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Il n’y a pas de justice climatique sans féminisme !

Jeudi 12 novembre 2015

La Marche Mondiale des Femmes publie un texte de plaidoyer "Il n’y a pas de justice climatique sans féminisme !"
Téléchargeable en pdf en bas de l’article.


Le climat de notre planète change de façon visible et rapide. Plusieurs événements climatiques extrêmes observés ces dernières années, comme les changements de régimes de pluie, l’intensité et l’ampleur des sécheresses, la force grandissante des ouragans, entre autres, sont liés à l’augmentation de la température de la Terre. Ces épisodes ont déjà entrainé de nombreuses conséquences négatives dans plusieurs communautés partout dans le monde. Ces transformations n’ont rien de naturelles, ce sont les conséquences de l’action humaine sur la planète, comme le démontrent les scientifiques dans le rapport du GIEC publié en novembre 2014. Ce rapport a confirmé la gravité de la situation : le réchauffement global pourrait dépasser les 4° d’ici 2100 et, pour plusieurs scientifiques, il est déjà un phénomène irréversible.

Par ailleurs, d’autres dégradations environnementales sont très inquiétantes, comme la montée du niveau de la mer, la réduction de la biodiversité, les destructions environnementales, la désertification, l’acidification des océans, la salinisation de l’eau, les mauvaises récoltes, la pollution de l’air, les marées noires, les plastiques et autres pollutions, la fonte des glaciers, les records de températures en été et en hiver, la multiplication des tsunami et des cyclones hors saisons habituelles.

Les femmes ne paieront pas pour la crise climatique ni au Sud, ni au Nord

Les conséquences du changement climatique ne sont pas uniquement physiques mais sont aussi sociales, économiques, politiques et productrices d’inégalités. Ces conséquences ne sont pas non plus théoriques, elles se font déjà sentir un peu partout sur le globe.

Les pays et les populations pauvres, et en premier lieu des femmes, sont de plus en plus vulnérables à ces catastrophes qui entrainent déjà de larges mouvements de populations. Les femmes pauvres des zones rurales et les femmes indigènes sont plus dépendantes des ressources naturelles pour survivre, et, dans bien des parties du monde, ce sont elles les responsables de la production de nourriture de subsistance, de la collecte d’eau, et de la charge des enfants et des personnes âgées.

Mais ceci n’est pas seulement un problème dans les pays pauvres. Ici, en Europe, la crise climatique risque d’aggraver les inégalités d’accès à la santé, à une alimentation saine, à la ressource en eau, à l’électricité, etc. Cela peux avoir un impact très important sur la vie des femmes en France.

Dans les stratégies du système capitaliste, nous pouvons voir un parallèle entre l’exploitation de la nature et l’exploitation du temps des femmes : l’une comme l’autre sont traitées comme des ressources inépuisables et flexibles qui sont utilisées comme variable d’ajustement, garantissant ainsi le profit capitaliste en s’appuyant sur le surtravail des femmes et l’appropriation privée des biens communs. Le temps et l’énergie qui dépensent les femmes pour s’occuper des tâches domestiques et s’occuper des autres dans une double, voire triple journée de travail n’est pas visible et est flexible en fonction de la disponibilité ou la suppression des services publics. De même, le temps et l’énergie des processus de régénération de la nature sont invisibilisés et traités comme un dérangement pour la machine productive. La division sexuelle du travail est à la base du système capitaliste, où le travail, assimilé à la production, est largement valorisé à tous les niveaux (matériel, symbolique...), pendant que le travail qui assure la reproduction sociale, réalisé majoritairement par les femmes, est considéré comme subalterne alors même qu’il contribue à maintenir le système.

Pointer du doigt les coupables pour construire la justice climatique

Face à cette crise climatique il est important de se demander comment nous en sommes arrivéEs là ? Les données scientifiques montrent que la dégradation de la planète est en étroit lien avec le mode de production capitaliste et le modèle de consommation qui va avec et qui s’intensifie et se globalise depuis la Révolution Industrielle.

Pour atteindre la justice climatique, il est important de souligner la responsabilité historique des pays industrialisés du Nord dans la situation que nous vivons. Pourtant, si les pays historiquement riches sont les plus pollueurs, il faut signaler la responsabilité majeur des populations riches avec leur mode de vie hautement consommateur de carbone et énergie et de certaines entreprises (notamment dans le domaine des énergies fossiles).

