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Guide pratique de la Boîte à outils "20 albums de jeunesse pour une éducation non sexiste"

Du bilan aux enjeux : le genre dans la littérature de jeunesse

Lundi 5 novembre 2012


 Marginalisation des fillettes

Les études montrent qu’il y a dans les albums de jeunesse destinés aux enfants de moins de 9 ans deux fois plus de héros que d’héroïnes et dix fois plus quand les personnages sont des animaux « humanisés ».

L’écart le plus important entre le nombre de héros et d’héroïnes existe dans les livres pour les 0-3 ans. Il s’amenuise ensuite pour s’inverser dans la littérature proposée aux enfants de plus de 9 ans, âge auquel les fillettes, qui à l’instar des garçons préfèrent des personnages principaux de leur propre sexe, commencent à vraiment choisir les livres par elles-mêmes. Et comme ce sont de plus grandes lectrices que les garçons, le marché s’adapte. Mais pour les enfants jusqu’à l’âge de 9 ans, les adultes restent largement prescripteurs. Beaucoup considèrent comme « neutre » un livre dont le héros est masculin et pensent qu’il conviendra autant aux garçons qu’aux filles, alors qu’une héroïne ne saurait intéresser un petit garçon. Là encore le marché répond à la demande.

Or le fait même que les fillettes privilégient des héroïnes, dès lors qu’elles sont en capacité de choisir, prouve qu’elles sont régulièrement lésées dans leurs premières lectures.

Outre le fait d’être marginalisée, la petite fille des albums de jeunesse est affublée de « signes extérieurs de féminité » : une jupe, une robe ou des accessoires comme des chouchous dans les cheveux. Le garçon, lui, est dessiné de manière beaucoup moins connotée. Ce qui fait dire à Anne Dafflon Novelle que le sexe masculin est le sexe par défaut et à Sylvie Cromer qu’il s’agit du neutre, à partir duquel se construit le sexe féminin.

Dans les livres documentaires, le procédé est souvent encore plus brutal. En Histoire, par exemple, l’évolution de l’espèce humaine est généralement représentée par un homme qui se redresse progressivement, comme si les femmes n’avaient pas contribué à perpétuer l’espèce.

Ce type de représentation contribue à ce que les enfants intériorisent que le sexe de référence est le sexe masculin, comme si le sexe féminin n’était qu’une particularité de l’espèce humaine.

Cette imposture qui consiste à remplacer le générique par le masculin est d’autant plus aisée à commettre dans la culture française qu’elle est inscrite dans notre langue, notamment, avec cette fameuse règle : « le masculin l’emporte sur le féminin ».

Or non seulement les professeur-es pourraient décrire cette règle de l’accord du nom et de l’adjectif d’une manière moins violente, en précisant par exemple que l’accord de l’adjectif « se réduit » ou « se limite »au masculin, mais cette règle n’a pas toujours été. Jusqu’au XVIIème siècle, on appliquait couramment la règle de proximité qui stipule que l’adjectif s’accorde en genre avec le nom le plus proche. Autrement dit, jusqu’au XVIIème siècle, les hommes et les femmes étaient plus “égales” dans la langue.

Comment redresser la barre ? Comment éviter que les fillettes soient perçues et se perçoivent comme quantité négligeable ? Leur proposer des albums avec des modèles féminins identificatoires forts, mais aussi s’adresser aux enfants en incluant le féminin d’une manière volontariste y contribuera. Employer au féminin les fonctions et les noms de métiers comme l’y invite la circulaire du 6 mars 1998, s’adresser à toutes et à tous, sont des réflexes qui peuvent faire bouger les lignes.

 Fille et garçon : deux « espèces » différentes et inégales

Ce sont dans les activités des enfants que la littérature de jeunesse présente les stéréotypes les plus marqués. Les filles continuent d’être surreprésentées dans des activités calmes à l’intérieur, dans des lieux privés (leur chambre, la cuisine, la salle de bain), secondant à l’occasion leur maman dans des tâches maternantes ou domestiques, et en relation avec d’autres membres de la famille.

