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Millennia2015, Femmes et développement soutenable face aux enjeux de RIO+20

Dimanche 2 septembre 2012

Millennia2015 "Femmes actrices de développement pour les enjeux mondiaux" est un processus de recherche prospective créé en 2007 par l’Institut Destrée en Belgique, en vue d’un plan d’action plan pour l’autonomisation des femmes qui sera présenté lors d’une conférence internationale à l’Unesco en décembre 2012.
Dans le cadre de Rio i+ 20, Millennia2015 a publié une note d’analyse des enjeux des femmes et du développement soutenable à partir des contributions de ses membres.


 Résumé

Dans le cadre de Rio+20, la note présentée par Millennia2015 analyse les enjeux des femmes et du développement soutenable à partir des contributions de ses membres dans le cadre de l’exercice de prospective Millennia2015 "Femmes actrices de développement pour les enjeux mondiaux" lancé en décembre 2010 à l’UNESCO à Paris.

Millennia2015 et ses membres y expriment leurs opinions et motivent les enjeux qu’ils estiment prioritaires pour la construction de futurs alternatifs à l’horizon 2025 : penser et agir positivement ; mettre les TICs au service des femmes et du développement durable ; éduquer, sensibiliser et agir pour lutter contre l’ignorance ; se regrouper en réseaux pour avoir plus de force ; renforcer l’accès des femmes et l’éducation et à l’emploi et repenser la gouvernance mondiale.

 1. Introduction

En 1972, la conférence des Nations Unies sur l’environnement stigmatise le lien qui existe entre croissance économique, pollution de l’indivis mondial (air, eau, océans) et le bien-être des peuples du monde entier.

En 1987, la Commission des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement publie le rapport Brundtland et propose une définition universelle du développement durable : c’est le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs [1].

Cinq ans plus tard, en 1992, le Sommet Planète Terre, conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement qui se tient à Rio de Janeiro du 3 au 14 juin définit les orientations du développement durable.

Maurice Strong, Secrétaire général de la Conférence de Rio, explique alors que L’écologie est la science des systèmes. Elle nous enseigne que toute activité par laquelle les humains modèlent leur avenir est elle-même systémique. Rien ne peut se faire isolément du reste de la vie et du monde. Qu’on coupe des arbres ici ou qu’on pollue les eaux là-bas : tout finit par avoir un effet quelque part, parfois à des milliers de kilomètres. Mais nos outils pour gérer ces activités ne sont pas systémiques. Ils gèrent les choses et les phénomènes de façon compartimentée. Nous devons mettre en place des outils capables de gérer l’activité humaine de façon systémique, sur le plan national comme à l’échelle planétaire [2].

Ignacy Sachs, économiste du développement [3] définit les cinq dimensions de la durabilité ou de l’écodéveloppement qui sont : la dimension sociale (autre croissance, autre vision de la société), économique (meilleure répartition et gestion des ressources, plus grande efficacité), écologique (minimiser les atteintes aux systèmes naturels), spatiale (équilibre ville -campagne, aménagement du territoire), culturelle (pluralité des solutions locales qui respectent la continuité culturelle).

Les éléments d’une politique fondée sur le développement "soutenable" doivent être fédérés : une "société de l’abondance" est possible en redistribuant les richesses autrement, il faut "penser globalement et agir localement" [4].

En 2012, lors de la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Rio+20) organisée à Rio de Janeiro du 20 au 22 juin, le monde se penche de nouveau sur les enjeux du développement soutenable. Le contexte a évolué, la mondialisation et le développement des nouvelles technologies ont modifié les relations internationales, la société de l’information a facilité l’accès à l’information et aux autres, le changement climatique a modifié les comportements et modes de consommations.

Les deux enjeux prioritaires sont l’économie verte dans le cadre du développement durable et de l’élimination de la pauvreté, ainsi que le cadre institutionnel du développement durable [5]. D’autres thématiques importantes sont discutées au cours de la conférence : la biodiversité, le développement humain, l’eau et l’assainissement, l’énergie, les financements innovants pour le développement, les villes et territoires durables ; la résilience aux catastrophes naturelles et la sécurité alimentaire.