Les occupations coloniales et les guerres jouent aussi un rôle central dans la destruction massive de l’écologie planétaire. L’exploitation et l’asservissement de populations entières au profit de certains États et industries ont détruit bien des écosystèmes, ont accaparé des terres, ont pollué et volé des richesses naturelles dans les pays du Sud. Les guerres ont de nombreuses conséquences sur la nature : pollutions des fabricants d’armes et de systèmes sécuritaires, coût environnemental de l’entretien des armées et de la préparation des conflits, effets des bombes et des engins militaires sur les milieux naturels, etc.

Les féministes vers la COP 21 : NON aux fausses solutions !

Du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris (France), aura lieu la Conférence des Parties sur le changement climatique, la COP 21. Nos gouvernements annoncent et font des promesses sur « un accord universel et juridiquement contraignant ». Depuis la Conférence de Rio en 1992 et de Kyoto en 1997, les gouvernements se rencontrent régulièrement et aucun accord de ce type n’a jamais eu lieu. À la place, des entreprises multinationales se sont assurées de l’appui politique de gouvernements pour garantir que leurs intérêts fassent partie des stratégies de fond de ces accords. De fausses solutions se multiplient depuis, alors que les émissions continuent d’augmenter dramatiquement au niveau global et la déforestation aussi. Le marché du carbone, les REDD et REDD+ (mécanismes de réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts), les bioénergies basées sur la monoculture, l’économie verte et la financiarisation du vivant ne sont que quelques exemples.

Nous ne voulons pas que la croissance économique prenne le dessus sur la vie humaine, nous ne voulons pas d’un monde où les entreprises contrôlent notre planète et nos droits. Partout, celles-ci essaient de contrôler des terres et territoires en ayant recours à la violence physique et sexuelle, en utilisant des milices, l’armée et la police. Partout, des communautés pauvres sont confrontées à la pollution et à la destruction de leurs lieux de vie, que ça soit par la construction de barrages en Amazonie, en Chine ou en Inde ou par la construction d’autoroutes en banlieue parisienne ou de projets de supermarché dans la campagne française.

Notre vision sur la question climatique et environnementale considère que la destruction de la nature fait partie de la façon dont le capitalisme est organisé dans sa quête incessante de bénéfices. Il ne suffit pas d’identifier que les impacts de ce système sont pires pour les femmes. Nous partons de l’analyse que le capitalisme utilise des structures patriarcales dans son processus d’accumulation à l’heure actuelle. Donc, nous ne croyons pas à une action qui vise seulement à réduire les impacts négatifs du système de production, mais nous voulons développer notre lutte pour transformer les structures qui organisent les relations d’inégalité et de pouvoir, en combinant les perspectives de classe, de race, de sexualité et de genre.

Changer le monde pour changer la vie des femmes, changer la vie des femmes pour changer le monde !

La Marche Mondiale des Femmes lutte pour de réels changements : nous voulons dépasser la division sexuelle du travail, tout en promouvant le fait que le travail domestique et de soins est la base de la vie humaine et des relations entre les personnes au sein de leur famille et dans la société. Rééquilibrer et repartager le travail domestique et le travail de soins entre les hommes et les femmes, est à la base de la construction d’une relation dynamique et harmonieuse entre les êtres humains et la nature.

Notre projet repose sur le renforcement des liens entre les femmes, sur la prise de conscience des préoccupations communes à touTEs, particulièrement au niveau local, sur la lutte pour des changements du modèle de consommation et de production du système capitaliste. Notre défi consiste à fédérer les luttes menées par les femmes, tant des milieux ruraux qu’urbains, contre les inégalités environnementales, pour sauvegarder les biens communs et les services publics, pour la protection de la nature, contre la privatisation de la vie, entre autres luttes.

Les luttes pour la souveraineté alimentaire, les pratiques de résistances de l’agro écologie historiquement menées par des femmes, la politisation féministe du droit à disposer de son corps, la construction de l’autonomie des femmes et la centralité des soins pour la vie et la nature produisent des convergences politiques qui sont en mesure de construire un nouveau paradigme de durabilité de la vie, fondé sur l’égalité et la préoccupation pour les générations futures. En tant que féministes, nous avons notre mot à dire sur les solutions pour la crise climatique et écologique.

Il n’y a pas de justice climatique et environnementale sans féminisme !

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