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Interview de Sylviane Giampino, Psychanalyste, psychologue petite enfance

Mercredi 5 janvier 2011


Auteure, aux éditions Albin Michel, de « Les mères qui travaillent sont-elles coupables ? » et, avec Catherine Vidal de « Nos enfants sous haute surveillance »

Interview réalisée le lundi 13 décembre 2010


Les hommes parmi les professionnels de la petite enfance restent rares : en 2003, selon les derniers chiffres disponibles, ils représentaient 0,7 % des auxiliaires de puériculture, 2, 7 % des puériculteurs et 4,1 % des éducateurs de jeunes enfants. Or selon vous, les enfants auraient beaucoup à gagner d’une éducation non materno-centrée ou non fémino-centrée. Quels bienfaits y voyez-vous ?

Il est important de restituer à l’enfant qu’il est issu de l’union des deux sexes et des deux genres et qu’il porte en lui les deux composantes féminine et masculine quel que soit le genre auquel il appartient. Tout comme il est important qu’il découvre que la différence entre les filles et les garçons est la préfiguration de la différence entre les hommes et les femmes. Plus les enfants sont en contact - via l’éducation, les soins du corps, les jeux etc.- avec des hommes et des femmes dès leur plus jeune âge, plus ils intériorisent la mixité comme évidente et enrichissante, tout en intégrant le fait qu’il y a une différence des sexes qui est biologique, irréductible, fondamentale et définitive. Ils se préparent ainsi à se construire comme étant vraiment une fille ou vraiment un garçon tout en étant aussi constitué de l’autre genre. C’est dans un rapport chaste avec les femmes que le petit garçon peut acquérir et sécuriser sa composante féminine. De même qu’une petite fille acquerra et sécurisera sa composante masculine dans un rapport chaste avec les hommes.

L’enjeu de la présence de professionnels hommes dans les services à l’enfance ne consiste donc pas à « enrichir » l’univers des enfants, les femmes sont tout à fait aptes à organiser des environnements stimulants. C’est important ici de sortir des stéréotypes comme si les hommes par exemple étaient nécessairement plus stimulants que les femmes et les femmes nécessairement plus tendres que les hommes, d’invalider l’idée d’une spécificité féminine ou masculine des comportements éducatifs.

L’enjeu de la mixité, c’est de réintroduire la dimension sexuée et différenciée, mais non stigmatisée. C’est par les jeux de l’identification-différenciation que l’enfant se construit une identité sexuée. C’est une chance pour les enfants que ces jeux de l’identification-différenciation passent par des hommes et des femmes qui peuvent avoir des rôles similaires (éducatif, soins du corps, jeux) tout en étant perçus d’emblée comme différents par les enfants.

Car si les petits humains savent d’emblée qu’il y a une différence entre les hommes et les femmes, ils ont quand même besoin que cette différence soit parlée. Le plus simple étant de leur faire vivre ce qu’ils pressentent. Dire à un enfant que c’est un petit garçon et qu’il deviendra un homme comme Matthieu ou Bertrand qui s’occupent de lui ou que c’est une petite fille et qu’elle deviendra une femme comme Nadine ou Lorena qui s’occupent d’elle, c’est finalement ce qu’il y a de plus accessible.


Quels sont, selon vous, les freins et résistances qui limitent l’accès des hommes aux professions de la petite enfance ?

Dans le secteur de la petite enfance, on finit par oublier qu’on est des femmes lorsqu’il n’y a pas d’hommes. De même que les hommes finissent par oublier qu’ils sont des hommes dans les CA des banques où il n’y a pas de femmes. La mixité dans une équipe rappelle en revanche les dimensions sexuées et sexuelles. Ainsi, même s’il existe une réelle demande pour augmenter la présence des hommes dans le secteur de la petite enfance, ce rappel des dimensions sexuées et sexuelles génère de la réserve voire des résistances.

On a aussi analysé les difficultés d’intégrer les hommes dans les services à l’enfance en raison des soins du corps et du fantasme de la pédophilie. Or ceci masque un tabou énorme, celui de la pédophilie des femmes et de l’inceste maternel. Plus difficile à identifier en tant que telle parce que le corps à corps mère-enfant (ou nounou-enfant) peut se confondre avec le maternage, la pédophilie féminine a des effets d’autant plus ravageurs qu’elle peut paraître à l’enfant comme valorisée socialement.

Par ailleurs, les services à l’enfance sont encore trop pensés comme un substitut maternel et maternant. Ce qu’ils ne sont pas. Les services à l’enfance sont censés représenter un espace de socialisation pour l’enfant, une ouverture à l’extérieur de la famille. Les institutions pour enfants continuent pourtant de fonctionner sur la base des mêmes représentations surannées que celles qui déterminent le modèle familiale classique et qu’on peut résumer par la naturalisation du lien mère-enfant. Cette naturalisation des rôles et des genres a pris aujourd’hui un nouvel habillage et on assiste - via certains idéaux écologistes d’une relance du concept de la mère nature - à un retour en force du « féminin naturellement bon pour les enfants ». Autre déferlante idéologique non moins inquiétante : celle des prétendues différences que présenteraient le cerveau des hommes et femmes. Mais c’est une autre question…

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