Un enjeu transversal prioritaire doit être intégré durablement aux réflexions de la conférence de Rio+20 : les femmes et le développement soutenable. Le processus de recherche prospective Millennia2015 "Femmes actrices de développement pour les enjeux mondiaux" travaille sur cet enjeu transversal avec une vision à long terme : 2025. Dans le suivi de son exercice de prospective, Millennia2015 tente de répondre aux questions qui émergent de ces analyses. Quelle est la place des femmes dans le développement soutenable ? Quels seront les enjeux du développement soutenable pour les femmes à l’horizon 2025 ? Quels sont les risques et incertitudes à prendre en compte ? Comment formuler des réponses cohérentes pour les femmes en fonction de leur contexte de vie (espace-temps) ? Réalisée à partir des contributions de ses membres, la note de Millennia2015 incite à la réflexion quant à l’avenir des femmes à l’horizon 2025 dans le contexte du développement soutenable [6].

 2. 1992-2012 : de l’Agenda 21 à Rio+20

En 1992, l’Agenda 21, plan d’action pour le 21ème siècle est adopté par 173 états à l’issue du sommet de la Terre de Rio de Janeiro. Les enjeux prioritaires pour le développement durables y sont précisés : lutte contre la pauvreté, gestion des ressources en eau, santé, pollution de l’air, désertification, gestion des déchets, etc. Le chapitre 24, Action mondiale en faveur de la participation des femmes à un développement durable et équitable, de l’agenda 21 détaille et valorise la participation des femmes au processus du développement durable [7].

Thaïs Corral, entrepreneure sociale et membre de Millennia2015, présente lors du sommet Planète Terre en 1992, a remarqué une culture de courtoisie, de valorisation de la diversité et d’autonomisation mutuelle, les femmes étant les principales concernées face à ces enjeux.

Au cours de ces vingt dernières années, des évolutions importantes se sont mises en place en raison de l’avènement et de l’arrivée croissante des nouvelles technologies, d’un contexte plus mondialisé ou encore de changements climatiques et environnementaux. Malgré de nombreux progrès, les femmes continuent cependant à être en marge du développement soutenable.

L’analyse des contributions des membres de Millennia2015 a permis de faire ressortir certains freins à l’autonomisation des femmes et à leur pleine participation au développement soutenable :

- Entre 1991 et 2006, le taux de scolarisation des jeunes filles par rapport aux garçons est passé de 40% à 87% mais elles continuent à être moins scolarisées que les garçons. Elles sont alors les premières victimes du changement climatique en raison d’un manque d’accès à l’éducation entraînant une ignorance dans certains domaines.

- Les charges domestiques incombant aux femmes et aux filles expliquent ces faibles taux de scolarisation :
→ selon les Nations Unies, les femmes en Afrique portent en moyenne 20 litres d’eau par jour ;
→ au Salvador, les femmes et les filles passent en moyenne 9 à 20 heures pas semaine à récupérer du bois (Voir ici).

De nombreux membres de Millennia2015 ont signalé que, outre le manque de temps, ces responsabilités ont également des conséquences sur la santé des femmes (par exemple, parcours de longues distances, charges de bois excessivement lourdes) et sur leur autonomisation économique.

- Les femmes sont responsables de 90% de l’alimentation des ruraux pauvres, en assurant la plantation, la récolte et la préparation des denrées alimentaires à destination commerciale ou vivrière. Alfred Mutundi N’Seleka, de République Démocratique du Congo et membre de la Communauté Millennia2015 Goma-RDC, précise que les femmes représentent 52% des forces travailleuses agricole dans le pays. Pour autant, elles ne sont pas majoritairement propriétaires des terres. Ainsi, en Tanzanie, seul 1% des femmes possèdent un titre de propriété légal.

- Au cours de ces dix dernières années, 227 millions d’hectares de terres en Afrique ont été acquis par des sociétés et gouvernements non africains dans un but purement économique : ces saisies de terres touchent principalement les femmes (Voir ici).

- Les femmes sont surreprésentées dans les emplois peu qualifiés et à temps partiels (en 2003 en France, 82% des actifs à temps partiels sont des femmes) [8] et sous représentées dans les postes des instances décisionnelles. En 1995, les femmes représentaient par exemple 10% des professeurs universitaires d’économie [9]. Leur faible présence dans les secteurs décisionnels influence l’orientation et le choix des concepts des politiques de développement et d’économie.

D’une manière plus globale :

- En 2008, les femmes représentaient plus de la moitié du "billion bottom", c‘est à dire 70% des pauvres dans le monde (http://www.observatoire-parite.gouv...).

