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Intégrer l’approche genre dans le domaine climat-énergienovembre 2009, par Yveline Comme toutes les politiques publiques et de développement, celles concernant l’atténuation et l’adaptation au réchauffement climatique global seront plus efficaces en prenant en compte l’approche intégrée de l’égalité entre femmes et hommes. Il existe encore peu de recherches sur l’impact différent des conséquences du changement climatique sur les femmes et les hommes, en fonction de leurs statuts sociaux, de leur capacité à participer aux décisions, de leur accès aux ressources. De même, les contributions spécifiques des femmes à l’atténuation et l’adaptation au changement climatiques, sont encore peu documentées. Cependant, des outils pratiques et des manuels de formation sont maintenant disponibles pour les acteurs de la coopération et de la solidarité internationale. La mise en oeuvre d’actions concrètes pour l’intégration du genre dans les projets climat-énergie et leur capitalisation et diffusion, permettront d’accroitre l’expertise mondiale sur cet enjeu essentiel.
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Dans le contexte du réchauffement climatique global, la vulnérabilité aux désordres et catastrophes naturelles, les migrations climatiques, la perte d’accès ou de contrôle de ressources naturelles et économique, etc. toucheront de plein fouet les régions les plus pauvres du monde et les catégories sociales les plus défavorisées. Les femmes font partie de ces catégories sociales victimes d’inégalités et de discriminations - elle forment 70 % des pauvres dans le monde. Ainsi, les femmes ont été nettement plus touchées par l’ouragan Katrina aux Etats-Unis, car elles constituaient une part important des ménages monoparentaux, aux faibles ressources économiques et à la mobilité moins facile.
Le changement climatique a des répercussions en matière de santé (maladies hydriques, paludisme…), d’agriculture et de sécurité alimentaire, de phénomènes climatiques extrêmes, de migrations, d’exacerbation de conflits locaux et sous-régionaux.
Face à la raréfaction de ressources et l’augmentation de leur prix (terres, eau…), les tensions et les inégalités vont augmenter. Or, généralement, les femmes ont un accès moindre aux ressources et aux facteurs de production, et ne contrôlant pas la gestion, voient leur vulnérabilité accrue. Dans les situations de crises dûes aux catastrophes naturelles, elles sont également plus touchées par les phénomènes de violences, de harcèlement et d’abus, notamment dans les camps de réfugiés.
La capacité d’adaptation et de résilience d’une personne dépend de différents facteurs : statut social, revenus, accès à des ressources, à des facteurs de production, à l’information, degré d’autonomie et de pouvoir, capacité à se déplacer librement, participation aux processus décisionnels, etc. Généralement les femmes ont un moindre accès à la terre, à la propriété foncière, au crédit, à la formation, à l’utilisation de technologies. Dans différents pays, les femmes forment plus de 80 % des victimes des catastrophes naturelles du fait de leur manque d’autonomie pour se déplacer, voire de leur confinement dans des habitations. Ainsi, 70 à 80 % des victimes du Tsunami en 2004 étaient des femmes.
Par ailleurs, du fait de spécialisations dans des rôles sociaux différents, les femmes et les hommes sont susceptibles d’avoir des connaissances et des pratiques spécifiques dans le domaine de l’adaptation au changement climatique. Des études ont montré que les femmes jouent un rôle particulier en matière de maintien de la biodiversité locale et de cultures adaptées, comme des variétés de riz résistantes à la sécheresse. Les savoirs traditionnels et techniques différents des femmes et des hommes, notamment en milieu rural, permettent d’imaginer et de mettre en oeuvre des stratégies et des projets spécifiques.
Actuellement les hommes et les femmes participent différemment à ces stratégies. D’une manière générale, les femmes ont plus de difficultés à influer sur les politiques publiques. Les négociations climatiques se font à des niveaux de gouvernance très élevés, où la parité décisionnelle ne progresse que très lentement, malgré les objectifs fixés par les politiques publiques et les Nations unies. De 1996 à 2006, on est passé de 20 à 28 % de femmes dans les délégations des pays négociateurs et de 13,5 à 12 % de femmes cheffes de délégations.
La Convention des Nations unies sur le changement climatique, est la seule des conventions de Rio à ne mentionner aucune approche de genre, comme le Protocole de Kyoto, contrairement aux conventions sur la biodiversité et sur la désertification. De ce point de vue ces instruments sont en contradiction avec tous les engagements et instruments juridiques sur l’égalité (comme la CEDEF - Convention internationale pour l’élimination de toutes les discriminations envers les femmes). C’est pourquoi, s’est créée en 2007 la Global Gender Climate Alliance. En 2008, la commission des Nations unies sur le statut des femmes a identifié la problématique genre et climat comme une "question émergente-clé".
Le climat est souvent perçu comme un domaine scientifique et technique, domaine où les hommes sont habituellement sur-représentés. Fin 2008, il y avait deux femmes parmi les 19 membres du groupe d’experts de la CCNUCC sur les transferts de technologies. Le Mécanisme de Développement Propre (MDP) ne prend pas non plus en compte le genre. Son conseil exécutif se compose de 10 membres, dont une femme.