A l’opposé, les petits garçons s’activent avec des copains à l’extérieur dans des lieux publics. Ils y font des bêtises ou du sport. Très vite la littérature leur propose de devenir des « P’tis héros » comme en témoigne le titre d’une collection dont l’équivalent pour un lectorat féminin n’est que « P’tite fille ».

Ainsi, très tôt, la plupart des albums de jeunesse indiquent aux enfants la place qu’ils doivent occuper en fonction de leur sexe et la valeur qu’attribue la société à ces places : place « héroïque » pour les garçons et les hommes, place « ordinaire » pour les filles et les femmes. La littérature de jeunesse contribue de ce fait à la « valence différentielle des sexes » pour reprendre le concept de l’anthropologue Françoise Héritier, qui renvoie à la fois à l’assignation des rôles en fonction du sexe et à la hiérarchisation de ces rôles sur une échelle de valeur.

Si le sexisme de la littérature de jeunesse n’est pas nouveau, les impératifs du consumérisme le renforcent. On le voit avec la multiplication des collections spéciales « filles » et des collections spéciales « garçons ». Multiplier les cibles, créer artificiellement des « tribus » qui se reconnaîtront autour d’un objet de consommation, permet de multiplier les ventes. Le livre, pas plus que les jeux ou les vêtements pour enfants, n’échappe à cette stratégie marketing. Or rien n’est plus simple que de créer une cible masculine et une cible féminine tant ces deux catégories apparaissent comme « naturelles » dans la plupart des esprits.

On le voit, ce que nous avons gagné en terme d’évolution des mentalités est bien fragile au regard de la puissance des stratégies d’influence de l’industrie du livre, du jouet ou du vêtement. Car quel message adressent ces collections « sexuées » aux enfants, si ce n’est que leurs centres d’intérêts et leurs goûts sont nécessairement déterminés par leur sexe ?

Par ailleurs, la différenciation très nette des activités pour filles et des activités pour garçons dans la littérature de jeunesse implique qu’il existe finalement très peu d’histoires d’amitié entre filles et garçons. Pourtant le meilleur chemin pour conduire à des relations sereines entre les deux sexes à l’adolescence et à l’âge adulte ne passe-t-il pas par un « jouer ensemble » dès la petite enfance ? Apprendre à se connaître, à reconnaître ce qui unit plutôt que ce qui sépare, s’apprécier sans peur et sans préjugés avant que ne se pose la question de la relation amoureuse est un premier pas vers l’entente et peut prévenir des incompréhensions, voire des risques de violences ultérieurement.

C’est pourquoi nous avons tenu à vous proposer une sélection d’albums qui vous permettent d’aborder, dès la crèche et jusqu’à la fin de l’élémentaire, la question de l’égalité entre les filles et les garçons mais aussi celle des affinités au-delà des différences de sexe, d’âge, d’origine, d’apparence physique, etc.

 Ces petites filles que l’on veut fragiles…

Assigner les enfants à une place, à une occupation, à un type de relation en fonction de leur sexe produit de l’inhibition. Et l’inhibition, autrement dit le blocage ou la perte d’une fonction de la personnalité doit être considérée non seulement comme un énorme gâchis mais comme une vraie violence, comme l’est toute mutilation.

Les fillettes, par exemple, sont poussées très jeunes à intérioriser le fait qu’elles sont moins fortes physiquement que les garçons, alors même que ce préjugé n’est fondé sur aucune réalité physiologique pour la période de l’enfance.

Ce stéréotype « du sexe faible » est récurrent dans la littérature de jeunesse. Anne Dafflon Novelle montre que les animaux incarnant les personnages masculins sont généralement plus puissants (animaux de la savane, ours, loups) que ceux représentant les femmes et les filles (rongeurs et insectes). Par ailleurs, lorsque dans un album, un petit garçon et une petite fille sont embringués dans une aventure contre des « méchants », c’est généralement le petit garçon qui sauve la fillette des périls encourus.

Ce modèle qui suggère l’impuissance féminine face au danger n’est guère profitable aux petites filles. Le stéréotype de leur infériorité physique conduit à l’inhibition de leurs capacités réelles à se battre ou à se défendre. Non seulement ce mécanisme rend - et rendra les femmes qu’elles seront – effectivement plus vulnérables face à la violence, mais il vient cautionner l’idée, par un effet en cascade, que les filles sont « moins fortes que les garçons ».