- En 2010, les femmes représentaient plus de 60% des travailleurs dans l’économie informelle [10], ce qui accentue leur situation précaire (absence de sécurité de l’emploi, de protection sociale et judiciaire, revenus faibles et incertains, etc.)

Les membres de Millennia2015 présent-e-s sur tous les continents ont fait part de leurs observations quant à l’évolution de la situation des femmes au cours de ces vingt dernières années. Malgré les politiques et programmes internationaux volontaristes de développement, ils confirment que de nombreux efforts restent à faire à tous niveaux afin que les femmes soient pleinement reconnues comme actrices de développement soutenable.

 3. Une mobilisation citoyenne grandissante et renforcée

Un éveil citoyen concernant le développement soutenable est de plus en plus prégnant. Les citoyens en tant qu’individus prennent leur responsabilité face à la préservation de l’environnement pour les générations futures. Ils lancent ou relancent des initiatives à portée locale ou international innovantes. Ces changements dans les modes de consommation sont également dus au contexte mondial actuel de crise financière, économique, alimentaire ou écologique. Les citoyens sont acteurs d’un avenir nouveau plus éthique et équitable. En voici quelques exemples.

3.1. Emergence d’initiatives alternatives pour une consommation différente

Depuis quelques années, de nouvelles initiatives locales émergent ou se renforcent. Elles unissent des citoyen-ne-s désireux de participer activement au développement soutenable. Ces initiatives constituent très souvent des réactions face aux conséquences de comportements à risques depuis de nombreuses années ayant mené à une remise en question des modes de vie actuels :

- Développement de coopératives de consommation de produits locaux ou de saisons et de mouvements locavores (consommation de produits provenant de producteurs vivant dans un rayon de 200 kilomètres autour de son lieu de vie) ;

- Renforcement des mouvements déchetariens appelée aussi freeganisme ou déchetivores : mouvements à portée internationale ayant pour objectif de réduire le gaspillage dans un souci de solidarité internationale, de préservation de l’environnement et de volonté de changement quant aux sociétés surconsommatrices de biens générant des inégalités. Le développement de ce mouvement s’est accru au cours de ces dernières années et notamment par nécessité ;

- Multiplication des partenariats entre les groupements d’intérêt économique féminins des pays en développement et les coopératives locales des pays développés pour la valorisation et la mise en vente de produits artisanaux et locaux ;

- Modification des modes de consommations : achats bio et éthiques, multiplication des moyens des transports partagées (covoiturage), mouvement slow food, etc. ;

- Gestion plus écologique et modérée des déchets par la société civile et le secteur civile : recyclage, compostage, supports multi-usages, diminutions des emballages.

Ces initiatives alternatives existent depuis de nombreuses années mais se sont renforcées et ont gagné en popularité en réponse à la crise économique et financière, à l’augmentation du prix des matières premières et en signe de contestation de la société civile face aux décideurs.

3.2. Création d’un habitat respectueux adapté à l’environnement et bénéfique à tous

Au niveau de l’urbanisme, la société civile évolue également afin d’intégrer et de développer l’habitat dans le cadre du développement soutenable. Que ce soit dans les pays développés ou dans les pays en développement, de nombreuses initiatives ont été lancées. Citons notamment certaines initiatives à destination des pays en développement et concernant directement les femmes puisqu’elles sont généralement les principales gestionnaires des foyers.

L’association Voûte Nubienne a ainsi remis au goût du jour "une technique africaine de construction de toits en terre, alternative à l’utilisation de bois rares et de tôles inadaptées (chaudes et chères) qui obligent les populations à une architecture les enfermant dans un cercle vicieux de pauvreté." afin d’améliorer durablement la qualité de vie des habitants avec une optique de transferts et de partage de compétences et de vulgarisation de la technique vers la population locale. En 2011, 1300 voûtes nubiennes ont été crées, 24 maçons formés dans 3 pays d’Afrique subsaharienne (Burkina Faso, Mali, Sénégal) [11].

