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Les emplois verts

Mercredi 1er mai 2019, par Yveline Nicolas

La transition écologique et énergétique offre de nombreuses activités liées à l’environnement et aux changements de modes de production et de consommation. Cet article en donne un aperçu et dans une seconde partie s’interroge sur ces emplois et activités "vertes" du point de vue du genre.


 Quels sont les emplois "verts" ?

La transition écologique et énergétique nécessite de développer de nombreuses activités liées à l’environnement et aux changements de modes de production, de consommation, de commercialisation, de transport, etc. On parle d’éco-activités, d’emploi environnemental, d’emplois "verts", d’emplois "verdissants". Les métiers dits "verts" sont ceux (existant déjà ou nouveaux) qui ont une finalité directement environnementale (gestion de l’eau, des déchets, agriculture biologique, énergies renouvelables, protection des espaces naturels...). Ils représentent en France 1,8 % de la population active et 456 000 emplois.

Les métiers dits "verdissants" sont de nombreux métiers qui évoluent en intégrant des dimensions environnementales, dans le secteur de l’architecture, bâtiment, transport, industrie, agriculture, tourisme, espaces verts, parcs et jardins, etc. (exemple : les chauffeur-ses de bus doivent apprendre l’écocoduite, les chef-fes de chantier le tri des déchets)... Ces emplois représentent 4 millions d’emplois.

Les politiques publiques en matière climatique ont un impact sur le développement de ces emploi, ainsi la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (2015) avec l’objectif de division par quatre des émissions de gaz à effet de serre en France entre 1990 et 2050, le Plan climat de 2017 et les programmations pluriannuelles de l’énergie ; il est notamment prévu l’augmentation de plus de 50 % de la capacité installée des énergies renouvelables électriques entre 2015 et 2023.

Le gouvernement a lancé un programme "10Kverts", visant à "favoriser l’accès des jeunes et les demandeurs d’emploi aux emplois verts et verdissants", en formant 10.000 personnes à ces métiers.

Selon des projections de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), 900.000 emplois verts supplémentaires pourraient être créé d’ici 2050. Les secteurs à gros potentiel sont les énergies renouvelables (éolien, solaire, méthanisation...), la rénovation thermique des bâtiments, la mobilité (transports collectifs), mais aussi l’agriculture biologique. Il est difficile d’avoir une vision précise de la situation, du fait notamment que les nomenclatures de métiers sont anciennes et devront être rénovées. Exemple de métiers créés ou modifiés récemment : chargé d’affaire en rénovation énergétique du bâtiment ; technicien de maintenance d’équipements de chauffage, climatisation et énergie renouvelables.

L’Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte (Onemev) été mis en place en 2010 pour identifier les emplois de l’économie verte, produire des méthodes, des chiffrages et des analyses pour diffuser la connaissance sur les emplois et les métiers de l’économie verte. Il a mené des études approfondies sur 11 filières importantes pour les emplois verts : agriculture et forêts ; automobile ; biodiversité et services écologiques ; énergies renouvelables ; eau, assainissement, déchets et air ; métiers du bâtiment ; systèmes éco-électriques ; métiers de la mer ; raffinage, carburants et chimie verte ; tourisme ; transports ; ainsi que deux secteurs transversaux : commerce et distribution ; finance.

Activités et métiers de l’économie verte
L’ONEMEV distingue une approche par activités et une approche par métiers. Les "activités de l’économie verte" sont classées en "éco-activités" visant à "mesurer, prévenir, limiter ou corriger les impacts environnementaux", soit de l’ordre de 450 000 emplois (dont seulement 5% sont directement dédiés à la protection de la nature) ; et en "activités périphériques" qui intègrent des composantes environnementales ou évoluent pour y répondre (545 000 emplois).
L’approche "métiers de l’économie verte" est plus large : tous les métiers "’verts" et "verdissants" (cf. ci-dessus), même si les entreprises et autres structures ne sont pas dans le champ directe de la "transition écologique".

D’après une étude du moteur de recherche adzuna.fr en 2016, les métiers plus prometteurs dans le domaine écologique sont, par ordre d’importance :
- traitement de l’eau (ingénieur, agent-e de station d’épuration ou de qualité de l’eau, technicien-ne de traitement en eau potable…) ;
- prévention des risques environnementaux (ingénieur de l’hygiène-sécurité-environnement, de l’analyse de l’air, du génie sanitaire, responsable qualité sécurité environnement, technicien biologiste, écotoxicologue...)
- performance énergétique des bâtiments (acousticien du bâtiment, technicien en énergies renouvelables bâtiment, etc.)
- production et distribution des énergies renouvelables (ingénieur études énergies renouvelables et efficacité énergétique, technicien génie climatique, chargé de mission des énergies renouvelables, agent de développement des énergies renouvelables, conseiller info-énergie, ingénieur fluides, énergies, réseaux, environnement, technico-commercial, chef de projet éolien, thermicien économie d’énergie…) ;
- traitement des déchets (responsables de centres d’enfouissements, ingénieur études méthanisation, responsables d’usine de compostage, conseiller en gestion des déchets, ingénieurs en génie thermique, chefs d’exploitation d’usine d’incinération…
- protection et entretien des espaces naturels : ingénieur écologue, chargé de mission dans un espace protégé, chargé d’études naturaliste, ingénieur et technicien forestiers…
- production et la distribution de produits biologiques
- dépollution des sites et sols.

