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Programme Genre et économie, les femmes actrices du développement

L’alphabétisation et la participation renforcent l’estime de soi

Interviews réalisées entre 2010 et 2012 par Bénédicte Fiquet, Adéquations

Mardi 1er janvier 2013

Mariama Diallo est la présidente d’une fédération départementale d’avicultrices et d’aviculteurs dont la création a été fortement encouragée par AVSF. Elle témoigne de l’évolution des mentalités et du renforcement de l’estime de soi des femmes accompagnées par l’association


Mots clés : alphabétisation, connaissance de ses droits, médiation, estime de soi

«  Je suis la présidente d’une fédération Départementale des Aviculteurs de Vélingara dénommée « Bantaré Ndiwri », qui rassemble 57 groupements d’aviculteurs et d’avicultrices, composé de 1250 membres dont 1125 femmes et 125 hommes. Nous sommes donc essentiellement des avicultrices.

L’alphabétisation, une étape incontournable

Les formations genre introduites par notre partenaire AVSF ont changé beaucoup de choses. En particulier, celles sur les droits des femmes et l’alphabétisation. L’alphabétisation, c’est essentiel pour mener une activité économique. Si tu ne sais pas calculer, tu ne sais même pas combien tu gagnes et combien tu dépenses. Donc tu ne sais pas fixer ton prix. Maintenant on se débrouille pour ça. Depuis que les femmes ont été alphabétisées, elles ont augmenté leurs tarifs et tu ne leur feras pas baisser.

Quand tu n’es pas allée à l’école, ça amène beaucoup de problèmes, tu dépends toujours de quelqu’un. Il y a une femme d’un groupement comme ça, qui n’était pas alphabétisée. Du coup, elle a été obligée de montrer des papiers à son mari. Il lui a dit : « Alors comme ça, tu gagnes de l’argent et tu ne me le caches ? ». Si elle avait su lire, elle n’aurait pas été obligée de lui montrer. Tout ce qui est manuel, on se débrouille. Mais pour l’alphabétisation on a vraiment besoin d’être aidées.

Autre chose, avant dans les groupements, c’était toujours les hommes qui étaient président, secrétaire ou trésorier. Nous les femmes, on était obligées de les croire sur parole. On croyait que c’était bon, alors que c’était catastrophique. Mais depuis que nous sommes alphabétisées, le changement est incroyable. En trois ans, quelques femmes sont déjà arrivées à ces postes là. Pour des postes clefs, comme trésorière par exemple, on ne veut plus que les hommes aient ça.

Droits et solidarité

Les formations sur nos droits, ont aussi amené beaucoup de changement. C’est grâce à ces formations que les femmes ont manigancé un plaidoyer pour l’accès à la terre. Elles ont obtenu trois hectares. Au début, les hommes n’appréciaient pas du tout que nous ayons des formations sur les droits des femmes. Ils pensaient que le genre, ça ne les concernait pas, que c’était que pour les femmes. Certaines ont eu des problèmes avec leurs maris à cause de ça. On s’est dit qu’il fallait restituer rapidement. On a convoqué les imams, les chefs de quartier, les maris. On a expliqué clairement les choses pour lever les malentendus. Les chefs de religions eux-mêmes en sont venus à dire, que Dieu condamnait un homme qui manipule une femme.

Bien sûre, il faut négocier. Si tu dis seulement « c’est mon droit » : c’est dangereux. Tu peux te faire renvoyer par ton mari. Tu ne peux pas tout avoir en bataillant. Il faut bien parler avec ton mari, lui expliquer. Dans les ateliers nous partageons beaucoup entre les unes et les autres. Nous discutons de la meilleure manière de nous y prendre pour argumenter auprès de nos maris. L’une d’entre nous a eu un problème avec son mari qui était un chef de village. Elle voulait que nous essayions d’arranger les choses mais elle ne voulait surtout pas que son mari sache qu’elle s’était plainte. Elle nous a dit « Il ne faut pas sortir ma voix ». Alors nous, qu’est-ce qu’on fait ? On a convoqué tous les maris avec des marabouts et on a passé en revue un certain nombre de thèmes, dont le problème de cette femme. Comme ça on a pu régler le problème, sans désigner directement le mari.

Empowerment

Et puis, il y a eu les visites d’échanges, les rencontres organisés par le programme Genre et économie. Même si nous ne faisons pas toute la même chose - il y a les avicultrices, celles qui transforment le karité, celles qui font de la transformation alimentaire… - ça nous oblige à prendre la parole, à expliquer ce que nous faisons. Il y a des femmes qui n’avaient jamais pris la parole devant tant de monde. L’une d’elle, pendant que nous déjeunions, m’a dit : Je voudrais parler mais je n’ose pas, je n’ai jamais pris la parole en réunion. Je lui ai dit : « il faut que tu essayes ». Finalement, elle s’est lancée. Ces rencontres, ça nous change vraiment et puis ça remotive de voir que nous nesommes pas les seules à vouloir changer les choses pour les femmes.  »

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