Au Guatemala et dans de nombreux pays d’Amérique Latine, d’Afrique ou d’Asie, des projets pour le développement d’estufas mejoradas [12] offre une alternative aux femmes, principales responsables de la préparation des repas. Les estufas mejoradas sont des fours peu consommateurs de bois avec un système d’évacuation de la fumée vers l’extérieur via une cheminée adaptée à l’habitat des populations locales. Elles présentent deux majeurs avantages tant pour les femmes que pour l’environnement :
→ réduction de la combustion de bois (réduction de la consommation de bois avec un gain de temps et d’énergie pour les femmes quant à la récupération de bois) ;
→ évacuation de la fumée vers l’extérieur avec une inhalation moins importante de la fumée par les femmes (amoindrit le risque d’irritation des yeux, de la gorge ou des bronchites).

L’habitat a fortement évolué au cours de ces dernières années afin de réduire la consommation d’énergie. Ces évolutions ont surtout bénéficié aux pays développés. Les initiatives des pays du Sud sont plus récentes mais laissent présager qu’une évolution profonde est en cours.

3.3. Pour une nouvelle gestion financière et économique plus solidaire

Le développement soutenable remet en cause le système actuel de gestion financière, principalement basé sur des valeurs dites masculines dans une société fortement patriarcale. L’économiste Jean Gadrey parle de libéralisme économique et financier soutenu par les "théories économiques et dominantes, de valeurs historiquement liées à la domination masculine traditionnelle dans sa version la plus guerrière" [13]. Toutefois, suite aux crises mondiales économiques et financières, une solidarité internationale déjà existante s’est renforcée au cours de ces dernières années.

Lors de la conférence Millennia2015 en 2008 à Liège, l’économiste et prospective Hazel Henderson [14] a rappelé que "le modèle traditionnel de développement est incorrect et basé sur des une économie défectueuse" : elle a appelé à intégrer les activités non génératrice de revenus (santé, soins des enfants, volontariat, etc.) dans le calcul du PIB si "nous souhaitons garder notre système en équilibre." Sachant que les activités immatérielles sont principalement réalisées par les femmes, Hazel Henderson appelle à repenser l’économie et la finance mondiale afin que la solidarité et la préservation de l’environnement soient considérées au même titre que les apports matériels.

Parallèlement au développement accru des microcrédits et sans passer par le système financier traditionnel, les systèmes de prêts solidaires se multiplient. C’est notamment le cas de Babyloan [15] qui permet le financement de projet de micro-entrepreneurs par des prêteurs soucieux de d’investir éthiquement. Il s’avère que, bien qu’ouvert à toutes et tous, les femmes sont les principales bénéficiaires de ces prêts entre autres pour les raisons suivantes :
→ elles sont les principales porteuses de microprojets car elles ont moins accès à l’économie formelle et à l’éducation ;
→ les critères d’attribution de prêts classiques sont identiques pour les hommes et pour les femmes sachant que, dans de nombreux pays, leur situation n’est pas égale : elles accèdent alors plus difficilement aux prêts classiques ;
→ les femmes ont un meilleur taux de remboursement que les hommes.
→ les projets des femmes sont plus durables que ceux des hommes, les revenus sont plus souvent destinés à la famille sur avec des impacts positifs sur la communauté.

Les femmes sont largement bénéficiaires de ces initiatives qui se veulent plus éthiques, plus solidaires et plus respectueuses de l’environnement dans lequel chacun évolue. Toutefois, il convient de se vérifier jusqu’à quel point les femmes bénéficiaires sont également actrices de ces initiatives dans leur application.

 4. Facteurs d’incertitudes et de ruptures

L’analyse des contributions des membres de Millennia2015 a mis en exergue de nombreux facteurs de risques et d’incertitudes quant à l’implication logique et efficace des femmes dans le processus de développement soutenable.

4.1. Manque d’accès à l’éducation, à l’information et à la connaissance

Les politiques de développement soutenables doivent inclure l’ensemble des parties concernées. Pourtant, à l’heure actuelle, une forte partie de la population mondiale reste en marge de cet enjeu : les femmes, et en particulier les femmes des pays en développement ou en difficulté résultant de conflits ou à de catastrophes naturelles. Jacqueline Musugani, membre de la Communauté Millennia2015 Goma-RDC, a déclaré être consciente des enjeux tout en soulignant que les femmes manquent de connaissance concernant le développement soutenable. Elles sont sous-informées et ne sont pas sérieusement sensibilisée à ce sujet : il y a alors une absence d’éveil de la conscience chez les femmes.

Lucien Houngbo, membre, signale que dans la commune de Missereté au Bénin, 65,9% de la population est analphabète ainsi la "préservation de la nature, des effets destructeurs du changement climatique et de l’exploitation des terres ne constituent pas une préoccupation majeure."

