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Point de vue de Nicole Mosconi

Lundi 12 septembre 2016

Nicole Mosconi est professeure émérite en sciences de l’éducation de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, et membre du comité de direction de l’Institut Emilie du Châtelet. Elle souligne ici l’injonction paradoxale qui consiste à professer des valeurs d’égalité tout en encourageant les garçons à dominer et alerte sur la stigmatisation « des garçons arabes ».


Mots-clés : Injonction paradoxale (domine + droit à l’égalité) • intersectionalité • mythe du garçon arabe

Domine, mais….discrètement !

«  Les garçons sont élevés dans un paradoxe : tandis qu’on leur affirme "Dans la société démocratique qui est la notre, les filles sont vos égales", tout leur environnement leur indique le contraire et les invite à affirmer leur domination. L’école aussi est vectrice de cette injonction contradictoire. Les principes de l’égalité y sont posés comme des incontournables, notamment dans le cadre de l’enseignement de l’éducation morale et civique, mais il n’y a pas de réelle éducation à l’égalité des sexes avec tout le travail et la vigilance que cela supposerait au quotidien : en classe, pendant la récréation, dans les programmes...

Partout les garçons occupent l’espace - dont l’espace sonore - sans être rappelés à l’ordre. On observe ces mécanismes dès la maternelle où des petits garçons "s’amusent" à attaquer les filles. Certaines personnes l’interprètent comme une manière maladroite d’entrer en contact avec elles, voire de les séduire. Peut-être. Mais c’est aussi une manière d’affirmer leur pouvoir. Et qu’est-ce que la séduction, quand il n’y a pas recherche de consentement mutuel, si ce n’est un rapport de domination ? Certains collèges publics prennent même le parti d’interdire le port de la jupe à l’école pour éviter les réactions agressives ou indélicates des garçons. C’est dire l’impuissance de l’institution à réagir contre la domination masculine !

Alors que les garçons sont encouragés à dominer quelle que soit leur classe sociale, les jeunes des milieux populaires, en particulier ceux de culture musulmane, seraient les seuls à menacer notre belle égalité républicaine. Ce mythe du "garçon arabe" demande à être déconstruit. Je ne doute pas que la situation des filles soit insupportable dans certains quartiers. Le fait que les garçons soient eux-mêmes en situation de dominés du fait de leur origine sociale ou « "ethnique", les pousse vraisemblablement à exprimer la domination masculine de manière plus directe et plus crue que dans les milieux bourgeois.

Au 18ème siècle, la philosophe et féministe anglaise, Mary Wollstonecraft a déjà décrit ce principe "compensatoire" au travers de femmes dominées dans leur mariage qui exerçaient une véritable tyrannie sur leurs enfants et leurs domestiques. Mais au fond, ce qu’on reproche à ces garçons, ce n’est pas tant leur virilité que de donner de celle-ci une image caricaturale et de rendre visible la domination que le groupe masculin dominant cherche à dissimuler. Ce qu’on leur reproche, c’est d’échouer à incarner correctement, c’est à dire de manière camouflée, la masculinité hégémonique.  »

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