Cette inhibition de leurs capacités physiques par les fillettes est renforcée par les multiples injonctions qui leur sont faites de soigner leur apparence. Très jeunes, les fillettes portent des chaussures « jolies » mais peu commodes pour courir ou des toilettes qu’on leur recommande de ne pas abîmer. Cela les limite à des activités plus passives et les empêche de mettre leur corps à l’épreuve.

La littérature de jeunesse véhiculée par la presse enfantine est particulièrement terrible sur ce point. Dans beaucoup de contes revisités, la beauté est le seul attribut qui soit donné aux filles. Et si autrefois, elles naissaient belles, aujourd’hui consumérisme aidant elles peuvent se plier aux canons de la mode en faisant du « shopping ».

Le diktat de l’apparence est également très dommageable sur le plan psychologique. Porteur de complexes à venir, voire d’anorexie pour sa manifestation la plus extrême, il signifie aux fillettes que leur personnalité propre est secondaire. Par ailleurs qu’est-ce que l’apparence si ce n’est de l’emballage ? Et qu’emballe-t-on, si ce n’est les filles et les objets ? Les féministes ont toujours dénoncé cette assignation à la condition de femme-objet. A juste titre, un objet quand on le casse, ça ne pleure pas, ça ne crie pas… On voit le lien avec les violences sexistes.

Au-delà même des capacités physiques, ce sont toutes les manifestations de puissance ou de dépassement qui sont découragées chez les petites filles. Ainsi, bien qu’elles soient davantage que les garçons invitées à exprimer leurs émotions, la colère chez une petite fille reste une émotion peu tolérée. Parfois la dissuasion est sournoise. Dans un album de jeunesse qui aborde le sujet de la colère en proposant une série de quatre histoires, suivies chacune d’une page de conseils pour éviter d’en faire, ce sont des petits garçons qui sont mis en scène hurlant et protestant et des petites filles à qui on explique dans les pages de conseils qu’il faut apprendre à se maîtriser…

Heureusement les contre-modèles existent également. Certains albums donnent à connaître des personnalités féminines fictives ou réelles qui marquent par leur audace physique, leur courage et leur esprit de rébellion. A diffuser sans modération !

 Pour que ça fasse moins mal d’être un mâle…

Si les stéréotypes sexistes relayés dans les albums de jeunesse contribuent à préparer les garçons à une meilleure réussite sociale que les filles, le formatage auquel sont soumis ces derniers n’en est pas moins pesant et moins mutilant pour autant. « Etre homme, c’est par mimétisme ressembler aux grands hommes, ceux de la virilité conquérante : les cow-boys, les sportifs, les caïds, les guerriers…, ceux qui ont plus de pouvoirs que les autres grâce à leur virilité » observe Daniel Welzer-Lang qui dénonce le « corset de la virilité obligatoire ».

Pour ce sociologue, les rapports de domination des hommes sur les femmes sont d’abord structurés dans des rapports de domination entre hommes et la violence que les garçons vont mettre en place contre les filles et les femmes plus tard est d’abord apprise dans les rapports concurrentiels et virils qu’ils entretiennent entre eux. « Tant que les garçons n’auront pas le droit de dire qu’ils ont mal et qu’ils subiront des violences des autres garçons, comment imaginer que les rapports soient réellement égalitaires dans l’ensemble des autres espaces ? » interroge Daniel Welzer-Lang.

D’une manière générale, les transgressions de genre sont d’ailleurs moins tolérées envers les garçons qu’envers les petites filles qu’on laisse plus aisément s’aventurer dans les domaines qui ne leur sont pas traditionnellement réservés. Ainsi, s’il existe dans la littérature enfantine quelques contre-modèles de filles intrépides et délurées, les contre-modèles de garçons sensibles, attentifs aux autres ou doutant d’eux-mêmes demeurent encore très rares.