Par ailleurs, Elvire Mégonou, également membre de la Communauté Millennia2015 Bénin, ajoute que cette ignorance et cette méconnaissance peuvent "entraîner une attitude réfractaire des femmes elles-mêmes au processus de libération de pensée."

4.2. La priorité de la survie quotidienne

Dans les pays en développement, les responsabilités des femmes sont très souvent limitées aux travaux domestiques. Elvire Mégonou signale que la priorité de ces femmes est alors de récupérer l’eau et le bois ainsi que de nourrir la famille.

Par ailleurs, elle rappelle que cet accaparement des femmes et des jeunes filles pour la tenue du foyer bloque leur processus d’autonomisation dans la mesure où elles ne peuvent "s’attacher correctement aux activités commerciales propres à leur épanouissement et à leur contribution active à la construction d’un futur meilleur."

4.3. Des changements environnementaux non maîtrisés

Paradoxalement et en conséquence de leur insuffisant accès à l’information, les femmes sont les premières victimes des changements climatiques. Elles représentent plus de 43% de la main-d’oeuvre agricole dans les pays en développement (voire 80% dans certains pays) [16] et dépendent largement des aléas du climat. Or selon Lucien Houngbo, l’irrégularité des saisons, la dégradation de l’environnement et la pollution de l’atmosphère bouleversent les activités de ces dernières (perte des cultures vivrières ou génératrice de revenus), les empêchent de s’affirmer et "les place dans une situation de dépendance économique, culturelle et intellectuelle."

4.4. Ethique conservatrice et inertie des représentations sociales

Les contributeurs et contributrices de Millennia2015 ont également souligné que l’éthique conservatrice et l’inertie des représentations sociales pouvaient constituer un frein au changement. "Les modèles et l’intégration des représentations sociales sont un frein à la capacité de la femme à penser une société nouvelle peut-être avec des défauts mais avec l’espoir d’un changement" pourtant la vraie capacité, c’est justement "la création et la capacité de sortir du modèle dans lequel on est", indique Guillaume Toulorge, contributeur à la variable V13 "Femmes, éthique et développement soutenable" de Millennia2015. Cette observation rejoint celle d’Elvire Mégonou quant à l’attitude réfractaire des femmes face au changement dans les conditions définies ci-dessus.

4.5. La disparition des langues

Tout au long de l’avancée du processus de Millennia2015, la transmission intergénérationnelle, la valorisation de la créativité des femmes ainsi que le respect des diversités culturelles et linguistiques ont été des facteurs déterminants pour la construction de futurs alternatifs et l’autonomisation des femmes. Les histoires traditionnelles contées dans les dialectes locaux créent un pont entre le passé et le futur. Pourtant un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) révèle que 8,4 % [17] des langues encore utilisées sur la planète sont vouées à la disparition.

Lors de la conférence Millennia2015 en 2008, la prospectiviste australienne Jan Lee Martin a appelé à nous recentrer sur nous-mêmes et sur l’environnement qui nous entoure à travers les histoires qui "nous donnent l’occasion de partager les savoirs, de travailler ensemble. Elles nous apportent la force et la cohérence en tant qu’individus. Elles enseignent et elles guérissent mais, plus que tout, elles inspirent et elles créent le changement en stimulant l’imagination. Nous créons le futur au travers des histoires que nous imaginons."

Les solutions à ces questions liées aux facteurs de ruptures et d’incertitudes doivent être incluses dans les programmes et politiques de développement soutenable afin que les femmes et les populations vulnérables ne soient pas encore davantage exclues d’une problématique mondiale les concernant directement.

 5. Enjeux des femmes et du développement soutenable

Millennia2015 a identifié différents enjeux pour l’autonomisation des femmes et le développement soutenable à l’horizon 2025. Ces enjeux représentent des challenges porteurs de changement (menaces ou opportunités) à prendre en compte pour construire une vision prospective de l’autonomisation des femmes pour le développement soutenable et déterminer une stratégie.

5.1. Penser et agir positivement

Elvire Mégonou a évoqué comme enjeu majeur l’attitude et la pensée positive que les femmes auront "face à la planète en ce qui concerne sa protection et qui feront d’elles des artisanes de développement". Cette attitude et pensée positive est possible grâce à l’éducation et à la sensibilisation des femmes. Elle conclut en déclarant que "l’investissement des femmes dans le domaine environnemental serait un facteur de réconciliation avec elles-mêmes."