La mise en cohérence des trois conventions de Rio (climat, biodiversité, désertification - et de la déclaration sur les forêts) et de leurs plans nationaux et régionaux de mise en oeuvre nécessite une prise en compte transversale du genre. Des démarches sont faites en ce sens par certains pays, comme en Afrique l’Ouganda, le Burundi, la RDC, la Guinée…
L’approche genre propose des outils très concrets d’aide à la décision :
Analyse contextuelle des rôles sociaux des femmes et des hommes
Analyse des facteurs d’influence sur la situation des femmes et des hommes (politiques, juridiques, économiques, culturels…)
Analyse de l’accès aux ressources et du contrôle des ressources par les femmes et les hommes
Analyse des besoins pratiques (revenus, santé, éducation…) et des intérêts stratégiques (autonomisation, pouvoirs, droits)
Voir les fiches pédagogiques d’Adéquations sur ces outils
Les questions initiales à se poser sont : en synergie et pour renforcer son impact sur la réduction des émissions de GES ou l’adaptation au changement climatique, comment le projet peut-il renforcer l’accès de femmes à des facteurs de production, à de la formation, à des technologies dont elles auront la maitrise ? Qui va bénéficier du "revenu environnemental" généré par le projet ? Est-ce que le projet va augmenter le temps de travail des femmes ? Quelles articulations aura le projet avec d’autres activités de diversification des revenus (plantes médicinales, cultures en forêt, pêche, miel…).
Exemple de check-list en amont du projet - très simplifiée
Intégrer les femmes et les associations de femmes dans les comités de pilotage des projets
Analyser les inégalités initiales dans l’accès aux ressources, à l’eau, au foncier, à l’énergie.
L’analyse de l’usage des terres et de l’accès des femmes à la propriété foncière est particulièrement importante. Nombre de projets agricoles, de reboisement, lutte anti-érosion, ont été délaissés par les femmes, du fait qu’elles n’avaient pas la garantie de pouvoir continuer à utiliser les terres - et même en l’absence des hommes, dans le cas de femmes cheffes de famille… Or ces projets peuvent être très importants en termes d’émissions C02 évitées.
Prendre en compte le fait que les femmes sont responsables de l’approvisionnement en eau et en énergie et de la sécurité alimentaire et que les projets touchant à ces domaines risquent d’être inefficaces à terme et/ou d’entraîner des inégalités s’ils n’analysent pas le rôle et les besoins stratégiques des femmes.
Mesurer en amont le temps de travail quotidien des femmes (travail domestique + travail productif) - largement supérieur au temps de travail des hommes dans toutes les sociétés - et évaluer la répercussion qu’aura le projet sur ce temps de travail. Ainsi au Mali, le bois de feu demandent 1/3 du travail des femmes.
Vérifier l’accessibilité des fours améliorés, de l’énergie solaire, des éoliennes aux femmes rurales. Beaucoup de projets d’efficacité énergétique ont échoué, faute d’être appropriés par les femmes et organisations de femmes en milieu rural.
Analyser et tirer partie des connaissances locales des femmes et des hommes : biodiversité, agriculture, forêts
Intégrer les femmes aux formations techniques et à l’utilisation / gestion de nouvelles technologies
intégrer la question du genre dans les actions d’éducation au développement, de communication du projet, de plaidoyer pour la justice climatique…
Genre et changement climatique, Etude sur l’état des connaissances, Bridge, 2008 (pdf, en anglais, 27 pages, 160 ko).
Manuel de formation Genre et changement climatique, UICN, PNUD, en téléchargement sur le site www.generoyambiente.org (document pdf 7,5 Mo, en français, 313 pages.)
Guide pratique Climate Change Connections, Ensuring women contribute to and benefit from equitable climate solutions, WEDO et FNUAP, 2009. Consulter et télécharger en ligne par chapitres, français et anglais.
Guide pratique Genre et énergie pour un développement durable, PNUD, 2004. (En anglais, téléchargement document pdf 100 pages, 600 ko).
Ressources en ligne Genre et énergie, PNUD
Genre, équité et agrocarburants, étude FAO, 2008. (En téléchargement, document en Anglais, 36 pages, 475 ko).
Concept note de ENDA Sénégal pour l’Atelier régional "Articulation énergie, changements climatiques et genre dans les plans locaux de développement. (En Français, document word 4 pages, 620 ko). Enda Sénégal, site sur climat énergie
Créé en 1996, le réseau international Energia, International Network on Gender and Sustainable Energy a pour objectif de contribuer à l’empowerment (autonomisation et participation décisionnelle) des femmes rurales et urbaines dans le domaine de l’énergie. Des réseaux sous-régionaux existent en Afrique et en Asie. Energia est soutenu par la Fondation ETC, aux Pays Bas.
Energia Afrique
Energia Asie.
Le Global Gender Climate Alliance, lancé à la conférence de Bali en 2007 (WEDO, PNUD, et UICN) a pour objecitf d’assurer que les politiques sur le changement climatique, la prise de décisions, les initiatives au niveau global, régional et national prennent en compte le genre ( gender responsive). Site de GGCA
Télécharger le dépliant de présentation (pdf en anglais, 2 pages, 250 ko)