Miser sur le « rattrapage » des garçons par les filles n’est pas suffisant. Pour construire une société non sexiste, une société où les filles comme les garçons se sentiront libres d’explorer la totalité de leurs aptitudes personnelles, il faut aussi redonner de la valeur aux sentiments, aux compétences et aux domaines culturellement étiquetés comme féminins.

Fournir aux garçons des modèles identificatoires autres que ceux de la toute-puissance et de la compétitivité est d’autant plus nécessaire que l’influence des pairs est déterminante dans le conformisme recherché par les enfants. Certaines études montrent que la probabilité que les enfants jouent avec un objet typique de l’autre sexe diminue en présence d’un pair. Autrement dit, il est urgent de construire une culture enfantine commune qui permette aux garçons comme aux filles de transgresser les assignations de genre sans douter de leur normalité pour autant.

Dans la construction de cette culture enfantine non sexiste, la littérature de jeunesse a bien entendu son rôle à jouer. Si les maisons d’édition restent encore très timides, il existe néanmoins quelques auteur-es qui grâce à des histoires et des personnages plus subtils permettent de desserrer « le corset de la virilité obligatoire ». N’hésitez pas à vous en emparer.

 Passer de la famille aux familles ?

Les stéréotypes sexistes dans les albums de jeunesse sont encore plus criants lorsqu’ils déterminent les personnages adultes. Non seulement les femmes sont moins représentées que les hommes comme personnage principal (environ cinq fois moins) mais le modèle féminin est nettement moins diversifié que le modèle masculin.

Les femmes de la littérature de jeunesse sont avant tout des mères. Mieux, ce sont des mères qui accomplissent leur devoir dans la joie et la bonne humeur. La famille, dont elles constituent le pilier, est représentée comme le lieu de toutes les harmonies. Les mères, absorbées par leurs occupations ménagères ou de soins aux enfants - faire la vaisselle, donner le bain, surveiller les devoirs… - ne semblent jamais excédées ou prêtes à craquer du fait de leur double journée. Le goûter récréatif, l’étude, la ou le babysitter qui s’occupent des enfants, ça n’existe pas ! Tout le monde, le sait : 16h30, c’est l’heure des mamans.

Non seulement la plupart des albums de jeunesse gomme la vie professionnelle des mères, mais rares sont ceux qui suggèrent un juste partage des tâches. L’inégale répartition des tâches domestiques et familiales constitue pourtant un des freins majeurs à l’égalité entre les femmes et les hommes, le surcroît de travail des femmes se traduisant par un temps moindre à consacrer à leur carrière, à leurs loisirs, ou à leur engagement citoyen. Selon une enquête de l’Insee, en 2010, les femmes consacrent en moyenne 28 heures par semaine aux tâches domestiques et familiales contre 17 heures pour les hommes, sachant qu’elles s’occupent deux fois plus des enfants que ces derniers. Et si l’écart entre les unes et les uns s’est réduit de 7 heures depuis 1985, ce n’est pas parce que les hommes en font plus mais parce que les femmes en font moins (produits surgelés, aide ménagère, moindres exigences…).

Les stéréotypes à l’œuvre dans la littérature de jeunesse contribuent à ce que les petites filles intériorisent très tôt les compromis exigés des femmes au sein de la famille. Plus grandes, l’anticipation de ces compromis peut jouer sur leur orientation scolaire et expliquer en partie pourquoi les jeunes filles restent peu nombreuses dans les filières d’excellence en dépit de leur meilleurs résultats que les garçons. Ainsi, selon la sociologue Marie Duru-Bellat, dès le lycée les jeunes filles se projetteraient davantage dans leur future vie de famille que les garçons. Leur anticipation de la « double journée » les amènerait ainsi à ne pas envisager des carrières trop exigeantes.

On voit donc l’enjeu de proposer dans la littérature de jeunesse des modèles de familles moins contraignantes pour les femmes, d’autant qu’elles existent même si elles demeurent rares. L’arrivée des « nouveaux pères » reste trop timide dans les albums. Lorsque les pères y sont conviés, c’est généralement pour s’amuser, pour passer un moment de détente avec les enfants. Invisibles sont les hommes engagés dans une garde alternée ou qui honorent tout simplement leurs responsabilités parentales.