5.2. Mettre les TICs au service des femmes et du développement soutenable

Des outils de connaissance relatifs à l’environnement, au climat mais aussi tout simplement à l’alphabétisation ou à la santé doivent être développés ou renforcés afin que les femmes soient entièrement bénéficiaires des progrès de la technologie. La fracture numérique ne doit pas s’ajouter à la fracture de genre ni à la fracture économique et sociale. Par ailleurs, dans le cadre de la valorisation de la diversité, il importe de concevoir, à l’horizon 2025, des outils d’éducation et de sensibilisation adaptée aux femmes dans leur contexte et leur culture propres mais aussi dans leur langue ou dialecte local.

5.3. Eduquer et sensibiliser pour lutter contre l’ignorance et agir

Il importe de sensibiliser les femmes quant à l’influence que le développement durable peut avoir sur leur vie quotidienne : éloignement des points d’eau, raréfaction du bois, pollution des sols, afin qu’elles s’impliquent durablement et positivement dans le développement soutenable. La notion de développement soutenable qui peut leur paraître lointaine, abstraite et peu importante doit être ramenée au plus près de leur quotidien afin qu’elle devienne, pour elles, une réalité tangible. Les femmes doivent être sensibilisées sur les questions suivantes : comment par leurs activités, elles contribuent à la construction de l’avenir de leurs enfants, au jour le jour mais aussi sur le long terme. Il faut placer le développement soutenable au service des femmes.

5.4. Se regrouper en réseaux pour avoir plus de force

L’influence et la force des réseaux est une réalité à prendre en compte à l’horizon 2025. Mutualiser les compétences, partager les expériences et les savoirs, échanger les bons procédés et les pratiques sont autant de moyens possibles afin d’assurer l’autonomisation des femmes.

La Communauté Millennia2015 Bénin, efficacement dirigée par Y. Toussaint Honvou, définit comme enjeu majeur pour les femmes la nécessité de se regrouper en réseau afin de "réfléchir, de mener des actions de terrain, des enquêtes, de construire des bases de données susceptibles de leur permettre de faire du lobbying et des plaidoyers auprès des autorités compétentes pour parvenir au changement." Elle appelle à la solidarité entre toutes et tous pour se faire entendre.

Millennia2015 permet à des femmes (et aussi des hommes) de plus de 100 pays d’être connectés, d’échanger et partager afin de construire des plans d’actions réalistes et réalisables régionaux. Le réseau doit aussi fonctionner pour celles qui n’ont pas accès aux nouvelles technologies, la solidarité numérique doit se renforcer afin de réfléchir aux priorités pour l’autonomisation des femmes dans le cadre du développement soutenable.

5.6. Renforcer l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi

Le développement soutenable ne peut être envisagé sans l’accès de toutes à l’éducation et à la formation tout au long de la vie, afin que les femmes et les filles disposent des outils nécessaires pour comprendre et agir à leurs niveaux et avec leurs moyens propres. Par ailleurs, l’éducation et l’enseignement faciliteraient, pour les femmes, l’accès à l’emploi ou au développement d’une activité génératrice de revenus, l’indépendance économique mais aussi leur bien-être aux niveaux personnel, familial et social. L’emploi aurait également des conséquences positives en de nombreux points, tels que l’accès aux infrastructures de soins, une meilleure éducation des enfants, l’amélioration de la nutrition, la valorisation des compétences des femmes au sein de chaque société.

5.7. Repenser la gouvernance mondiale

Intégrer les valeurs immatérielles dans le calcul du PIB, reconsidérer le travail de soin et d’éducation, intégrer les femmes dans les politiques de résilience face aux changements climatiques, définir de nouveaux indicateurs alternatifs de l’économie, valoriser de pratiques et valeurs plus humaines basées sur la coopération ainsi que la solidarité sont autant de pistes de réflexion à envisager dans la gouvernance mondiale pour la construction des sociétés que nous voulons plus humaines pour les générations futures, alliant les dimensions sociale, économique, écologique, spatiale et culturelle.