Le dossier "emplois verts" de https://infos.emploipublic.fr affirme : "si vous voulez être sûr de trouver un emploi dans les années qui viennent, alors misez sur ces filières qui manqueront de personnel qualifié : mesures de performance énergétique des bâtiments, soudeurs, chaudronniers, végétalisation du bâti, recyclage, ambassadeur du tri, agroalimentaire, chimie et plasturgie. Des secteurs comme le bâtiment, l’agriculture, les énergies renouvelables et la valorisation des déchets vont également manquer de compétences".

Le développement des technologies de l’information et du numérique a également un fort impact sur les filières des emplois "verts" ou "verdissants".

Au niveau international, l’Organisation Internationale du Travail, qui a mis en place un programme "Emplois verts" estime que d’ici 2030, 24 millions d’emplois pourraient être créés, dans le cadre de l’application de l’Accord de Paris sur le changement climatique, contre une perte de 6 millions d’emplois. Exemples : 2,5 millions d’emplois seraient créés dans le secteur de l’énergie renouvelable, compensant la perte de 400.000 emplois dans l’électricité basée sur les combustibles fossiles ; l’économie circulaire pourrait générer 6 millions d’emplois (recyclage, réparation, location etc.). Etude ("Emploi et questions sociales dans le monde 2018 : Une économie verte et créatrice d’emploi",OIT).

Définition des emplois verts par l’OIT
"Les emplois verts sont des emplois décents dans tout secteur économique (par exemple, l’agriculture, l’industrie, les services, l’administration) contribuant à la préservation, la restauration et l’amélioration de la qualité de l’environnement. Les emplois verts réduisent l’impact des entreprises et des secteurs économiques sur l’environnement en favorisant une utilisation efficiente de l’énergie, de matières premières et d’eau, en décarbonisant l’économie, en limitant les émissions de gaz à effet de serre, en minimisant ou en évitant toute forme de déchets et de pollution, en protégeant ou en restaurant les écosystèmes et la diversité biologique et en permettant l’adaptation aux effets du changement climatique".

La transition écologique doit donc s’accompagner de mesures sociales, de formation, de reconversion, de protection de groupes défavorisés ; par exemple dans les pays encore très dépendants de l’économie minière et des énergies fossiles (notamment en Afrique) ainsi que dans les zones rurales et agricoles. Cela concerne particulièrement les femmes, dont beaucoup sont dans des situations plus précaires sur le plan économique et ont moins accès à la formation, au crédit, à la propriété foncière, etc. De plus, dans les pays les plus pauvres, les femmes consacrent de nombreuses heures de travail non rémunéré à collecter du bois de chauffe et autres sources d’énergie traditionnelles, ainsi que de l’eau. Elles courent des risques de violences sur leurs trajets et leur santé est affectée par la pollution des foyers due à la combustion du bois de chauffe ou du charbon.

 Genre et emplois verts

Les professions "vertes" et "verdissantes" évoquées ci-dessus sont quasiment non mixtes : on y trouve 16 % de femmes seulement.

D’une manière générale, les femmes sont sous-représentées dans les secteurs de la construction, de la manufacture, de l’installation et de la maintenance. Dans certains secteurs à fort potentiel "verdissant", comme la construction, elles ne représentent que 10% de la main-d’œuvre, moins de 15% dans l’ingénierie, 15 % dans les services financiers et d’affaires et 25 % dans l’industrie manufacturière. Les femmes sont également moins nombreuses dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie, des mathématiques (STEM), de la gestion d’entreprises. Or, l’économie "verte" développera de nombreux emplois à caractère "technique" (production et distribution d’énergie, production et distribution d’eau, assainissements et traitements des déchets...), scientifique et dans la recherche (ingénieur écologue, climatologue...).

Certain-es analystes affirment que le manque de mixité et de diversité ne peut que freiner la transition énergétique. Cf. article (en anglais). Les anciennes industries des énergies fossiles et extractives sont d’ailleurs largement dominées par des hommes (majoritairement des pays occidentaux).

Par exemple, dans les pays développés, les femmes ne sont que 20 à 25% dans le secteur des énergies renouvelables selon l’Organisation internationale du travail et 16% dans les instances de direction des plus grandes entreprises énergétiques. Le bâtiment, les transports, l’industrie restent des secteurs à dominance masculine. Actuellement les professions vertes ou verdissantes sont occupées majoritairement par des hommes, plutôt jeunes, non diplômés ou de niveau CAP-BEP (beaucoup étant des ouvriers).

Si les femmes sont moins nombreuses dans les métiers "verts", elles sont plus diplômées que les hommes et exercent plutôt des fonctions d’encadrement. (Cf. palmarès 2019 des femmes dans les énergies renouvelables).). Et selon une étude d’un cabinet de recrutement, spécialisé dans les métiers du développement durable, au niveau des cadres, les inégalités salariales seraient moindres dans ce secteur (3% de moins pour les femmes contre environ 20% en moyenne tous métiers confondus).