D’une manière générale, la littérature de jeunesse n’a pas su s’ouvrir à la diversité des modèles familiaux qui co-existent aujourd’hui. Et ce, alors que les divorces ont triplé depuis les années 1970, que près d’un enfant sur cinq vit dans un foyer monoparental (à 85 % dirigé par la mère) et que l’homoparentalité n’est plus une réalité ignorée.

Il est temps que la littérature de jeunesse prenne la mesure de ces changements, tant pour aider les enfants à déchiffrer leur propre vécu, que les aider à se projeter dans un autre idéal de famille, un idéal moins coûteux pour les mères et sûrement plus riche pour les pères.

 Où sont les femmes ?

On l’a vu, les personnages féminins dont la raison d’être ne se réduit pas à une fonction parentale n’ont guère droit de cité dans la littérature de jeunesse. Exit les héroïnes inspirées de celles qui ont joué un rôle déterminant dans l’Histoire !

Au XIXème siècle, les femmes constituaient déjà environ 35 % de la population active. Aujourd’hui, alors qu’elles en représentent 48 %, on pourrait croire, à la lecture de la majorité des albums, qu’elles n’ont toujours pas pénétré le marché du travail. Lorsqu’elles y sont identifiées comme ayant une situation professionnelle, elles sont cantonnées dans les métiers de l’enseignement, du soin des enfants et du commerce. Si elles sortent de ces catégories, souligne Sylvie Cromer, c’est généralement pour être ridiculisées. Les hommes, quant à eux, ont des activités professionnelles plus variées et valorisées.

Or si les stéréotypes ont toujours la caractéristique d’être erronés par rapport à la réalité, ils ont aussi pour effet de freiner l’évolution de la société dans laquelle la pleine égalité des femmes et des hommes n’est toujours pas réalisée. Un des grands enjeux pour atteindre l’égalité professionnelle est précisément la diversification des métiers. Près de la moitié des emplois occupés par les femmes sont concentrés dans 11 des 86 familles professionnelles répertoriées et près de 79 % de femmes s’y concentrent. Cela explique en partie le fait que les femmes soient plus touchées par le chômage et que leur salaire soit inférieur de 25 % à 27 % à celui des hommes, car les secteurs très féminisés sont aussi les moins valorisés.

Globalement, la possibilité même qu’une femme puisse apporter sa contribution au monde des idées, des arts, des technologies ou de la connaissance en général, le fait qu’elle puisse lutter contre les injustices, parfois au péril de sa vie, ou simplement tourner le dos aux conventions, est hors sujet dans le tout venant de la littérature de jeunesse.

Des modèles forts pour nos petites filles s’imposent pourtant. Choisissons quelques chiffres parmi d’autres pour en illustrer l’urgence. En 2012, avec 155 élues sur 577 députés, les femmes représentent encore à peine un quart des élus à l’Assemblée Nationale. Trois cent soixante-sept ans après sa création, l’Académie française ne compte que 5 femmes parmi ses 40 membres.

Ceci explique cela, répliquent les maisons d’édition de mauvaise foi qui estiment - sans même réaliser que leurs albums traduisent une vision caricaturale de la réalité - que leurs choix éditoriaux ne font que refléter les inégalités de la société. Or pour reprendre l’argument de Françoise et Claude Lelièvre, auteur-es de L’Histoire des femmes publiques racontées aux enfants, il y a également sexisme lorsqu’on se borne à exposer une situation existante sans la critiquer ou sans présenter d’alternative. Cela équivaut à accepter implicitement les inégalités et les discriminations qui existent.

La sacro-sainte liberté du créateur, associée au refus de la censure, est aussi invoquée régulièrement pour légitimer une politique éditoriale peu audacieuse. Or le paradoxe mérite d’être soulevé : l’art n’est-il pas subversif par essence ? L’un de ses mérites n’est-il pas de bouleverser les représentations de nos sociétés et d’ouvrir le champ des possibles ? Pourquoi la littérature de jeunesse devrait-elle nous priver de ce type de promesses ? Et ce, alors que l’incroyable plasticité de l’imaginaire des enfants est un allié de choix pour construire un monde plus juste et plus égalitaire.

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