La participation de femmes dans la définition de la gouvernance mondiale est un enjeu prioritaire dans la mesure où leur influence conduira à réfléchir à de nouvelles façons d’échanger, de communiquer, de créer et d’envisager l’économie et le développement. L’enjeu est de valoriser les capacités des femmes (capacité non pas innée mais qu’elles ont développées dans un contexte à priori patriarcal et fortement masculin) comme autant de solutions pour des sociétés plus éthiques, humaines et équitables.

Un nouveau paradigme doit prendre forme : une économie solidaire, une gestion des ressources davantage maîtrisée, une agriculture adaptée aux changements climatiques et des principes éthiques respectés.

 6. Conclusion

Par "femmes, éthique et développement soutenable", Millennia2015 entend : les femmes créatrices de changement et de progrès, responsables des générations futures, actives dans la recherche vers une science plus ouverte, une écologie durable et une culture de paix ; l’engagement des femmes au plan international pour la liberté, l’intégrité, la sécurité, l’égalité, la solidarité et la dignité ; la résolution des fractures de genre, numériques et sociales ; la nécessaire solidarité des femmes et la prise de conscience de l’urgence d’adaptation des sources d’énergie et du système économique global pour affronter la crise écologique et le changement climatique ; l’accès à l’eau potable et à la nourriture de base comme droit fondamental ; la reconnexion du monde des technologies avec la nature comme solution à la crise mondiale ; les technologies douces comme aide à la résolution de problèmes face aux enjeux du 21ème siècle ; l’engagement des femmes pour créer de nouveaux modèles économiques et des solutions intergénérationnelles durables.

Le concept de développement durable a été façonné pour renforcer l’idée selon laquelle développement et protection de l’environnement vont de paire. Cependant, si l’objectif du développement durable est de créer les conditions propres au développement de chaque pays, il se confirme que les solutions aux problèmes d’environnement et de santé ne peuvent qu’être envisagées au plan mondial, considérant les urgences et les besoins de chaque pays ou région. Les actions structurées doivent mobiliser toutes les capacités des pays concernés (éducation, institutions, décentralisation, démocratisation, solidarité), en instaurant un dialogue entre toutes les parties prenantes, ONG et entreprises nationales et extérieures, afin de cibler les besoins [18].

Comme l’a dit Gaelle Ternisien, Responsable éditoriale et Coordinatrice réseau de EarthTalent, "la force des femmes se révèle dans leur détermination à agir et à composer avec les hommes pour inventer de nouveaux modèles rationnels, plus respectueux des ressources naturelles."

Millennia2015 appelle à la définition d’un nouveau modèle économique avec une distribution plus équitable des richesses, une nouvelle structure sociale plus solidaire, ainsi que l’éducation solidaire des femmes et des hommes aux évolutions climatiques et à leur environnement. Ces développements constituent les clés d’un futur plus éthique, plus équitable et plus durable à l’horizon 2025. Il importe de reconnaître, de permettre et de renforcer le rôle des femmes dans le développement soutenable afin de définir et de mettre en oeuvre la vision du monde que nous souhaitons. La communauté de Millennia2015 se mobilise pour cet objectif citoyen et se tient à l’écoute active des conclusions de Rio+20.


Marie-Anne Delahaut,
Directrice de recherche à l’Institut Destrée et responsable fondatrice de Millennia2015,
Responsable du Pôle Société de l’information de l’Institut Destrée, ONG partenaire officiel de l’UNESCO (statut de consultation),
Présidente de la Fondation Millennia2025 "Femmes et Innovation", FUPu
www.Millennia2015.org - www.institut-destree.eu - www.facebook.com/Millennia2015
delahaut.marie-anne institut-destree.eu
9, avenue Louis Huart - B 5000 Namur, Wallonie - Tel. 32(0)495.213.981. - 32(0)81.234.397.

Coumba Sylla,
Chargée de recherche pour Millennia2015 au pôle Société de l’information de l’Institut Destrée,
ONG partenaire officiel de l’UNESCO (statut de consultation),
Responsable de la Communauté Millennia2015 Sénégal
Trésorière de la Fondation Millennia2025 "Femmes et Innovation", FUPu
www.Millennia2015.org - www.institut-destree.eu - www.facebook.com/Millennia2015
sylla.coumba institut-destree.eu
9, avenue Louis Huart - B 5000 Namur, Wallonie - Tél. +32(0)81/234.398.