L’étude "Emplois verts, opportunités pour les femmes ?", menée dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2013, identifiait quatre activités "porteuses d’enjeux emblématiques au regard de la place des femmes" : l’entretien et la création des espaces verts ; le traitement des déchets ; l’assainissement de l’eau ; la maintenance. Les emplois "verts" ou "verdissants" fournissait 14% de l’emploi total dans la région en 2013 (soit 274 500 personnes). Sur ce total, 13% des emplois étaient occupés par des femmes (37 000 personnes).

Selon une note de Lasaire, "l’étude prospective menée par Syndex sur la Région Ile-de-France pour étudier l’impact en termes d’emplois et de compétences des mesures prises pour faire face au changement climatique, montre que des opportunités existent pour les femmes dans les nouveaux emplois créés, les filières nouvelles attirant davantage de jeunes et de femmes. Ainsi, les emplois de médiateurs environnement (énergie, eau…) auprès des particuliers sont accessibles pour des personnes formées au travail social, très féminisées". "La formation joue un rôle plutôt incitatif dans les nouveaux métiers « verts » avec beaucoup de femmes dans les écoles dédiées à l’environnement ; le problème est du côté de l’insertion professionnelle des étudiants, plutôt faible étant donné que les entreprises préfèrent recruter des profils plus généralistes avec une composante environnementale".

Des études plus fines devraient être menées pour mieux documenter la question du genre dans les emplois et activités vertes selon les régions et une sensibilisation est à développer au niveau des collèges et des lycées pour présenter ces métiers.

Par ailleurs, le champ des activités de ce qu’on entend par "transition écologique" peut être questionné par une perspective de genre. Ainsi, la prise en compte des dimensions sociales, environnementales, économiques, participatives débouche sur une vision plus large du « développement durable ». Or les femmes sont nombreuses dans le secteur associatif et coopératif, l’économie sociale et solidaire, le commerce équitable, l’écotourisme… L’agriculture biologique, la mise en oeuvre des politiques territoriales de développement durable et des plans énergie climat territoriaux, le droit de l’environnement, l’organisation de la participation citoyenne constituent autant de champs à valoriser pour une transition écologique qui inclue une véritable composante sociale et sociétale, prenant alors nécessairement en compte une approche de genre. Ainsi les métiers du "care" (prendre soin des personnes et par extension de l’environnement), traditionnellement dévalorisés, précaires et mal rémunérés, restent dévolus aux femmes (et notamment aux femmes issues des migrations). Pourtant ces métiers, non délocalisables, nécessitant des compétences spécifiques, ne participent-ils pas, dans une perspective à plus long terme, à promouvoir la résilience sociale et environnementale ?

Et si les femmes sont très minoritaires dans les emplois "verts et verdissants" (cf. ci-dessus), elles représentent quand même 28 % des professions de la protection de la nature et de l’environnement, qui sont parmi les plus qualifiés des emplois verts et les plus "au coeur" de la transition écologique. Ce sont aussi des emplois souvent occupés par des jeunes.

 Ressources

Emplois et activités vertes

- Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte
- Secteurs économiques de la transition écologique. Fiches téléchargeables
- Rapports d’activités de l’Observatoire
- Pôle Emploi : présentation des emplois verts
- Ministère du travail, Emplois verts
- Kit d’accompagnement des transitions professionnelles
- L’emploi dans la transition écologique, Avis du CESE, 2015. Présentation et téléchargement

- Fiche du CIDJ "Economie verte, environnement" 2019 (télécharger en pdf)
- http://www.metiers-biodiversite.fr/
- https://ecoentreprises-france.fr/
- Réseau pour la transition énergétique : https://cler.org/
- http://www.reserves-naturelles.org/...

- Rapport sur l’initiative pour l’emploi vert : exploiter le potentiel de création d’emplois de l’économie verte. Parlement européen, 2015. En ligne. Cf. "Avis de la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres"
- Les emplois verts, une voie d’avenir pour l’Europe, The Greens, Green New Deal. Télécharger la brochure
- Les emplois verts, une nouvelle opportunité d’inclusion sociale en Europe. Solidarité, Think tank européen. Télécharger l’étude
- Etude sur les emplois vert en Ile-de-France, DIRECCTE, 2014. Télécharger la synthèse (pdf)

Femmes, genre et emplois verts

- Emplois verts, opportunités pour les femmes ? Projet de l’ARPE (Agence Régionale Pour l’Environnement), Provence-Alpes-Côte d’Azur. Informations et documents téléchargeables
- Proposition de résolution du parlement européen sur le rôle des femmes dans l’économie verte, 2012
- Impact de la transition écologique sur l’emploi des femmes et l’égalité professionnelle. Note Lasaire n°66, juillet 2017
- Portraits de femmes dans la campagne "Femmes et énergie renouvelable" à Québec
- Portraits de femmes dans des métiers de l’électricité (Enedis)

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