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Témoignage de Nicolas

Mardi 13 septembre 2016

Aujourd’hui paysan dans le Haut-Var, Nicolas a suivi des études de sociologie qui l’ont sensibilisé aux enjeux du genre. Il explique la difficulté de maintenir au quotidien une vigilance antisexiste et précise que sa réflexion s’inscrit dans une remise en question de tous rapports de domination socio-économiques.


Mots-clés : Réflexes de compétition • transfert de compétence • bénéfices de l’égalité pour les hommes

Ne pas baisser la garde

«  Avant de devenir paysan, j’ai fait des études de socio. J’essaye de penser les relations de genre en me distanciant des pratiques en cours dans la société, mais dès que je baisse la garde, il m’arrive d’être un macho : quand je laisse s’installer dans mon couple une répartition inégale des tâches ménagères, quand il me vient spontanément à l’esprit qu’une fille ne saura pas se servir de tel outil, quand je rigole d’une blague sexiste… Dans le sud, le sexisme fait partie intégrante du langage. Salope, pédé, c’est une forme de ponctuation ici. Ce n’est pas évident de ne pas se faire contaminer par le langage ambiant.

Au lycée, je me souviens d’une ambiance de compétition virile. Pour briller devant les filles, il fallait être le plus drôle, rouler le plus vite avec son scooter, boire le plus sans être saoul… Même entre amis nous étions dans ces rapports de compétition. Ce n’est pas simple de s’en sortir. Aujourd’hui encore, j’ai des réflexes de ce genre, des réflexes de jeune coq au milieu de sa basse-cour. Quand un nouveau mâle arrive, je ressens une sorte de mise en danger. Je suis obligé de me reprendre, de me dire que tout ça n’a aucun intérêt. Ce n’est peut-être pas seulement lié à la masculinité, mais au fait que la société demande d’être compétitif...

Sur la ferme, nous sommes trois associés, deux hommes et une femme. Eglantine est féministe. Elle nous oblige à une certaine vigilance, à réfléchir au transfert des compétences pour une répartition des tâches non genrée. En mécanique, par exemple, elle est beaucoup moins au point que nous. Mais c’est parce qu’elle est arrivée la dernière. Il faut qu’on veille à la former. Moi aussi au début, je n’y connaissais rien aux tracteurs. Et maintenant, il faudrait que je me forme à la fromagerie... Si on instaure un principe d’égalité au travail, on y gagne tous. Pour partir en vacances ou en week-end sereinement, il faut que personne ne soit irremplaçable sur la ferme.

L’égalité menacerait les hommes ? Ça menace l’idéologie patriarcale, ça menace un système, mais pas les individus. Oui, les hommes vont perdre leur pouvoir de domination et des privilèges, en terme de charge de travail globale notamment, mais j’ai la naïveté de croire qu’on peut y gagner dans la perte de nos assignations et de rapports conflictuels. Des rapports non conflictuels ne peuvent que nous faire aller de l’avant. Le combat féministe va de pair avec le combat anti-sexiste qui pose la question des minorités sexuelles, des queers, des transgenres… Et personnellement, ma réflexion sur l’égalité femmes-hommes est aussi liée à une réflexion plus globale sur les rapports socio-économiques et le capitalisme.  »

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