 7. Sources

- Ignacy Sachs, Le Développement durable ou l’écodéveloppement : du concept à l’action, 1994
www.ameriquelatine.msh-paris.fr/spip.php ?article90
www.koyre.cnrs.fr/article.php3 ?id_article=677

- Louis-Gilles Francoeur, Le secrétaire du Sommet de Rio de Janeiro, en entrevue au Devoir - Maurice Strong : Nous n’avons toujours pas mis le cap sur le développement durable, Le Devoir.com, Mai 2002

- Division pour le développement soutenable des Nations Unies, Agenda 21, chapitre 24 Action mondiale en faveur de la participation des femmes à un développement durable et équitable, décembre 2004

- Observatoire des Inégalités, La précarité des femmes sur le marché du travail, Mars 2006

- Jean Gadrey, Le sexe du PIB, Genre en Action, Avril 2012

- Women in the City, Genre, économie, travail informel, Novembre 2012

- Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes, Les femmes, pauvres parmi les pauvres, septembre 2010

- AWID, La dernière ruée vers les terres en Afrique : l’effet de la saisie des terres sur les droits des femmes, février, 2012

- Site internet Babyloan

- IRIN, Alimentation : réduire la faim, soutenir les femmes agricultrices, mars 2012

- Programme des Nations Unies pour l’environnement, GEO5 - Environment for the future we want, 2012

- United Nations, Development and International Economic Co-operation : Environment, Report of the World Commission on Environment and Development, 1987

- Yves Frémion, L’émergence de la pensée écologiste et L’écologie politique en France, Encyclopaedia Universalis, 7, 778, Paris, 2002.

- Marie-Anne Delahaut, dir, Actes de la conférence internationale de Millennia2015, Femmes actrices de développement pour les enjeux mondiaux, Liège, 7- 8 mars 2008

- Contributions à la variable V05 Femmes, climat, écologie et respect de l’environnement à l’exercice de prospective Millennia2015 :
- Mathieu Belliard, France, avril 2011
- Elvire Mégonou, Bénin, mai 2011
- Gaëlle Ternisien, France, mai 2011
- Lucien Houngbo, Bénin, avril 2011
- Jacqueline Musugani, République Démocratique du Congo, mai 2011 ;
- Marie-Anne Delahaut et Coumba Sylla, Wallonie, Belgique, juin 2011

- Contributions à la variable 13 Femmes, éthique et développement soutenable à l’exercice de prospective Millennia2015 :
- Guillaume Toulorge, France, avril 2011
- Marie-Anne Delahaut et Coumba Sylla, Wallonie, Belgique, juillet 2011.

Notes

[1] Development and International Economic Co-operation : Environment - Report of the World Commission on Environment and Development, United Nations, 1987.

[2] Voir ici.

[3] Ignacy Sachs, Le Développement durable ou l’écodéveloppement : du concept à l’action, 1994 - Voir ici et ici.

[4] Yves Frémion, L’émergence de la pensée écologiste et L’écologie politique en France, Encyclopaedia Universalis, 7, 778, Paris, 2002.

[5] Voir ici.

[6] 295 analyses (+3.500 réponses) ont été fournies par les membres de Millennia2015, à savoir 747 membres provenant de 103 pays our régions, 2.516 membres et 8.594 contacts, avec environ 75% de femmes et 25% d’hommes en mai 2012.

[7] Voir ici.

[8] La précarité des femmes sur le marché du travail - voir ici - Observatoire des Inégalités, Mars 2006

[9] Le sexe du PIB, Jean Gadrey - Voir ici - Genre en Action, Avril 2012.

[10] Genre, économie, travail informel - Voir ici – Women in the City, Novembre 2010

[11] Rapport d’activité 2011 - Voir ici - Association La Voûte Nubienne.

[12] Estufas mejoradas, manual dirigido a la comunidad - Voir ici - Université del Valle de Guatemala et Fondation Soros Guatemala, 2010.

[13] Le sexe du PIB, Jean Gadrey - Voir ici - Genre en Action, Avril 2012.

[14] Voir ici.

[15] Voir ici.

[16] Alimentation : réduire la faim, soutenir les femmes agriculturices - Voir ici – IRIN, mars 2012.

[17] GEO5 - Environment for the future we want - Voir ici - Programme des Nations Unies pour l’environnement - 2012.

[18] Yves Berthelot, Aide économique, Encyclopaedia Universalis, 1, 617, Paris, 2002.

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