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Chronique du Grenelle de l’environnement, juin 2009

Chronique mensuelle d’Adéquations dans le magazine Biocontact, complétée et réactualisée ici

Dimanche 7 juin 2009

Votée par le Sénat le 10 février, la loi Grenelle 1 est revenue à l’Assemblée nationale en juin et a été adoptée le 17 juin en deuxième lecture à une très large majorité. Différents points ont été amoindris suite au passage au Sénat, comme la réduction de 50 % de l’usage des pesticides, qui pourrait ne pas s’appliquer pleinement à l’arboriculture fruitière, grande utilisatrice de ces produits chimiques. De même, le texte encourage la construction de projets autoroutiers. Les dispositions concernant la rénovation énergétique des logements sociaux restent très insuffisantes. Et à l’Assemblée nationale, les agro-carburants sont redevenus les "bio-carburants"...



L’Etat et les acteurs environnementaux et économiques aux visions divergentes continuent des négociations houleuses mais nécessaires au sein d’instances aux noms poétiques – Grenelle des ondes (ou "Table ronde radiofréquences, santé et environnement"), qui s’est clôt - provisoirement - par un rapport final le 25 mai, Grenelle de la mer, avec des ateliers régionaux actuellement en cours...

Pendant ce temps, le contre Grenelle a relancé un débat de fond. Le discours officiel du Grenelle promeut la sortie de la crise par la croissance durable, l’éco-croissance, un nouveau capitalisme vert basé sur les écotechnologies. Ce programme fait consensus de la droite au PS, tandis qu’il est contesté par des courants écologiques et anticapitalites qui tendent à opérer une jonction face à la gravité de la situation écologique et sociale.

Après celui d’octobre 2007, le deuxième contre-Grenelle a de nouveau connu un succès avec 700 participant-es le 2 mai à Lyon, autour de l’idée que la crise écologique et financière ne pourra se résoudre qu’en sortant d’un système capitaliste basé sur une logique d’accumulation des richesses et des biens matériels alors que les ressources naturelles sont limitées. Il s’agirait de rompre avec la fuite en avant de la technologie toute puissante censée suppléer à la disparition accélérée des écosystèmes et de la biodiversité, c’est-à-dire de la base même du vivant, grâce aux OGM, aux nanotechnologies, au stockage du C02, à la pollinisation artificielle…

Pour la décroissance, c’est avant tout une dépollution des esprits qu’il faut, pour rompre culturellement avec l’objectif réducteur et historiquement dépassé de la croissance du revenu (ou produit) national brut comme principal indicateur de développement humain.

Comme pour confirmer cette vision des choses, la presse a répercuté une information, qui fait l’effet - pour la pensée unique - d’un coup de théâtre venu d’une personnalité ayant pignon sur rue : le professeur Tim Jackson, commissaire économique de la Commission du développement durable du Royaume-Uni publie un ouvrage (Prosperity without growth) qui résume l’état des connaissances sur la croissance économique et conclue qu’il faut y mettre un terme (cf. références et téléchargement ci-dessous). D’après lui, la taille de l’économie mondiale est presque cinq fois supérieure à ce qu’elle était il y a un demi-siècle. Si elle continue à croître au même rythme, ce chiffre sera de 80 en 2100. Les efforts pour utiliser au mieux la technologie afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre seront submergés par ce rythme rapide.

Ceci confirme d’autres études récentes sur l’impossibilité d’une croissance découplée de l’augmentation des émissions de GES. D’autres études et les travaux sur l’Indicateur de progrès véritable (Genuine Progress Indicator) ont monté qu’une fois satisfaits un certain nombre de besoins essentiels, le sentiment de bien-être n’augmente plus avec l’accroissement des revenus, et même diminue. Des modélisations canadiennes sur les effets de l’arrêt de la croissance montrent que différents modèles sont possibles : récession avec augmentation du chômage et de la pauvreté ou stabilisation économique avec réduction du chômage par la diminution du temps de travail.

Mais tout cela restera théorique, tant que les Etats n’impulseront ou ne financeront aucune recherche sérieuse sur des modèles radicalement différent de la relance par la croissance et par la consommation, qui reste pour beaucoup de personnes et pour l’immense majorité des décideurs et des medias le seul univers pensable… D’après les participant-es du contre-Grenelle, la première des décroissances doit être celle des inégalités sociales, économiques, environnementales.

C’est la mesure du partage des richesses et des opportunités actuelles qui devrait, finalement, être utilisée pour évaluer l’impact des décisions du Grenelle au fur et à mesure de leur mise en œuvre.


La décroissance
Comme le développement durable, la décroissance est issue des débats des années 60 et 70 sur la pérennité du mode de développement techniciste, polluant, basé sur "l’addiction" au pétrole et la prédation des ressources non renouvelables. Le Club de Rome, Ivan Illich, François Partant, Jacques Ellul, l’économiste Nicolas Georgescu-Roegen, etc. montraient que la croissance se heurte à des limites écologiques et humaines.
Les objecteurs de croissance proposent une décroissance économique forte (diminution de la consommation et des transports, territorialisation des activités humaines, rééquilibrage rural-urbain…), qui concerne en premier lieu les pays riches et les classes aisées, pour permettre aux plus pauvres, notamment dans les pays du Sud, de satisfaire les besoins essentiels et de construire des services publics. L’idée progresse en France, en affinant ses analyses pour répondre à de nombreux détracteurs, notamment sur les impacts sociaux. Le journal La décroissance est diffusé en kiosque depuis 2004, d’abord trimestriel puis mensuel. Une revue Entropia visant à la recherche sur la décroissance a été lancée en 2006. Un parti politique pour la décroissance avait présenté des candidats aux législatives de 2007. Voir notre rubrique d’information sur la décroissance.


Yveline Nicolas
Coordinatrice de l’association Adéquations
ynicolas adequations.org

Livres et sites :
- Non au capitalisme vert, Parangon, mai 2009
- Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé Kempf, Seuil, 2009
- Revue La Décroissance n°57 : "Rejetons la croissance verte", mars 2009.
- http://www.contre-grenelle.org/
- http://www.decroissance.org
- http://www.ladecroissance.net
- http://www.entropia-la-revue.org

- Consultez les documents et débats de la Sustainable Development Commission du Royaume Uni. Télécharger le rapport Prosperity without Growth (pdf, en anglais, 136 p. 3045 kg)
- Voir l’article de René Gaucher "Le bonheur, le paradigme d’avenir de l’économie"

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