit contre le danger de "succomber aux contraires", comme dit Jung, c’est-à-dire de succomber à la fascination par une image exclusivement lumineuse ou exclusivement sombre du Soi, elle signifie humanisation et fécondité.

Si donc l’idée d’une ombre de l’archétype du Soi ne présente pas de difficultés particulières, il semble en revanche impossible d’intégrer organiquement à la pensée de Jung la notion, à laquelle il fait rarement allusion, d’un archétype de l’ombre. Ainsi parle-t-il d’une ombre "qui dépasse de loin tout ce qui est du domaine personnel et qui pour cette raison pourrait tout à fait être comparée à un principe, comme par exemple celui du mal" (Walter-Verlag 9/1, page 340, traduit par Anna Griève). Il écrit plus nettement encore dans Aion, après avoir parlé de la relative facilité de la confrontation à l’ombre comprise comme inconscient personnel : "Mais là où l’ombre entre en jeu en tant qu’archétype, alors on rencontre les mêmes difficultés qu’avec l’animus ou l’anima ; en d’autres termes, il est dans le domaine du possible de reconnaître le mal relatif de sa propre nature, c’est en revanche une expérience rare et qui ébranle profondément que de regarder dans les yeux le mal absolu" (Walter-Verlag 9/2 page 19, traduit par Anna Griève). Comment cette notion d’un mal absolu et, plus encore, d’un archétype du mal absolu pourrait s’articuler à une pensée de la transformation, comme est la sienne, c’est ce que Jung n’explique pas, pas plus qu’il ne caractérise le mal absolu autrement que par cet adjectif "absolu", alors même que le caractère absolu, qui dit l’impossibilité de la transformation, implique nécessairement une différence de nature entre ce mal et un mal au moins potentiellement transformable, soit entièrement, soit jusqu’à un certain point, par l’établissement de la relation à la conscience. Ce sont justement cette obscurité et ce manque dans la pensée de Jung qui ont stimulé la réflexion exposée dans l’Introduction de La Science du mal dans les contes merveilleux, et développée dans la suite de l’ouvrage.

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